Une foire chasse l’autre à Béjaia, elles se ressemblent toutes en ce sens qu’elles n’offrent pas plus que ce qu’on trouve habituellement sur le marché. Quant aux prix, il est autant inutile que fastidieux de s’attarder là- dessus tant il est recommandé de faire ses emplettes plutôt dehors que chez ces pseudo-forains qui ignorent tout des vertus de la braderie. Si c’est pour trouver les mêmes produits, aux mêmes coûts, à quoi bon se bousculer au portillon pour s’aquitter du droit d’entrée. La présente foire, dénommée pompeusement foire des articles scolaires, pose problème aux libraires professionnels de la ville qui réalisent l’essentiel de leur chiffre d’affaires à la rentrée. Si en plus, ils doivent affronter une concurrence déloyale de la part de commerçants, venus d’ailleurs et qui n’émargent pour la plupart à aucune recette fiscale… Cette pratique, selon certains libraires, s’apparente fortement à une poussée vers la sortie. On aurait cherché à ce qu’ils mettent la clé sous le paillasson qu’on s’en serait pas pris autrement. L’autre gros problème, à l’approche de la rentrée, c’est le secteur informel. En effet, il se trouve toujours pendant cette période, des aventuriers, sans métiers fixes, qui à la faveur d’une forte demande conjoncturelle au demeurant, s’improvisent libraires ou plutôt vendeurs de cahiers. Exactement comme ils ont été marchands de légumes, de sardines et d’habits pour enfants ! Des librairies par terre qui poussent les professionnels. Ils écoulent leurs marchandises librement sans qu’une quelconque autorité ne trouve motif à saisie et à sanction. A ce rythme, les jours des libraires sont comptés ! D’autant plus qu’une très large permissivité des pouvoirs public, paix sociale oblige, est de rigueur. L’amour du métier et une sacrée dose de témérité restent les seuls stimulants, les seuls éléments de motivation pour la poignée de libraires qui arrive, vaille que vaille, à maintenir les rideaux levés. Continuez, messieurs, à nous faire rêver et à maintenir vivace la tradition du savoir dont vous êtes le premier palier…
M. R.
