Revendiquer tamazight en 2011, c’est de se mettre au travail pour la promouvoir et mieux la travailler de fond en comble par des écrits. Le militantisme aujourd’hui a changé de cap, il est entre les mains qui maîtrisent le verbe et celui qui croit aux pratiques d’hier a tort, tels sont les propos de Dda Tayeb Belhadda, sexagénaire de Seddouk Oufella, auteur d’une œuvre poétique en tamazight intitulée Rafedegh leqlam urigh. Dda Tayeb a aimé la poésie dès son jeune âge mais il n’a jamais essayé d’écrire. C’est en entendant la fameuse expression de Dda mouloud Mammeri qui disait : «celui qui désire tamazight, apprend son écrit», que l’auteur a pris son courage à deux mains pour écrire, mais aussi pour dire son vécu et traiter des sujets qui lui taraudent l’esprit : l’amour, la joie, la tristesse et tant d’autres sujets tout en consacrant deux poèmes à la vie de Cheikh Aheddad et l’insurrection de 1871. Écrire, selon lui, sur la vie d’un tel illustre homme nécessite un minimum d’esprit critique et de clairvoyance. L’auteur a voulu aussi faire de cette œuvre un bilan de sa vie et de choses qu’il avait apprises, comme il l’annonce dans sont premier poème :
«J’ai pris mon stylo et j’ai écrit
Sur mes souvenirs et sur mon vécu
Sur ma jeunesse que je n’ai pas vu
passer…
Mes jours de joie et mes jours de tristesse
Ceux qui sont écoulés,
Et ceux que j’attendais,
M’ont partagé en émailles …
L’auteur a aussi somptueusement abordé deux concepts qui vont de paire à travers ce grand homme qui a marqué l’histoire de l’Algérie contemporaine, à savoir Cheikh Aheddad. «Pour ma part, disait l’auteur : «Je considère qu’il est important de prendre en considération ces deux concepts (culture et politique), mais tout en les distinguant clairement. La culture est un tout pour un peuple (langue, traditions, mode de vie…) En tant que véhicule de l’identité d’un peuple, elle doit demeurer en tout temps une référence à l’Histoire. En un mot, elle est la racine de l’identité en même temps que l’Histoire. Quant à la politique, à mon avis, elle ne doit être qu’un support et non un véhicule pour la culture. Mélanger et confondre ces deux concepts est à mon sens très dangereux pour l’avenir et le développement de la cause amazighe», souligne-t-il. Malgré ce point de vue alarmant, Dda Tayeb demeure tout de même optimiste, car dit-il : «le nouveau millénaire sera le siècle des cultures, et ceux qui œuvrent honnêtement et avec cœur pour Tamazight, finiront par atteindre leurs objectifs, les nouvelles générations et l’histoire en seront témoins».
S. Chibane

