Modeste et toujours souriant, il fait partie de la nouvelle génération d’artistes qui tente d’impulser une nouvelle dynamique à la chanson kabyle. Entouré des belles montagnes du Djurdjura, Djamel Kaloun, nous a accueillis chez lui, à Ouacifs. Il nous parlera dans l’entretien qu’il nous a accordé de son nouvel album qui sortira prochainement, de la chanson kabyle en général et de tant d’autres sujets.
La Dépêche de Kabylie : Les apparitions publiques de Djamel Kaloun se font rares, pourquoi cette longue absence ?
Djamel Kaloun :Je ne peux parler d’absence. À chaque fois que l’occasion se présente, je réponds toujours présent. Non, Je suis toujours là ! (Rire). Comme vous le savez, la vie d’un artiste chez nous est faite d’un quotidien pénible. C’est une lutte perpétuelle pour la survie et ce n’est guère évident dans un tel contexte. En parallèle à notre vie d’artiste, le quotidien de tous les jours nous impose de travailler dur pour gagner notre vie. Mais bon, le fait de chanter et faire plaisir à nos fans reste une immense satisfaction.
Pessimiste d’entrée, Djamel ?
Non, ce n’est pas le but, il faut juste être sincère avec les autres, mais aussi envers soi-même. Il est très dur de vivre de son art chez nous. L’environnement général n’aide pas l’artiste à exploiter ses talents artistiques pour mener une vie autonome. C’est la raison pour laquelle, beaucoup d’artistes, au talent indéniable, raccrochent et abandonnent le «métier» pour se consacrer à leur vie, car ce que les gens oublient c’est que les artistes ont aussi des familles à nourrir.
Face à cette «dure réalité», comme vous le dites, les artistes restent souvent passifs, ne réagissent pas, pourquoi une telle attitude ?
J’en reviens à dire que nous sommes conditionnés par un vécu des plus pénibles. L’absence d’un cadre de rencontre, une association des artistes par exemple, empêche la plupart d’entre-nous de se rencontrer. Aujourd’hui, on constate malheureusement que les artistes ne se voient qu’à l’occasion de spectacles ou de cérémonies. Cela empêche sérieusement la dynamique de s’enclencher. Les difficultés de la vie font parfois oublier à l’artiste son talent et le poussent à s’éloigner du milieu artistique. Personnellement, j’ai la chance d’avoir un environnement qui m’aide à gérer les deux aspects, même si, comme je l’ai souligné ce n’est guère évident.
Justement, vous dites tenir le coup, y a-t-il des projets sur lesquels vous travaillez ?
Absolument ! Des projets, ce n’est pas ce qui manque. Il faut juste trouver les moyens d’accompagnement. Je vous annonce que je m’apprête à finaliser un nouvel album qui sortira dans les prochaines semaines.
Justement, un nouvel album qui prend beaucoup de temps, parait-il, à quoi est dû tout ce retard ?
Je ne peux parler de retard. Nous prenons le temps nécessaire pour peaufiner le travail. Je suis très exigeant quant à la qualité du produit et je n’aime pas me précipiter. J’aime bien la perfection dans le travail, ce qui fait que parfois le produit prend du temps à sortir. Je pense que l’artiste doit faire attention à ça, prendre le temps de revoir le texte, travailler les mélodies, c’est important pour véhiculer l’image d’un produit de qualité. En tout cas pour moi, je ne prends jamais les choses à la légère, par respect à mon public et à ce que je fais.
Votre nouvel album sera toujours dans le même style moderne ?
Oui. Un style moderne, mais avec une touche traditionnelle que j’affectionne. J’aime l’acoustique mélangée aux sonorités kabyles anciennes d’où je puise mon inspiration. J’essaye surtout d’apporter ma touche, moderniser le style kabyle, lui donner un cachet spécial, tout en gardant son originalité qui fait de lui une culture à part. Pour le prochain produit, je dirais que c’est un retour aux sources, au premier album que j’ai produit. Un album dominé par des airs de guitare sèche. Un peu comme les titres Idh N’echetwa ou Ayama. Il comprendra une dizaine de chansons. Nous en sommes, actuellement, aux derniers réglages et il sera bientôt sur le marché.
Quelles sont, justement, tes influences et tes sources d’inspiration ?
J’adore écouter Slimane Azem et El Hasnaoui, que je considère comme les piliers de la chanson kabyle. Ce sont deux monuments qui ont beaucoup donné à la chanson kabyle. Cependant, ma source d’inspiration est indéniablement cette belle nature qui m’offre généreusement, chaque matin, de quoi tenir durant la journée. Je m’inspire de ces pittoresques montagnes du Djurdjura et cette belle région de Ouacifs, qui me bercent quotidiennement sous le rythme de l’originalité.
Si c’était à refaire, vous auriez changé quoi dans votre carrière, Djamel ?
Pas grand-chose. J’aurais, toutefois, produit beaucoup plus d’albums
Des regrets ?
Aucun ! Je suis même fier de ce que j’ai pu donner jusque-là. Ce n’est pas du tout évident d’évoluer dans un milieu pollué par tant de «faux». Il faut combattre la médiocrité par le travail, c’est justement l’objectif que se donne la nouvelle génération d’artistes.
Entretien réalisé par A. Z.

