Beni Maouche : L’Arch d’Aït Adjissa, l’éternel oublié

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Mardi est le jour du marché hebdomadaire à Beni Maouche. Mais, c’est aussi le jour (27 juillet 2010) choisi par les populations des cinq villages, composant l’Arch d’Ath Adjissa pour fermer l’APC de Beni Maouche, demandant la démission de tous les élus et leur remplacement par une DEC.

“Non à l’incompétence » et « démission des élus » Sont les deux slogans écrit sur les deux banderoles collées en guirlande sur les portes de l’APC. Les hameaux sont distants d’une dizaine de kilomètres du chef-lieu. Les citoyens jugent que les besoins les plus vitaux ne leurs sont pas assurés et demandent aujourd’hui, des projets palpables et prometteurs qui les sortiraient de l’ornière. Ils estiment par ailleurs que leurs patelins restent les éternels oubliés des plans communaux et sectoriels de développement.

Leurs cris de détresse ne sont jamais entendus, disent-ils. « Les notables des villages ont été reçus une dizaine de fois par les responsables APC, qui leurs promettent à chaque fois, d’alléger leurs souffrances mais ils n’ont rien fait.

C’est pourquoi nous avons décidé de la fermeture du siège APC pour aujourd’hui. Une action que nous menons pacifiquement. Nous étions là depuis 4h du matin », dira Mazouzi Saâd, un représentant mandaté par les villageois pour communiquer avec la presse.

La nature a certes rendu beaux ces villages en les gratifiant de paysages enchanteurs à couper le souffle mais en revanche cette même nature accentue la dureté de la vie des 7000 habitants laissés pour compte. La précarité est maître des lieux dans des villages qui ont pourtant donné un lourd tribu pour l’indépendance du pays, comptant en tout 59 martyrs de la Révolution. « Aujourd’hui, nous excluons toutes les promesses qui nous seront faites verbalement. Nous n’accepterons que des réponses écrites consignées sur un procès-verbal signé conjointement. Nous avons souhaité que le wali soit là. Nous lui avons envoyé tout de même une copie de la plateforme de revendications et nous comptons beaucoup sur lui pour la satisfaction de nos besoins » renchérit Mazouzi qui n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour égrener le chapelet de manques qui empoisonnent la vie de ses compatriotes. « Cela fait une année que l’eau a cessé de couler dans nos robinets. La conduite principale saturée par des branchements illicites effectués en toute impunité par 15 personnes qui pompent toute l’eau laissant dans la soif 7000 habitants. La seule fontaine qui nous dépanne est dans un mauvais état. Desservie par un chemin piétonnier raviné par les eaux usées. Les citoyens en allant chercher de l’eau marchent sur les déjections humaines.

Qu’attend l’APC pour réparer la conduite d’assainissement obstruée et élargir le chemin pour permettre l’accès en voiture. Le mulet et la brouette sont bel et bien révolus ailleurs, mais pas chez nous  » se révolte notre interlocuteur qui continue dans la foulée en mettant en exergue le manque de couverture médicale. « C’est un bureau de l’annexe de l’APC qui fait office d’infirmerie.

Ce qui est lamentable, l’infirmier n’est présent qu’une fois par semaine, comme si les malades peuvent attendre des jours pour se faire soigner. Nous exigeons un Centre de soins digne de ce nom qui sera doté d’un infirmier et d’un médecin », abonda-t-il. Sont passés en revue aussi, la scolarité difficile des enfants, l’état des routes qui laissent à désirer, l’éclairage publics qui fait défaut, etc… « Les trois école primaires et le CEM ne sont pas pourvus de cantines et les écoliers venant de loin à pied prennent des casse-croûtes dans la cour. Les enseignants par manque de moyens d’accueil (logements et restaurants) fuient les écoles d’Ait Adjissa. Au problème d’encadrement, s’ajoute la surcharge des classes. En 2010, nous marchons dans le noir par manque d’éclairage public.

Poussiéreuses en été et boueuses en hiver, les ruelles de l’intérieur des villages ne sont toujours pas bétonnées. Comme sont négligés aussi les aménagements des routes secondaires et des pistes. Le développement de nos patelins passe par l’aménagement du CW 35 qui les traverse. Le ministre des Travaux publics en visite à Beni Maouche parla d’un projet en cours d’élaboration mais nous ne voyons rien venir à présent », rajoute notre interlocuteur qui n’a pas terminé sans parler de la détresse des jeunes confrontés aux problèmes du chômage et de loisirs. « Nos jeunes désorientés par le chômage et l’absence d’infrastructures de loisirs fuient à la grande ville du pays et à l’étranger à la recherche d’un bien-être qui leur manque dans leurs hameaux », s’époumona notre interlocuteur.

A 10 h, la foule est scindée en deux groupes. Une partie assurant toujours le pied de grue devant les portes de l’APC, en maintenant la fermeture de celle-ci jusqu’à nouvel ordre, et l’autre partie a organisé une marche silencieuse jusqu’à la daïra pour remettre une plateforme de revendications au chef de daira. Les représentants au nombre de 5 ont été reçus par ce dernier.

Dur, dur la vie dans nos montagnes, elles qui ont supporté les affres de la guerre et à l’indépendance ils supportent les affres de la vie. Les officiels n’ont de yeux que pour les villes, délaissant totalement les villages enveloppés par la toile de précarité qui les tient prisonniers.

L. Beddar

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