Des séquelles à jamais…

Toute cette contrée était dans l’oeil du cyclone car une réunion importante de responsables de la wilaya III historique et ceux de la wilaya IV allait être tenue dans un lieu resté inconnu.

Cela fait maintenant cinquante deux ans depuis que l’armée française avait mis à feu et à sang toute la région d’Aït Yahia Moussa.

Le six janvier 1959, tous les villages de cette région connue pour avoir donné à la Révolution des centaines de maquisards dont le premier noyau avait été formé par feu Krim Belkacem, étaient encerclés de partout.

Toute cette contrée était dans l’oeil du cyclone car une réunion importante de responsables de la wilaya III historique et ceux de la wilaya IV allait être tenue dans un lieu resté inconnu. Mais, selon des témoignages que nous avons pu avoir de la bouche même de ceux chargés de la surveillance des lieux, les services secrets de l’armée coloniale avaient eu vent de cette réunion de la part de leurs relais dans les villages.

«J’ai fait partie du groupe désigné par le Front pour monter la garde. Je ne pourrais vous dire de quoi il s’agissait. Il fallait exécuter les ordres sans chercher à comprendre», se rappela un octogénaire gardant toujours les séquelles du napalm.

Quelques minutes après, il reprit ses esprits et ajouta: «Au petit matin, aux environs de 4 h, des milliers de soldats encerclent toute la région. Vers 10 h, des hélicoptères survolent les airs et les bombardements commencent. On n’entendait que du tonnerre. Au moment où les nôtres ont commencé à donner du fil à retordre contre les premiers assauts, des renforts sont arrivés». Notre interlocuteur pleura un moment, avant de poursuivre : «Notre armée a pu tenir tête aux militaires. Les combats commencent au corps à corps. Combien de corps sont tombés ? Personne jusqu’au jour d’aujourd’hui, ne peut donner le nombre exact. On parle de plus de 400. Le plus important est la capture de Graziani et de Chassin».

L’arrestation de ces deux officiers avait mis le feu aux poudres et la réaction des dirigeants de cette vaste opération ne s’est pas fait attendre. Ils avaient donné l’ordre de bombarder tout le village. «Au moment où les combats font rage au lieudit Ighil N’Aâli Ouramdane, des avions larguent des bidons de napalm sur les habitations. De nombreux civils avaient été blessés et brûlés. Toutes les maisons ont été incendiées, alors que nos réserves d’huile, d’orge et de blé ont été jetées dans les flammes. Même notre bétail n’a pas échappé à cette furie. C’est la politique de la terre brûlée», se souvient encore ce moudjahid.

Cette bataille était l’une des plus connues non seulement en Kabylie, mais aussi en Algérie. Depuis cette date, l’armée coloniale avait installé des camps militaires dans tous les villages. Personne ne pouvait ni rentrer ni sortir de la région.

Cela n’avait pas dissuadé les maquisards de préparer des attaques contre les forces coloniales, car 3 mois après, en mars 1959, une autre bataille avait eu lieu à Tachtiouine, suivie de celle de Tafoughalt et de bien d’autres. «Bien que notre région ait été déclarée zone interdite, les maquisards pris en tenaille ailleurs, y trouvaient chez nous accueil et hospitalité», remarqua un autre intervenant qui n’omit jamais de venir se recueillir sur les tombes des hommes tombés au champ d’honneur durant cette bataille de Bougarfène, au carré des martyrs du 6 Janvier.

Aujourd’hui encore, une cérémonie est programmée au sein de ce haut lieu de la résistance du peuple algérien.

A Aït Yahia Moussa, des vieux et des vieilles encore en vie, se souviennent de cette bataille et gardent les séquelles du napalm.

Amar Ouramdane