Le fameux square qui fait face à la mosquée n’est toujours pas rouvert au grand dam des autochtones qui ne disposent pas, ou peu, de jardins publics pour s’y reposer, lire un journal ou tout simplement pour papoter entre retraités.
Se balader à Tizi Ouzou est un véritable supplice. De mémoire de Tizi Ouzéens, jamais la ville n’aura atteint un tel degré de clochardisation. Rien que de s’y promener dans cette agglomération, qui fut pourtant agréable à vivre, le constat saute aux yeux. Que ce soit au centre ou à la nouvelle-ville, il y a comme une sorte de fatalité qui semble s’abattre depuis quelques années à tel point que les années passent et se ressemblent hideusement dans une “ville-dépotoir», qui croupit sous les saletés et les immondices en tous genres et s’arc-boute sous le poids des vices, de la délinquance et de l’insécurité. Il est vrai que le service d’hygiène qui a connu des périodes de grève pour des motifs plutôt discutables est à incriminer mais le mal est si profond que tous les responsables de cette wilaya en charge de cet aspect sont à pointer du doigt. La Grand’rue, jadis colonne vertébrale et centre névralgique du tout-Tizi, a été complètement défigurée. La Vieille-Ville péniblement adossée à Sidi-Belloua —ou du moins ce qu’il en reste— a été défoncée et dénaturée alors qu’elle aurait dû être préservée, restaurée et classée comme site historique avec tout ce qu’elle comprend comme vestiges turcs et berbères du 18e siècle, des écoles indigènes et des mosquées du 19e siècle. Cette rue si emblématique est devenue infréquentable. Les automobilistes ne font que la longer alors que les citoyens la boudent depuis que ces trémies aient grandement défiguré son aspect d’antan. Le fameux square qui fait face à la mosquée n’est toujours pas rouvert au grand dam des autochtones qui ne disposent pas, ou peu, de jardins publics pour s’y reposer, lire un journal ou tout simplement pour papoter entre retraités. En fait, il n’y a pas une once de sérénité dans cette ville, qui grouille de monde. La circulation est dense, les trottoirs sont squattés, par le commerce informel, les transporteurs qui desservent le quartier de la Nouvelle-Ville se plaisent dans cette anarchie, causant des situations recombolesques où c’est toujours le citoyen qui fait les frais.
Quinze maires et autres DEC en l’espace de… quinze ans
Pour une ville qui comptait quelque 20 000 habitants au lendemain de l’indépendance du pays et qui peut multiplier le nombre par plus de dix aujourd’huis, cela renseigne sur la relation qui existe entre l’élu et l’électeur. D’ailleurs, il est devenu notoire de s’entendre dire que chaque maire qui a eu à gérer cette cité s’est plutôt intéressé à s’enrichir et de la façon la plus ignoble que de servir le citoyen qui l’a élu. L’exception devrait confirmer la règle, mais aucun écho n’est venu renforcer cette règle et c’est ce qui a donné cette image vile de l’élu local, toutes tendances confondues. Rien qu’au niveau de l’état civil, censé être une référence de gestion de celui, qui occupe le bureau du cinquième étage, le décor planté depuis l’ouvertures des portes est le même durant toute l’année. Une véritable fourmilière et un supplice pour le citoyen venu se faire établir un document. Et bien sûr, le passe-droit, devenu légion, s’érige en mépris caractérisé du citoyen qui n’a que sa désolation à afficher.
Qui se souvient des cinémas le Djurdjura, le Mondial, l’Algéria et le Studio ?
Si sur le plan culturel, la ville semble renouer avec l’animation d’antan qui a vu le grand Greame Allright et tant de talents émérites venir donner de la joie aux autochtones, il n’en demeure pas moins que l’aspect culturel, hormis lors des périodes d’été ou de Ramadan, n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Les cinémas le Mondial, le Djurdjura, le Studio et l’Algéria sont toujours en chantier. Hormis la maison de la culture Mouloud-Mammeri, qui foisonne d’activités artistiques, entre chants, expositions de peintures et activités théâtrales, inutile de chercher ailleurs de quoi s’abreuver en arts car il n’y en a point. Ces dernières années, des festivals ont élu domicile dans cette ville, par la grâce et le savoir-faire des responsables en charge de la culture, mais la jeunesse, plus portée sur les décibels, n’y accordent pas trop d’importance. Le gala de Cheb Khaled d’il y a quelques semaines, pari réussi, est la preuve tangible que les jeunes ont plutôt soif de s’éclater, eux qui sortent d’une décennie où la musique était reléguée au chapitres des interdits.
Le Plan quinquennal 2010-2014 viendra-t-il en messie ?
Avec l’embellie financière et le grand intérêt qu’accorde l’Etat à cette wilaya restée en retrait de tout développement, il va sans dire que la wilaya de Tizi Ouzou tient-là une véritable aubaine pour se relancer. En effet, pas moins de 265 milliards de dinars sans compter les 110 milliards de DA qui restent des programmes en cours, ont été alloués à la wilaya, (chiffre qui dépasse de loin celui de beaucoup de wilaya du pays) pour être consacrés à divers secteurs comme l’éducation, l’hydraulique, la santé les routes, les branchements de gaz, dans les communes et villages et les besoins sont grands pour cette wilaya qui a payé un lourd tribut avant et après l’indépendance du pays.
Yanis Zafane
