Commentaire : Tirez la chasse !

IL ne faut pas avoir une très haute idée de l’honneur pour se taire quand on n’a plus rien à dire. Passé l’épisode de l’Assemblée, qui a vu les députés du RCD se ruer vers le micro, pour attaquer sans conviction aucune, le programme du chef du gouvernement, il fallait bien, pour rester fidèles à l’image dont on les affuble, trouver une autre parade pour tenter de retenir l’escouade de militants restants. Insultes, invectives et gros mensonges sont le lot de la dernière trouvaille chez ces gens, qui se refusent de croire que le train de l’histoire les a laissés à quai le jour où les sincères militants avaient compris, tardivement s’entend, que ce qui se trame en haut n’est pas forcement ce qui arrive à la base. Dans une déclaration, émanant du bureau régional, mais qu’importe, quand on sait que c’est la voix du maître, les signataires jurent sur tous les saints qu’une réunion a eu lieu à la maison de la culture de Tizi Ouzou, pour définir les voies et moyens à mettre en œuvre pour riposter à la déclaration du RCD, en réponse au discours de Ahmed Ouyahia prononcé à l’APN. En des termes aussi libidineux que mensongers mais gardant toutefois un cachet si habituel qu’il devient vain d’en chercher l’expéditeur. Si le RCD voulait faire œuvre utile, ne serait-ce que pour l’Histoire, terrain de prédilection du boss, il serait intéressant qu’il nous dise ce qui s’est réellement passé le 20 février 1980 à Tizi Ouzou, dans le bureau du responsable des RG, quand ce dernier l’interrogeait sur les banderoles écrites en Tamazight et déployées à travers la ville. S’il faut s’attendre à ce qu’il ne dise jamais, tout comme il n’avouera pas d’autres faits préjudiciables, il faut savoir que sa réponse a non seulement éberlué les policiers chargés de l’interrogatoire mais elle a surtout jeté un discrédit sur la sincérité de son combat et les desseins de son engagement. “Je m’en f… de la langue berbère, ce n’est qu’un moyen de lutte pour moi !», a-t-il cru bon de dire, sans doute pour échapper à une arrestation qui l’aurait éloigné de ses plans. Et contrairement aux allégations des signataires du communiqué quant à cette réunion, nous, nous avons les preuves. Cette politique du bouc émissaire, largement galvaudée au sein de cette formation, à quelque chose de profondément déplaisant. Et quand on dit déplaisant, c’est une litote. Ni grand rassemblement, ni culture politique, encore moins de démocratie chez ce parti qui voit ses meilleures élites le quitter un à un. Une similitude en revanche, entre la base et le sommet : si la base est comme le lait sur le feu, au sommet, ce n’est pas loin de bouillir.

Ferhat Zafane