Mis en œuvre voilà près de 15 ans sous les injonctions du FMI, la contractualisation de la relation de travail a conduit dans de nombreux cas à la précarisation des travailleurs, aussi bien ceux officiant dans la fonction publique que ceux exerçant dans le secteur économique.
L’introduction du fameux concept de «flexibilité» par le truchement du CDD (contrat à durée déterminée), est censée résoudre le problème de pléthore des effectifs et, partant, garantir la rentabilité et la performance des entreprises. Mais le recours abusif à ce nouveau mode de relation de travail s’est accompagné de flagrantes violations de la législation du travail, induisant un nivellement par le bas manifeste des acquis des travailleurs. A se fier à de nombreux échos recoupés, le cas de ces patrons usant et abusant du CDD sont légions dans la wilaya de Bgayet. «Avec un salaire de misère et des conditions de travail lamentables, on trime jusqu’à 10 h par jour sans la moindre compensation ni indemnité. Celui qui ose rouspéter est vite rabroué et menacé de licenciement», témoigne, effaré un employé d’une petite unité industrielle d’Akbou. Autorité tyrannique et abus d’influence ont fini par installer le travailleur contractuel dans une relation d’allégeance, voire d’asservissement au chef. Les carrières professionnelles ne se gèrent autrement que par la stricte compétence, le savoir-faire et l’expérience. Le népotisme faisant florès, des malotrus incultes sont promus à des postes de responsabilité pendant que des compétences avérées se contentent du rôle de subalternes, isolés et souvent spoliés de leurs droits, quand ils ne sont pas, tout bonnement poussés vers la porte de sortie. Toute velléité qui se veut une jonction avec le monde des chimères est impitoyablement écrasée. Le droit à l’activité syndicale est bafoué. La moindre action de protestation expose son auteur à la résiliation pure et simple de son contrat de travail. «La dépermanisation a considérablement affaibli la protection syndicale subséquemment à la création de deux collèges au sein de la même entreprise : les travailleurs permanents d’un côté et les travailleurs temporaires de l’autre», fait remarquer le responsable d’un bureau de l’inspection de travail, qui avoue l’impuissance de ses services à faire face à l’ampleur et au nombre des entorses à la législation de travail. «Nous avons enregistré un nombre important dont certaines sont transmises à la justice pour instruction. Mais je tiens à vous préciser qu’au-delà des moyens d’action qui nous font cruellement défaut, nous ne pouvons pas faire grand-chose face aux cas des travailleurs qui, par peur de perdre leur gagne-pain, se plaisent dans la résignation et la soumission aveugle», déplore-t-il. Même les procédures de recrutement ne sont généralement qu’une longue suite de coups tordus qui finissent carrément par tordre le cou aux dispositions légales en vigueur. «Tout se passe comme si certains patrons n’avaient qu’un seul souci en tête : s’entourer d’une armada de connaissances et d’amis fidèles, fussent-ils les moins compétents et les moins qualifiés», souligne notre interlocuteur. Quant aux autres travailleurs, il ne leur reste que la maigre consolation du rêve. Celui qui verra l’avènement d’une ère où ils cesseront d’être ces exploités taillables, corvéables à merci et révocables au gré de l’humeur du chef. Même si rien n’est plus hypothétique que cette insensée espérance.
N. Maouche
