La toponymie : témoin d’un mode de vie, des traditions, des us…

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Hier, deuxième jour du colloque international qu’organise le Haut Commissariat à l’amazighité HCA en collaboration avec le Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle, CRASC d’Oran, sous le thème : “Le nom propre maghrébin de l’homme, de l’habitat, du relief et de l’eau.” La journée d’hier a vu défilé sur la tribune plusieurs spécialistes qui n’ont pas manqué d’apporter des éclaircissements dans le domaine de la toponymie.

D’Oran Mohamed Mouloudj :

Mohand Tilmatine, de l’université de Cadix, Espagne et enseignant à Berlin a traité de la politique linguistique et toponymie en Algérie. M. Tilmatine s’est posé des questions relatives à la place de l’amazighité dans la politique linguistique engagée par l’Algérie ainsi que la place de cette langue dans la toponymie, tout en sachant que depuis l’Indépendance du pays, les pouvoirs publics avaient procédé à la redénomination tous azimut des lieux, en remplacement des dénominations coloniales, mais sans pour autant respecter les dénominations antérieures, soit, celle de la mémoire collective, et dans ce cas précis, les appellations amazighes.

Pour M. Tilmatine, les choix culturels et linguistiques en Algérie, après l’Indépendance du pays ont abouti “sur l’application d’une politique d’arabisation à outrance dont les effets ont été largement débattus”. Il souligne que ce processus “est venu lui-même se greffer sur une politique culturelle, -et donc toponymique- coloniale qui, considérant l’Algérie comme une partie intégrante d’une grande France», laquelle, a pratiqué “une politique de francisation du pays”.

La deuxième communication s’est portée sur “l’apport linguistique et anthropologique de la toponymie kabyle : le cas de la toponymie d’Aokas”. Cette communication est présentée par Mme Samira Amari et Mme Rabdi de l’université de Bgayet.

Dans leur présentation, les deux enseignantes ont estimé que la dénomination des lieux n’est pas fortuite. Bien au contraire, “elle témoigne d’une part du mode de vie, des traditions, des us et coutumes des habitants qui y sont passés à travers les âges”. “D’autre part, ont-elles ajouté porte des marques sur les caractéristiques géographiques des lieux ainsi nommés”.

“Si l’on observe de plus près la toponymie maghrébine, on s’aperçoit que les noms amazighs sont les mieux conservés», soulignent les deux communicatrices, et d’ajouter que “bien des régions où la langue amazighe n’est plus parlée, ont conservé jusqu’à nos jours des noms d’origine amazighe», c’est-à-dire que “le passage successif de différents conquérants, (…) n’a que légèrement ou superficiellement altéré le toponyme ».

L’étude présentée par les deux enseignantes, sur la toponymie dans la région d’Aokas, en Kabylie de l’est, se veut à la fois anthropologique et linguistique. Plus explicites, elles ajoutent que l’étude est anthropologique, car “il s’agit de recenser les différents noms de lieux de la région concernée, interroger la mémoire collective sur l’origine de l’appellation ensuite, classer les noms selon leur appartenance à la toponymie végétale, animale, historique, archéologique, ethnologique…”

Elle est linguistique, soulignent les deux enseignantes, car il s’agit d’une analyse lexico-sémantique du corpus recueilli en confrontant aux différents dialectes amazighs, autrement dit “une analyse inter-dialectale”. Pour leur part, M. Abdelmadjid Aboura et Mme Dalila Berkani, de l’université de Tlemcen, ont présenté une étude sur l’onomastique et territorialisation de l’espace anthroponymique. Cas de la ville de Tlemcen. Quant à M. Bachir Bouhania, enseignant à l’université d’Adrar il a traité de Tamentit : “les liens onomastiques entre le Touat et l’Egypte ancienne”. M. Bouhania a mis en exergue l’influence du berbère sur la toponymie égyptienne, surtout après la conquête de Chachnaq. Il a traité aussi des signes amazighs toujours vivant dans la région de Siwa.

Il faut dire que les communications d’hier, ont suscité un engouement sans précédent chez le public qui a suivi avec attention les interventions.

Plusieurs autres communications ont été présentées encore hier, après-midi. Le colloque se poursuivra même aujourd’hui.

M. M.

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