Ghania Mekhoukh, connue sous son nom de journaliste à la Radio chaîne III, Ghania Chérif est décédée dans la nuit de lundi à mardi des suites d’une maladie, a annoncé hier la Radio nationale.
Ravie à l’affection de sa famille et de ses confrères à l’âge de 44 ans, Ghania Chérif était connue pour sa prédilection pour le débat et l’échange d’idées.
Elle a eu ainsi à animer des émissions dont “L’invité de la rédaction’’, “En direct du parlement’’ et “En toute franchise’’ au cours desquelles des invités passaient en revue des questions politiques, économiques et sociales. La défunte a eu également à organiser des débats sur la question du Sahara occidental. Ghania Chérif qui était rédactrice en chef spécialisée, a accompli toute sa carrière à la radio qu’elle a rejoint en 1991 après son obtention d’une licence en lettres françaises.
La mort de Ghania, qui laisse une fille de 12 ans, intervient un peu plus d’une année après le décès de deux autres journalistes de la chaîne III, Meriem Yacine et Mohand Saou. En cette triste et douloureuse nouvelle, le collectif des journalistes de la Dépêche de Kabylie, présente ses condoléances à sa famille, une grande professionnelle qui a mis tout son talent et ses capacités au service de son métier.
En effet, pour avoir plus d’information sur le parcours de cette grande militante, on s’est rapproché de l’un de ses collègues, à savoir Abdelkrim Ghezali, directeur de la rédaction de la Tribune. “C’était une journaliste de notre génération, et adolescente des années 1980, qui s’est évoluée dans une ambiance d’engagement et de militantisme. Elle a commencé déjà comme syndicaliste au sein de son lycée à sa ville natale Béjaïa.
Quand elle a rejoint la Fac centrale d’Alger, elle était déjà connaisseuse des pratiques syndicales, et très nourrie des idées de gauche, et du combat pour les droits humains, de la femme et de la classe ouvrière. Donc elle a poursuivi son combat à la Fac centrale d’Alger au début des années 1980. Elle était membre fondateur du syndicat national autonome des étudiants algériens qui est né à Bouzaréah. Elle a été militante et membre fondatrice du groupe communiste révolutionnaire (GCR) qui est devenu en 1989 l’actuel PST. Avec l’ouverture démocratique, elle créa avec un groupe de femmes, l’association pour l’émancipation de la femme. En 1991, le FIS qui occupait la scène politique, sociale, les mosquées et les rues et les quartiers… Elle qui a déjà affronté à la fac des islamistes, a décidé de rejoindre la chaîne III, et de continuer son combat par la voix et l’écrit. Au moment où les gens fuyaient l’Algérie, elle est restée là elle a résisté ce qui dénote un courage certain. Elle vit dans un quartier populaire à Baïnem, là où ils ont assassiné Tahar Djaout, et d’autres confrères et d’autres citoyens. Elle rentrait chaque jour chez-elle, donc elle a fait son choix. Tout ça révèle l’engagement de Ghania, sa conviction et son acharnement pour défendre les droits des autres, c’est dire ce n’est pas de la parlotte, c’est ça Ghania Chérif, même si elle donne l’impression d’être timide un peu, d’être effacée, c’était une femme battante qui a des convictions, et qui a défendu ses idées jusqu’au bout. Donc elle a découvert sa leucémie en 2003-2004. Le 21 janvier 2004, elle a subi une greffe qui a réussi d’au moins en apparence, les médecins lui ont dit, si ça tient cinq ans, donc c’est bon. Le 21 janvier dernier, son mari Mahmoud Rachedi, lui a fait un petit anniversaire, comme quoi, elle est guérie définitivement de sa maladie. Le 20 juillet dernier, elle a subi un contrôle régulier, rien n’a signalé mais elle a des petits bobos de santé comme des grippes et des rhumes, mais quand elle a eu des ganglions, et quand on a fait des ponctions, on a découvert que c’était une leucémie. Ses amis se sont mobilisés pour la collecte du sang, parce qu’elle avait besoin de plaquettes. Elle devait résister une vingtaine de jours, le temps d’une chimiothérapie du moins quelle freine un peu la maladie. Mais après dans le programme, c’était une greffe, le premier donneur, son frère, la deuxième c’était sa sœur. On ne s’attendait pas à cette surprenante disparition’’, regrette Abdelkrim Ghezali.
Yahia Maouchi
