En effet, presque toutes les familles à quelques exceptions près comptabilisent un ou plusieurs candidats qui ont échoué au bac, dont 80% de filles. L’anxiété de ces familles et leur angoisse s’expliquent par l’absence au niveau local de centres de formation ou autres organismes qui permettraient à ces étudiants soit de reprendre la préparation pour refaire le bac, soit entamer une formation professionnelle. Ce casse-tête s’applique aussi à ceux éjectés du cycle moyen qui ont déjà redoublé et ayant une moyenne générale inférieure à 10/20, selon la dernière circulaire du ministère de l’Education au lieu de 09/20 comme par le passé, ce qui a pratiquement doublé le taux des déperditions. L’unique centre de formation professionnelle que compte la commune de Saharidj, avec une population qui frôle les 20. 000 habitants dont le nouvel établissement qui a récemment ouvert ses portes conçu pour avoir le statut d’annexe dans un premier temps et direction autonome plus tard est bizarrement confiné dans son statut primitif d’antenne avec un programme d’activités réduit au minimum, et qui se résume à quelques filières artisanales destinées aux jeunes ayant le niveau primaire ou illettrés telles que : la tapisserie et la couture. Il y a bien une filière de l’informatique mais l’équipement se réduit à moins d’une dizaine de micros et ne peut prendre en charge qu’un nombre limité de ces jeunes. L’éloignement des autres centres de formation à plus d’une vingtaine de kilomètres s’ajoute a l’absence de moyens de transport et l’insécurité de la route qui relie ces villages de montagne (Mzarir, Ilithen, Ath Hammad, Ath Oualvane et Saharidj-centre) et en plus, la cherté du transport, à raison de 200 dinars/jour, rend inaccessibles les centres de formation de Rafour et de M’chedallah qui doivent raisonnablement et logiquement être dotés de l’internat, vu l’emplacement de ces villages de montagne auxquels sont destinés ces soit-disant centres. L’éloignement et la précarité de ces populations démunies auraient dû être pris en considération par les autorités au lieu de leur tourner le dos comme c’est le cas actuellement. Si pour les jeunes garçons leur liberté de mouvement leur permet de se débrouiller comme ils le peuvent, pour les filles de ces contrées du bout du monde, il n’y a pas de plus grande catastrophe que d’échouer au bac en l’absence d’autres moyens de compensation localement pour sortir de l’ignorance. Pour ces filles, pourtant armées d’une volonté exceptionnelle pour continuer l’ascension vers le savoir (unique planche de salut), elles n’ont d’autres alternatives que celles de fonder un foyer (quand c’est possible) ou se résigner à être (tuées par le temps) entre quatre murs.
Omar Soualah
