Rares parmi les populations en âge de travailler, ceux qui trouvent un emploi sur place, hormis les postes de travail proposés par les administrations publiques (APC, Agences postales, dispensaire, l’enseignement), quand ces derniers sont disponibles. Le monde rural coulant sous le pied du chômage endémique, quand ce n’est pas l’aventure dans les pays proches ou lointains, c’est tout simplement « l’exil interne », qui attend la masse juvénile. Il n’est pas étonnant de voir des ruraux partir de bon matin vers les grandes villes pour y travailler et regagner le logis, le soir venu. Cela engendre beaucoup de frais de voyage, de restauration. A la fin du mois, le pauvre travailleur n’a plus que ses yeux pour pleurer ses dinars qui se sont fondus comme l’eau de neige pour reprendre une expression très en vogue ici. Conscients de l’enjeu de création d’emplois dans ces zones, certains jeunes ont bravé les difficultés bureaucratiques, bancaires et autres et ont réussi à décrocher des micro-projets après avoir frappé aux portes des ANSEJ et autres. Il existe aussi une catégorie de citoyens assez aisés pour se passer des labyrinthes administratifs et osent lancer des mini-projets au sein même de leur village natal. C’est le cas de K. Med Arezki du le village d’Aït Maâlem, qui a voulu créer une unité de transformation de plastique. Aidé par son cousin Hocine, qui avait bénéficié d’une subvention ANSEJ, dans une autre localité, ce jeune entrepreneur a tout prévu. Un atelier pour ce faire, les équipements acquis pour la bagatelle de 350 millions de centimes, un plan de charges qui lui permettra d’écouler au fur et à mesure sa production, la main-d’œuvre nécessaire etc. L’entrepreneur a tout prévu donc, sauf l’électricité. La Sonelgaz est venu sur les lieux, elle a réalisé 90% des travaux. Il reste à brancher la moyenne tension sur une petite longueur de 500 mètres, placer un transformateur, pourvoir le hameau de 26 foyers électrifié et l’unité plastique démarrer la production. Que s’est-il donc passé ? Le promoteur du projet explique : « Il reste pour la Sonelgaz de brancher la moyenne tension, et placer un transformateur. Mais la Sonelgaz a abandonné les travaux après une opposition des riverains (voir notre livraison du 26/06/2005). J’ai contacté le DMI, le wali de Tizi Ouzou, le chef de daïra de Ouadhias, mais aucune réponse nous a été notifiée à ce jour, ni à moi, ni aux opposants à l’électrification de ce hameau, pourtant un de nous deux doit avoir raison ». Le jeune entrepreneur qui avait acquis ses équipements depuis février 2005, espère que les autorités solutionnent cet épineux problème. Huit emplois directs sont pour l’heure bloqués suite au refus des riverains. L’unité qui compte produire des bouteilles en plastique pour une autre fabrique de détergents, estime ses prévisions à 1 tonne par jour de transformation plastique. Une petite bouffée d’oxygène pour le village Takharadjite, où un autre jeune avait lancé il y a quelques mois, moyennant ses propres finances lui aussi, une fabrique d’aliments de bétails qui est en production. Cette unité, située sur le chemin communal, qui mène vers le village Aït Oulhadj et Aït Irane, n’est pas concernée par le problème d’électrification. Pour peu que les autorités s’y mettent de la partie en déblayant la voie aux promoteurs potentiels, beaucoup de choses peuvent se réaliser. Les jeunes commencent à comprendre que leur avenir n’est pas à Johannesburg ou Longwy. Leur avenir est ici, dans un pays en chantier qui ne demande que les bras et la matière grise pour se développer.
M. Ouanèche
