Une fois de plus, nous assistons à une spectaculaire ruée sur les herbes comestibles notamment la carde sauvage (Thaghediouth), les asperges (Isequimen), les coquelicots (djahvoudh) à travers l’ensemble des régions de la daïra de M’Chedallah. C’est de nouveau de longues colonnes de femmes et d’enfants qui prennent d’assaut les champs à la recherche des herbes sauvages comestibles destinées à garnir les marmites et remplacer les légumes dont les prix ont entamé une vertigineuse ascension qui ne semblent pas vouloir s’arrêter. Prenons à titre d’exemple la pomme de terre qui affiche entre 50 à 55 Da, l’oignon à 45 Da, la carotte à 50 Da, le piment vert et la tomate à 120 Da. Cela, pour ne citer que ces matières à large consommation qui se sont mise de nouveau hors de portée des bourses de la majorité des citoyens d’où le recours à quelques espèces d’herbes qu’offre généreusement la nature durant toute cette saison printanière. Tôt le matin, les mères de familles accompagnées de leurs enfants se rendent dans les champs, équipées de sacs, couffins, binettes ou couteaux pour cueillir ces herbes et rentrer pour la préparation du déjeuner. La corvée de la cueillette des asperges est confiée aux enfants qui doivent aller les chercher dans les sous-bois et même par endroits, s’enfoncent dans la forêt à la recherche d’un champs d’asperges pendant que les femmes s’attellent à déraciner la carde sauvage et cueillir les grains non encore éclos des coquelicots, ces derniers servant à la préparation de l’un des plus anciens plats traditionnels «Ameqfoul», qui est un mélange à quantités égales de couscous roulé et de coquelicots, un plat consommé sans sauce mais bien arrosé d’huile d’olive. Les plus aisés en rajoutent du beurre et le font accompagner d’une cruche de lait caillé. Pour les sauces, on utilise la carde sauvage mélangée à une grande quantité de poivre doux et quelques gousses d’ail. Quand aux asperges considérés comme un plat de luxe, on les prépare en sauté mélangé aux œufs brouillés coriandre persil et ail. Les femmes une fois la quantité suffisante cueillie, se regroupent et s’assoient en demi-cercle pour débarrasser la carde sauvage de ses pétales et ne garder que les tiges tendres. Il est fréquent de voir aussi des hommes s’acquitter eux-mêmes de cette corvée de cueillette d’herbes sauvages comestibles. Le sujet assurément dérangeant interpelle les pouvoirs publics sur l’alarmante précarité sociale et la chute vertigineuse du pouvoir d’achat et du niveau de vie. Cette ruée sans précédant sur les herbes sauvages est une indiscutable preuve de cet état de faits, et rappelle que l’Etat ne maîtrise pas grand-chose en matière de régulation du marché des matières alimentaires, où chaque opérateur n’en fait qu’à sa tête et selon ses propres intérêts. Au final, il ne reste aux citoyens que les herbes sauvages qu’ils doivent disputer aux…animaux. Cela, comble de l’ironie, au moment où les caisses de l’Etat débordent grâce aux recettes toujours plus importantes des hydrocarbures.
Oulaid Soualah
