Oléiculture : Compagne de sensibilisation pour la collecte d’olive

Partager

L’institut technologique de l’arboriculture fruitier et de vigne relevant du ministère de l’agriculture et développement rural vient de lancer une campagne de sensibilisation d’orientation autour de l’activité de la cueillette et le traitement de la récolte d’olives dont le démarrage est question de quelques semaines et cela par… voie d’affichage sur les lieux publics, le document (dont on détient une copie) qui retrace les modalités de cueillette stockage et trituration des olives. Simplement, les initiateurs de cette campagne de sensibilisation en ciblant cette région de Kabylie semblent oublier que cette activité est l’une des plus anciennes et plus que millénaires et que l’expérience acquise en la matière est transmise sans interruption de père en fils depuis la nuit des temps. De plus, dans ce document, on évoque un «vibreur porté», un équipement inexistant dans la région, l’olive non encore arrivée à sa phase finale de maturité aucune vibration ne peut rompre le cordon qui la rattache à la branche, or, le même document recommande de cueillir la récolte avant sa totale maturité comme il est aussi conseillé d’utiliser des peignes (une sorte de carde à laine en plastique), un équipement disponible mais rejeté par les agriculteurs après l’avoir essayé ce peigne en plus de ramener les grains d’olives, détache et dénude en même temps beaucoup de feuilles et l’extrémité de la branche fragile étant en pleine croissance, cette partie de la branche est celle-la même qui produirait la récolte de l’année prochaine, que ces peignes abîment sérieusement. Le document en question préfère l’utilisation de la perche au lieu de la gaule, il s’agit de El Hadj Moussa ou Moussa El Hadj, c’est un long bâton mince muni d’un crochet à l’extrémité appelé «Amekhthaf» en Kabyle. L’intervenant sur un olivier se munit de deux perches, l’une longue, et l’autre courte, cette dernière sert à ramener la branche sans la briser. Quant au stockage, les olives sont toujours déposées en tas de 30 a 40 cm de hauteur à l’air libre, pour éviter la fermentation, un procédé d’usage depuis la nuit des temps. Ce que l’on constate, depuis un certain temps, les olives sont stockéesdans des sacs de jute rn attendant les intermédiaires ou maquignons qui les achètent, revendant l’huile après transformation. Des intermédiaires qui n’ont d’yeux que pour le bénéfice à tirer, la qualité de l’huile constitue le dernier de leur souci, leur boulimie porte un coup sévère à cette même qualité. On aimerait voir cet institut technologique proposer une réglementation dans ce créneau, d’autant plus que depuis un certain temps, le vol des olives est devenu monnaie courante et là où se pratique la transaction, ne peut être qualifié que de lieu de recèl; en résumé une activité qui encourage les vols. Comme l’institut dépend du ministère de l’agriculture, on aimerait aussi le voir proposer la facilité d’acquisition des indispensables équipements, comme l’échelle et les filets à récolte, dont le document ne fait aucune allusion et dont nous résumons l’utilité comme suit : Les échelles, en plus de faire avancer rapidement le travail en facilitant l’accès rapide aux branches les plus éloignées de la manière la moins pénible, au lieu de faire des acrobaties de branches en branches, un procédé dangereux, à l’origine d’accidents mortels ou handicapants à vie. Les services des urgences du secteur sanitaire en savent quelque chose à ce sujet, ce service ne désemplit pas durant toute la durée de la campagne de la cueillette d’olive. Une simple échelle réduirait de 80% les risques de ce genre d’accidents (chutes), malheureusement les échelles en fer, beaucoup plus maniables, solides et légeres, que les traditionnelles en bois, sont hors de portée de la majorité des bourses, avec un prix qui oscille entre 7000 et 10.000 DA, selon la longueur. Des ferronniers ingénieux sont arrivés à confectionner des échelles démontables, qui peuvent atteindre les plus hautes cimes d’oliviers, un outil d’une inestimable utilité. A défaut d’échelles, on peut aussi créer des ceintures ou gilets de sécurité munis d’une corde élastique et d’un crochet, qu’on fixe à une branche, une technique utilisée par les acrobates apprentis ou amateurs, ou ceux qui pratiquent la haute voltige. Les filets à récolte en plastique : fabriqués en usine ces filets sontbeaucoup plus pratiques, plus commodes d’abord, il n’accrochent pas d’épines, ensuite leur épaisseur amortit la chute des grains et leur évite d’être abîmés; ces filets larges ne perdent pas beaucoup d’olives, qui obligent à la pénible corvée du ramage grain par grain dans une position inconfortable et dure (accroupie), enfin ils sont très solide et peuvent servir plusieurs années. Malheureusement, tout comme les échelles en fer, ils sont inaccessibles aux petites et moyennes bourses, à raison de 8000DA l’unité. Les filets utilisés actuellement sont confectionnés à l’aide d’emballages de semoule, sommairement assemblés, qui se détériorent rapidement, en plus d’accrocher épines et branchages fins et qui nécessitent un pénible nettoyage, à chaque fin de journée, ce qui engendre une perte de temps précieux, par ces courtes journées d’hiver. Pour revenir aux techniques de la cueillette d’olive, aucun équipement perche, peigne ou vibreur qu’on nous propose à travers ce document ne peut remplacer la main experte d’un ou d’une Kabyle en pleine activité (il fallait les voir à l’œuvre pour s’en convaincre), pour peu qu’on lui offre une bonne échelle et un bon filet à récolte.

Ce qu’on ignore en…haut lieu, c’est que l’olivier et son produit sont sacrés en Kabylie, où l’huile est dénommée « Thachrift» (la noble). En effet, aucune technique ne peut remplacer les soins que prodigue un kabyle à son olivier (et son produit l’huile), auquel il voue les mêmes sentiments qu’à son propre fils, et ce n’est pas en 2010 qu’on lui apprendrait comment s’en prendre. L’idéal est d’être plutôt à son écoute, pour bénéficier de sa millénaire expérience, et surtout recenser les contraintes et les dangers liés à cette activité et contribuer à sa prise en charge.

Oulaïd Soualah

Partager