La filière oranaise tombe à Tizi

Les faussaires de véhicules font encore parler d’eux à Tizi Ouzou. Il y a une semaine, les enquêteurs de la police judiciaire ont dû faire valoir tout leur savoir-faire pour neutraliser, en à peine quatre jours, un important réseau de trafiquants. Contrairement aux procédés classiques, la bande en question a adopté une toute nouvelle manière d’agir puisqu’elle s’est à chaque fois débrouillée pour acquérir ses véhicules de l’ouest du pays pour les revendre, sans papiers, à Tizi Ouzou, contre des sommes dérisoires. Tout a commencé en date du 22 août dernier quand les services de la SWPJ ont été destinataires d’une information faisant état de la présence, dans la gare routière de Tizi Ouzou, d’une personne suspectée d’avoir participé à un vol de voitures. L’informateur en question n’était autre que le propriétaire d’une Golf 5e génération qu’on lui a subtilisée le 20 juillet dernier à Oran suite à une agression. Par son signalement, il croit avoir formellement identifié l’un de ses assaillants. Le suspect, B. M, 35 ans, et résidant à Boghni, est immédiatement appréhendé au bord d’une Renault Clio. Cette arrestation, très banale pour les policiers en faction, s’est révélée être un véritable coup de grâce pour toute une bande de faussaires. En effet, après une simple vérification du véhicule du suspect, les enquêteurs découvriront que le récépissé de dépôt de sa carte grise était faux : le cachet de la daïra de Boghni, apposé sur ledit papier, était tout simplement falsifié. Mieux, les policiers ont également mis la main sur deux cagoules enfouies dans le coffre arrière de la même Clio. Le mis en cause, accablé par tant de preuves, passe aux aveux, il reconnaîtra sans peine que « sa » Clio est volée, sa plaque d’immatriculation falsifiée. Plus intéressant encore, le suspect a également avoué que la Golf volée à Oran était bel et bien à Tizi, en possession d’un certain B. Y. Ces nouveaux éléments fournis par le suspect furent rapidement exploités par les enquêteurs de la PJ, lesquels procéderont dans les heures qui suivront à l’arrestation et l’interrogation du premier complice B. Y. Se sachant coincé par les flics, ce dernier n’a pas mis longtemps pour confirmer, à son tour, que la Golf est volée et qu’il l’a achetée auprès de B. M pour…60 millions de centimes. Signalons, toutefois, que ledit véhicule a été « cédé » sans aucun papier administratif et avec une fausse immatriculation. Sa valeur réelle sur le marché dépassant largement le seuil des 250 millions. Mais ce n’est pas tout, après obtention d’extension de leurs compétences territoriales auprès du processus de la République, les éléments de la PJ ont procédé à la perquisition du domicile de B. Y, sis au village de Beni Mendès à Boghni, où il mettront la main dans son garage sur deux autres voitures volées, une Renault Express et une Clio. Les deux véhicules en question portaient de faux numéros de châssis. De fait, l’enquête accède à un nouveau stade d’avancement. Le mis en cause expliquera aux policiers qu’il a acquis, en tout, cinq voitures volées auprès de B. M, et ce, à des prix carrément inimaginables. L’Express, par exemple, lui a été vendue à 14 millions de centimes, la Clio à 16 (et revendue à 41), quant à l’autre Clio Classic, l’inculpé affirme l’avoir obtenue à 15 millions avant de la revendre à 22. La PJ n’en demandait pas plus pour établir ses conclusions : le dénommé B. M est à la tête d’un important réseau de faussaires. Il entreprend lui-même d’acheminer les voitures volées à l’Ouest (notamment à Oran) vers Tizi Ouzou avec la complicité de deux Oranais toujours en fuite. Arrivées à bon port, elles sont revendues au dénommé B. Y. sans aucun papier, et après falsification de la plaque d’immatriculation. Ce dernier se charge quant à lui de falsifier les cartes grises ou les récépissés de dépôt pour pouvoir revendre les véhicules. La même bande avait également vendu une autre voiture à un certain T. A. qu’on arrêtera immédiatement avec saisie du véhicule suspect. Lors de l’interrogatoire, il affirmera que c’est le dénommé K. B. qui se chargera de lui délivrer une carte grise en échange de …six bières et 1 500 DA ! Déférés devant le procureur de la République près le tribunal de Tizi Ouzou, quatre des trafiquants (BM/BY/TA et K. B) ont été mis sous mandat de dépôt et accusés d’association de malfaiteurs, vol qualifié et recel. K. M et S. A ont bénéficié de la liberté provisoire, tandis que trois autres membres de la même bande (dont les deux Oranais) demeurent toujours en fuite.

Ahmed B.