Ressources hydriques Techniques de construction et choix des sites inappropriés – Nombre d’ouvrages réalisés sont endommagés

Au cours des cinq dernières années, la wilaya de Bouira a bénéficié de nouvelles capacités de mobilisation de ressources hydriques, aussi bien sur le plan des grands ouvrages (barrages) que des ouvrages moyens (retenues collinaires) ou de la petite hydraulique (captage de sources, mares pastorales, canaux d’irrigation).

Concernant l’axe majeur de la mobilisation des eaux de surface par les barrages hydrauliques, le territoire de la wilaya compte trois ouvrages qui totalisent une capacité de rétention de 840 millions de mètres cubes. Ce sont les barrages de l’Oued Lakhal (30 millions de M3), de Tilesdit (170 millions de M3) et Koudiet Acerdoun (640 M2). Le premier ouvrage, situé dans les communes de Aïn Bessem et Sour El Ghozlane, est mis en exploitation à partir de 1984. Le second, construit sur le territoire de la commune de Bechloul, réceptionné en 2005, voit ses adductions vers les communes ciblées se réaliser progressivement. Quant au troisième, Koudiet Acerdoun, il a été réceptionné en 2008 et de grandes adductions sont en train d’être installées en direction de quelques communes de la wilaya de Bouira et vers la wilaya de Médéa. La partie destinée vers le sud de la wilaya de Tizi-Ouzou (Draâ El Mizan, Tizi-Ghenif, Boghni) est déjà opérationnelle depuis 2010.

S’agissant des ouvrages moyens de la dimension des retenues collinaires, le territoire de la wilaya de Bouira a bénéficié depuis le milieu des années 1970, de 29 infrastructures de rétention d’eau de capacité allant de 15 000 à 30 000 mètres cubes. Ce sont des ouvrages construits généralement au piémont des collines ou dans les zones de plaine où les conditions géomorphologiques et géotechniques s’y prêtent. Une dizaine de ces retenues est actuellement hors service. Les ouvrages sont endommagés, et cela pour diverses raisons liées aux techniques de construction et au choix des sites. Le travail d’inventaire systématique effectué sur les reliefs de la wilaya au début des années 1980 par des techniciens en hydraulique a abouti à l’identification d’une quarantaine de sites favorables à l’installation de telles infrastructures, véritables ouvrages d’appoint pour les régions mal desservies par les réseaux d’AEP ou d’autres ouvrages destinés à l’irrigation. La gestion des retenues collinaires avait subi les aléas de ses rattachements successifs aux services de l’agriculture, puis à ceux de l’hydraulique. Les retenues non opérationnelles doivent leur arrêt à plusieurs facteurs dont les principaux sont le mauvais choix des sites et des imperfections techniques qui finissent parfois par faire disparaître jusqu’aux traces de l’ouvrage. Parmi les ouvrages de ce genre que nous avons eu l’occasion de visiter, il y a la retenue de Ridane, à quelque 60 km au sud de la ville de Bouira. Elle est bâtie sur le site de Ouled Ali, au pied du mont Bouseddar. La digue manque visiblement d’ancrage latéral à tel point qu’elle est déchaussée et ses flancs sont mis à nu. L’infrastructure entière a été rayée de la carte par les torrents de montagne qui ont fini par retrouver leur ancien cours sans faire de halte sur le site de ce qui fut un jour une retenue.

Précieux apports

Au coût actuel des travaux de génie civil -précédés des études de faisabilité et d’exécution ainsi que et de levés topographiques-, un ouvrage de cette catégorie ayant une capacité de 80 000 à 100 000 M3 peut revenir à un coût d’environ 15 milliards de centimes.

L’autre exemple est rencontré à Taguedite, une commune limitrophe de la wilaya de M’Sila. La fragilité de la construction de sa digue sur Oued Tarfa a été à l’origine de l’ouverture d’une brèche au milieu de la digue, de sorte à ce que le réservoir d’eau se vide définitivement. Dans la commune de Bordj Okhriss, l’assiette de la retenue choisie à la périphérie de la ville a été intégralement envasée, si bien qu’elle ne peut capter aucun mètre cube d’eau. Son bassin versant, fait de sols marneux dénudés au pied de Djebel Meghnine, a subi une érosion considérable dont les matériaux (limons et pierraille) ont colmaté le bassin de réception.

Sur les hauteurs de Hadjra Zerga, une commune steppique relevant de la daïra de Sour El Ghozlane, la retenue a été construite dans la bourgade d’El Hammam sur un terrain perméable qui ne peut retenir une seule goutte d’eau. L’autre exemple d’ouvrage défectueux est certainement celui de la commune d’El Hakimia. L’infrastructure surplombant la R. N. 8 a été démolie par un torrent si bien qu’il ne reste sur les lieux que des ruines. Les performances techniques conférées à cet ouvrage n’ont pas été à la hauteur des puissances hostiles de la nature pourtant connues depuis la nuit des temps dans cette zone. Au vu de la multiplication des échecs qui grèvent les retenues collinaires réalisées dans la région, la leçon devrait impérativement être tirée pour cerner avec exactitude les causes des défaillances, des erreurs ou des malfaçons de sorte à éviter de les reproduire dans les prochains programmes. Au cours des deux dernières années, trois autres retenues collinaires sont construites sur financement du programme Hauts Plateaux. Elles sont situées dans les communes de Ridane, Maâmora et Dirah. Elles constituent un apport considérable pour la région sud de la wilaya, considérée comme pré steppique et ne recevant annuellement qu’entre 250 et 300 mm de pluie. Une autre retenue est programmée sur le site de Lalouah, commune de Dirah, dans le cadre du projet d’emploi rural 2. La procédure de contractualisation sera lancée au cours de l’année 2011 par la direction générale des forêts. Concernant la petite hydraulique, la wilaya de Bouira a pu réaliser au cours des cinq dernières années des dizaines de points d’eau à partir de captages de sources (captage et construction de réservoir). Ce sont généralement des ouvrages prévus dans les programmes de développement rural (PPDRI, PER 2, sectoriel). En outre, des puits et forages sont venus appuyer cette dynamique de mobilisation de l’eau. Cependant, la réalisation de tels ouvrages est souvent confrontée à des problèmes d’autorisation de la part des services de l’hydraulique, plus précisément de l’Agence nationale des ressources hydriques (ANRH), en raison de l’absence souvent constatée de titres de propriété de ménages qui sollicitent ces investissements. Parallèlement aux ouvrages de rétention ou de mobilisation souterraine de la ressource hydrique, les petits ouvrages de canalisation et/ou de dérivation ont eu aussi les faveurs des agriculteurs. Au sud de la wilaya, ce sont des «Sed» de dérivation permettant l’abreuvement du cheptel ovin et, occasionnellement, d’irriguer des plants fruitiers ou du maraîchage. Au nord de la wilaya, principalement dans la région de Saharidj, ces canaux servent également à irriguer des plantations fruitières et surtout des jardins maraîchers. En grande partie, de vieilles esquisses existent déjà lorsqu’il s’agit de réhabiliter de vieux réseaux construits par les ancêtres.

Amar Naït Messaoud