Il y a aussi un deuxième phénomène qui a contribué à cette richesse hydrique inestimable, c’est la proximité d’un grand nombre de ses communes au massif majestueux du Djurdjura, qui alimente en aval, villages, fleuves et rivières qui se jetteront à leur tour sur la grande bleue, la Méditerranée. La nature est très bien conçue, si ce n’est l’homme qui ne fait rien ou presque pour l’aider à accomplir son travail de purification. Pire, inconsciemment ou non, ces derniers temps, il pollue tout sur son passage y compris nos paysages de montagne qui étaient plus ou moins épargnés jusque-là. La plupart de nos eaux de source proviennent donc des gouffres de la montagne qui se remplissent de neige durant tout l’hiver. Avec le froid et l’extrême baisse de température nocturne surtout, ces neiges se transforment en glace et sont ainsi stockées dans ces gouffres qui deviennent par conséquent de véritables greniers à eau. Aux premiers chants de rossignols qui annoncent le printemps et surtout en été, lorsque la chaleur fait sortir la cigale de sa léthargie, les neiges stockées comment à fondre, formant ainsi les ruisseaux, sources et ruissellements d’eau qui résistent ou non à la sécheresse estivale. Les plus résistantes sont les sources. Plus elles sont profondes, plus elles tiennent le coup et continuent à assurer l’approvisionnement en eau de certains villages dans des conditions d’extrême sécheresse. En 2000, c’est la source Lanasser qui a réussi tant bien que mal à alimenter en eau les foyers. Bien sûr, il fallait la chercher, à plus de 2 km des maisons les plus proches. Une autre source Theboudh est bien plus importante et se situe en contrebas des villages Aït Oulhadj et Aït Irane. Son débit est tel, qu’elle alimente même les communes limitrophes Oudhias et Tizi N’tleta, sans compter le village Aït Maâlem et les centaines de citernes tractables qui sont remplies ici, pour être revendues dans la plupart des cas à 1200 DA dans les villes. Aujourd’hui, constat sans appel, la qualité bactériologique de l’eau de Teboudh est mauvaise. ce qui n’était que rumeur il y a de cela quelques années est confirmé au grand dam de la population locale et des communes riveraines. Une équipe de la DHW de Tizi Ouzou s’est déplacée sur les lieux pour essayer de voir plus clair. Pourtant la cause de pollution de cette eau souterraine n’est plus un secret pour personne. C’est les villages situés en amont qui polluent, à savoir Aït Irane et à un degré moindre Aït Oulhadj. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est le réseau d’assainissement réalisé à coup de millions de dinars qui est désigné du doigt. le pire c’est que le problème n’est pas propre à Teboudh. Partout, le réseau d’assainissement censé assainir, pollue. Y a-t-il une explication à tout cela ? Sûrement, lorsqu’on sait que ces réseaux sont tous conçus de telle sorte à évacuer les eaux usées, matières fécales selon la méthode du prie, c’est-à-dire le tout à l’égoût. Par conséquent, durant des décennies, moyennant l’argent du contribuable, nos rivières et sources ont été contaminées ceci par l’absence de bassins de décantation et puisards qui sont une espèce d’unité de traitement d’eau naturelle, peu coûteuse dont la réalisation est à la portée de tous et sa technicité empirique. A titre d’exemple, le puisard qui n’est qu’un puits à eau perdue, creusé pour recevoir des eaux polluées. On assure l’étanchéité des parois, mais le fond doit être constitué d’un mélange de cailloux qui doit permettre à l’eau de s’infiltrer dans la terre, tandis que les impuretés forment un engrais appelé bourbe, que l’on enlève au fur et à mesure. Bien sûr, il y a des bassins de décantation, les lagunages, les fosses septiques. Toutes ces méthodes sont efficaces car elles n’agressent pas l’environnement rural. Ces méthodes empiriques ont par ailleurs montré leurs preuves ailleurs, c’est-à-dire dans les pays plus riches que nous, et qui n’éprouvent aucune gêne à y recourir. Il y a va du sort de nos paysages, sources d’eau et de notre vie tout court. Un autre phénomène qui envahit de plus en plus nos sites naturels, sont les décharges sauvages implantées au cœur même du Djurdjura. Au lieudit Fontaine des singes, une décharge s’est formée au fil du temps, qui agresse la vue enlaidit le lieu, auparavant destiné au tourisme populaire, sans compter les odeurs et les risques de pollution de la rivière qui descend des sommets du Djurdjura pour se déverser tout de go au barrage de Taksebt en passant par Takhoukht. Chaque citoyen essaye de se prémunir de ces déchets avec les moyens qu’il a (clôture en grillage, en dur etc. ) pour épargner son lopin de terre de ces détritus non biodégradables qui anéantissent toute vie. La durée d’un sachet en plastique enfoui sous terre est de 100 ans. Lors de notre passage sur les lieux, en juillet dernier, nous avons dressé un état des lieux. En voulant dénoncer cette situation catastrophique nous voulions parler des décharges de la honte, par conséquent le mur érigé devant cette décharge n’était pas incriminé. Nous présentons toutes nos excuses au propriétaire du mur.
M. Ouanèche
