C’est un parcours atypique que celui de Younès Mehdi dont les compositions, réalisées sur une dizaine d’années mettent en valeur un savoureux langage graphique dans une palette de formes et de couleurs montant en épingle la vie torturée de l’enfant de la Soummam. Se servant essentiellement de la technique de collage, de la gravure en plat (sérigraphie) et la gravure en creux (burin et gaufrage sur papier), Younès ambitionne humblement de réhabiliter pan du patrimoine ancestral, avec le souci permanent de le mettre au goût du jour pour coller à l’air du temps. Eludant délibérément de verser dans les artifices et les fioritures, les compositions de l’artiste invitent à une pérégrination dans le somptueux univers de la peinture expressionniste : «Je suis tout le temps habité par l’idée d’explorer des mouvements sentiers, de travailler sur d’autres substrats afin d’apporter une touche novatrice à mes œuvres», nous confie l’artiste. La plupart de ses peintures donnent à voir une représentation humaine mais déformant les silhouettes ordinaires. Le trait féminin est effacé par une aura monacale, la touche sobre laissant transparaître une pointe de solennité.
Femme Fatale, Stress et détresse, Homme de Luxure, sont autant de tableaux chromatiques convoquant la métaphore et l’allégorie et conviant à la méditation. Les gravures et les sérigraphies de l’artiste suggèrent les «spasmes» d’un temps et l’immensité glauque de la vie, loin d’être un «fleuve tranquille». Quelques unes de ces œuvres à l’image de Egérie et Ange Gardien déclinent une symbolique de dévotion. La technique du burin met en relief un récit pictural labyrinthique que l’artiste tient à classer dans l’entre-deux ères.
Le procédé de collage utilisé confine ces compositions dans un substrat empreint du triptyque : humilité sobriété originalité. La subtilité de la touche en général, dénote une puissance de suggestion. Elle ressort clairement dans cette synergie des formes et des couleurs puisées dans les tréfonds de la mémoire et forgées dans le moule de la création.
N. Maouche
