La cour centrale grouilla bientôt d’une foule juvénile bigarrée ne perdant aucune seconde, les enfants se scindent en plusieurs groupes et commencent à s’adonner à leurs jeux préférés : la marelle, la ronde et la corde pour les petites filles, le cache-cache et la course-poursuite pour les garçons. Nous nous surprenions à envier l’insouciance et l’insensibilité de ces chérubins aux affres de la vie et au quotidien pas toujours heureux des adultes. Vigilants et impassibles, les enseignants se placent aux quatre coins de cette grande cour dans des positions qui leur permettent d’avoir une vue générale pour surveiller et intervenir au besoin pour séparer deux belligérants ou relever un enfant tombé ou renverser par ces camarades. Le quart d’heure réglementaire de la récréation terminé, la sirène retentit de nouveau et cette fois lentement comme a regret, les enfants se séparent et chacun se dirige vers le préau de sa classe pour se mettre dans les rangs dans un ordre et une discipline qu’on dirait militaire. Un retardataire traversa la cour précipitamment, trébucha et tomba, d’une réaction que ne peut provoquer que cet instinct profond de paternité développé par ces enseignants envers leurs élèves, son maître se lança en deux grandes enjambées le releva et l’examina rapidement. La réaction de ce maître n’est ni une feinte ni une mise en scène, c’est tout simplement une réaction d’un père. S’il y a bien quelqu’un qui mérite une inclination, reconnaissance et considération, ce sont bien ces enseignants qui compensent largement les défaillance de beaucoup de parents. C’est avec un pincement au cœur que nous suivons la rentrée en classe des petits soudain privés de leur liberté de mouvement. Un grand silence succéda aux joyeux cris qui ont embelli cet endroit. Une à une les portes de classes se referment pour extraire ces enfants à tout ce qui peut les distraire venant de l’extérieur pour se concentrer uniquement sur les leçons données par ces pionniers de l’avenir, dont l’abnégation et l’effort passent presque inaperçus au grand public.
Omar Soualah
