Entretien Mohand Cherif Zirem, Directeur des éditions Lumières libres : «Le livre est une raison d’exister pour nous»

Motivé et enthousiaste et néanmoins souriant, le jeune éditeur, Mohand Cherif Zirem, affiche une confiance inaltérable et avoue vouloir aller très loin dans le domaine livresque.

la Depeche de Kabylie : Vous êtes directeur des éditions Lumières Libres. Comment est né cet espace livresque ?

Mohand Cherif Zirem : J’ai créé les éditions lumières Libres depuis presque un mois. J’ai toujours aimé les livres et tout ce qui est culturel. C’est presque une tradition familiale, voire une pathologie (rires). On vient d’éditer 04 livres à la fois ; des ouvrages inédits à découvrir : Mes Voyages en Algérie de Guy de Maupassant, des récits de voyages rédigés dans un styles captivant. Colonisation, réflexions et analyses de Jules Harmand, un livre d’analyses et de témoignages. La Kabylie, traditions ancestrales d’Eugène Daumas, un essai qui revisite les coutumes d’une très belle région de notre vaste et beau pays. Les Rois Berbères, entre la gloire et les tourments d’Ernest Mercier, un livre qui nous invite à un voyage dans le temps. Dans quelques jours nous allons publier un autre livre sur la Kabylie, et un essai sur l’Algérie avant l’occupation française.

Comment assurez-vous la distribution ?

Nous faisons la distribution et la promotion du livre aux quatre coins d’Algérie. Dans un premier temps, on se focalise sur le grand centre, c’est-à-dire, Alger et la Kabylie, mais nous allons, incessamment, marquer notre présence un peu par tout. Etre éditeur dans une région montagneuse peut créer certains désagréments, comme l’éloignement par rapport aux imprimeries mais avec une bonne gestion, nous comptons faire les choses dans les règles de l’art.

Pourquoi cette appellation : Lumières Libres ?

La lumière permet à l’homme de voir dans l’obscurité et lui éclaire son chemin. Depuis la nuit des temps, des femmes et des hommes ont incarné la lumière, grâce à leurs multiples créations, dans tous les domaines. Nos éditions veulent être un espace lumineux. Nous voulons éditer et rééditer des textes rédigés par de grandes personnes des lumières, comme nous allons donner la chance aux jeunes talents pour leur permettre de s’exprimer en toute liberté. En somme, nous sommes à l’écoute de la libre créativité. Nous allons tenter d’apporter notre modeste contribution au monde éditorial.

Quels sont les entraves auxquelles vous faîtes face ?

Il y a beaucoup de problèmes dans ce secteur, entre autres, les difficultés de la diffusion, la cherté du papier et les prix astronomiques imposés par les imprimeurs, et bien d’autres entraves, comme vous le dites. Toutefois, on fait de notre mieux pour dépasser ces obstacles. «L’intelligence est de s’adapter à l’infidélité du milieu», écrit le psychologue Wallon. En outre, nous sommes optimistes de voir le livre valorisé dans notre pays, surtout avec les subventions du Ministère de la culture et autres perspectives. Nous rêvons de voir plusieurs bibliothèques dans chaque commune et de voir l’Algérien se consacrant, davantage, à la lecture. La lecture et l’écriture c’est d’abord une culture à transmettre à nos enfants ; c’est un amour si profond qui recèle les secrets de la vie.

Vous êtes aussi auteur. Parlez-nous de vos propres créations…

J’écris depuis mon très jeune âge. La culture orale kabyle a été un déclic qui m’a poussé à lire puis à écrire. J’ai lu beaucoup d’auteurs et j’ai écrit pas mal de textes aussi. Toutefois, je n’ai qu’un livre de poésie sur le marché Les Nuits de l’absence, édité en 2006. Dans l’avenir le plus proche, je vais publier un roman et un recueil de poésie. J’ai aussi d’autres ouvrages en Berbère et en Arabe, ils seront un jour ou l’autre dans les librairies. L’important pour moi et de m’abreuver des créations universelles et humaines puis écrire.

Quels sont les projets de vos éditions ?

Nous en avons beaucoup. D’abord, nous allons faire la promotion des livres déjà édités. Puis nous envisageons de publier d’autres livres. Les portes de nos éditions sont ouvertes pour les jeunes écrivains. Nous voulons être à l’écoute des jeunes auteurs anonymes, lesquels font de très belles choses dans l’ombre. Le livre est une raison d’exister pour nous. Armés d’une robuste volonté et d’un amour si profond pour le livre, nous allons faire de très belles choses. «Le suprême degré de la sagesse était d’avoir des rêves assez grands, pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit», écrit le grand écrivain américain William Faulkner dans son roman Les Palmiers sauvages. Nous aussi, nous avons de grands rêves et nous allons tout faire pour les réaliser.

Entretien réalisé par Tarik Djerroud