Chemini : "Une banque, S.V.P !"

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Par moment, le manque ouvre des plaies et laisse découvrir bien des tares qui décharnent une localité et harassent sa population outre-mesure. Dans sa triste solitude, le citoyen se noie dans les méandres de la disgrâce à laquelle il voue résignation et au mieux la révolte. Pour une daïra comme Chemini, riche de ses quatre communes, d’une densité de population importante et qui jouit d’un potentiel de foncier considérable, assez propice pour moult investissements (si, si, il suffit d’avoir une franche volonté et d’y réfléchir intelligemment), l’inexistence d’aucune enseigne bancaire se révèle un pépin majeur si bien qu’une forte et persistante demande ne cesse de faire jour.

Qu’il vente ou qu’il neige, qu’il fasse doux ou un temps de canicule, les citoyens désireux de toucher « leur oseille » empruntent le chemin du combattant jusqu’à Sidi-Aich. Souvent avec une canne à la main, la marche peu sûre. « S’il y a un péché (l’battel) que subit notre daïra c’est bien l’inexistence d’une banque, dit un septuagénaire. Voyez, les fourgons sont minuscules comme des boîtes de sardines, le prix du transport est exorbitant et la navette tient une journée. A la banque, la queue est longue comme le rêve et à l’arrivée, le guichetier vous annonce y a pas d’argent ; revenez plus tard. C’est un coup de poignard ! »

A ces pépins handicapants pour plus d’un, s’ajoute un mal maladif, récurrent : l’insécurité. Rencontrée devant la porte de sortie d’une banque à Sidi-Aïch, une femme d’un âge avancé encore frétillante de peur, n’a pas caché son courroux. « Toucher sa pension devait être un moment de plaisir, hélas ! Ce n’est plus le cas pour nous. Les agressions se multiplient, les vols se généralisent et la distance de la banque vers le foyer devient vite un calvaire. »

Il est évident pour tout esprit sensé que les banques jouent un rôle important dans l’essor de l’économie et apaisent le quotidien du citoyen. La proximité la rapidité du service et la sécurité des opérations donnent des bols d’air salutaires au bénéfice de beaucoup de régions. A Chemini, comme pour toutes les contrées enclavées, le ras-le bol plein de fiel se déverse chaque jour.

« Si l’élu ne défend pas sa région, si le commis de l’Etat garde l’œil fermé face aux malheurs de ses sujets, je me demande à quoi servent-ils « , s’interroge un enseignant sorti bredouille d’une banque à l’heure où il prépare le mariage de sa fille aînée.

Pour l’heure, les habitants de Chemini, Souk Oufella, Tibane et Akfadou endurent le martyr et subissent la cécité du développement rural qui les relègue dans de putrides chaumières, là ou les ressentiments ne servent pas à grand-chose malgré des préjudices impitoyables, violents et invisibles qui sévissent à longueur d’année.

T. D.

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