A première vue, on pourrait croire tenir entre les mains Le magazine littéraire, made in France, tant ce bébé de tout juste un an captive par ses couleurs vivantes, charme par son menu riche et varié et secoue nos sens par ses balbutiements rédigés avec une adresse qui laisse sur sa faim à chaque fois que la dernière page est tournée ; c’est que le magazine L’ivrEsQ, que dirige la poétesse Nadia Sebkhi aux dents longues et nourri d’esprit et de passion, est arrivé sur les étals pour combler un vide incommensurable, avec une audace qui fraie celle d’un Robin des Bois des temps modernes.
L’ivrEsQ porte un sceau novateur, une aventure éditoriale qui mêle à juste raison la finesse que nécessite l’écriture et l’ivresse que procure la lecture.
Sur soixante-six pages, L’ivrEsQ pénètre les arcanes d’un monde ou le livre tient une place de choix, et dessine les contours d’un doux univers par le truchement. des intervenants du domaine ; libraires, écrivains et lecteurs. Né en mars 2009, ses rubriques font office de fenêtres ouvertes sur les publications algériennes, africaines et autres. Assia Djebbar a donné le la au premier numéro, s’ensuivront ensuite, Yasmina khadra, Alain Mabanckou et les phénoménaux best seller ; Paulo Coelho, James Red Field, Dan Brown. Mouloud Feraoun, lui, est arrivé au cinquième numéro au moment où un film de cinéma lui a été consacré.
L’actuel numéro, qui est en vente pour 150 dinars, donne longuement la parole à de nombreux acteurs de la scène littéraire, dont la Rachid Boudjedra en tête de gondole ; un « embarqué de l’Histoire » qui s’est longuement épanché sur son dernier opus, Les Figuiers de Barbarie.
Aussi, au fil des pages, le lecteur aura à lire d’intéressantes interviews de Salah Benlabed, Alain Sèbe, Fadhéla Chaim Allami, Karim Sarroub, une communication de Djoher Amhis Aksel et de Samia Zennadi. Le dossier du numéro est consacré aux femmes ; Suzanne El kenz (auteure de la Maison du Neguev), Maïssa Bey (auteure de Puisque mon coeur est mort), Leilla Aslaoui (auteure de Lettres à Neyla-Mériem) et enfin Wassyla Tamzali (auteure d’Une femme en colère).
La rubrique Romans algériens zoome enfin sur les oeuvres de Fadhéla M’rabet, Salah Banlabed, Tahar Djaout et une mention spéciale pour Charles-Antoine Cros (l’adolescent écrivain).
Les bonnes feuilles donnent un aperçu léché de la Maison du Néguev, puis un crochet pour une Lecture sans frontières consacrée à Laurent Binet (auteur de HHhH), Chrisyian Bobin (auteur de Le Très-Bas), l’écrivain Mouloud Achour, lui, répond savoureusement au questionnaire de Proust.
Publié chaque deux mois, L’ivrEsQ est un magazine qui rend au livre plus que des hommages ; il lui prodigue des encouragements et lui assure un soutien indéfectible, salutaire.
Tarik Djerroud
