Quelle offficialité possible ?

Tamazight est vraiment l’épine dorsale pour l’Etat algérien, ainsi que pour ceux qui la revendiquent. dans ses différentes variantes (chaoui, kabyle, targui, mozabite… ), elle est constitutionnellement reconnue le 12 mars 2004 comme langue nationale. La question linguistique et identitaire a connu un long combat depuis des décennies, pour enfin trouver un début de dénouement ces dernières années. Bien qu’elle soit un cheval de Troie à certains partis politiques, elle est aussi une revendication populaire légitime. Le dialogue engagé entre les archs et le gouvernement a hissé la question à une avancée considérable, consacrée langue nationale avec la volonté de lui réserver une promotion qualitative et riche. Cet acquis historique la fait soustraire à une manipulation politicienne pour que le personnel spécialisé en la matière trouve possibilité de son développement et la travaille avec un socle de rationalité. C’est sans référendum populaire que cette question a pu connaître cette mutation et bénéficier d’un intérêt des pouvoirs publics. L’effort est aussi attendu de ceux-là mêmes qui ont accompagné la revendication dans son combat. Les écoles où celle-ci est dispensée ne voient pas les classes déborder d’élèves, le travail pédagogique et d’injection d’intérêt dans les esprits de nos enfants, semble non assumé. Il est vrai qu’à l’ère du multimédia et de la modernité impitoyable dans sa lancée, tamazight peut paraître comme matière sans débouchés, donc sans possibilité d’affirmation sociale. Toujours est-il, le patrimoine militant et la dimension identitaire ne peuvent être phagocytés d’un trait pour s’en désintéresser à ce point, plutôt ils serviront à plus d’adhésion dès lors que ceci peut être un facteur de richesse. De ce point de vue, il est utile de rappeler l’organisation du bac par l’INALCO en France, où la langue amazighe entre en ligne de compte. Pour la seule année 2004, près de 2 000 Algériens résidant en France ont subi ces épreuves. C’est dire que ces vérités, aussi embryonnaires soient-elles peuvent faire en quelques années effet boule de neige, pour peu que l’on y croit. Aussi, dans le tissu associatif dans la prise en charge de tamazight foisonnent plus de 1500 associations qui y travaillent d’arrache-pied. La production scientifique à son tour, avec des moyens dérisoires, arrive à satisfaire la demande, sans évoquer les efforts consentis par le monde de la culture, où d’importantes réalisations ont connu un grand succès. La tenue du congrès mondial amazigh à Nador, a permis de faire le point sur la situation de cette langue dans les pays de tamazgha. Les congressistes à l’unanimité ont relevé des avancées considérables en Algérie et à un degré moindre au Maroc, puisque cette langue accuse le retard dans la reconnaissance. L’officialité demeure pour le CMA une revendication permanente, car sa promotion et son épanouissement, sont tributaires de cette mesure politique. Toutefois, l’existence de plusieurs variantes de tamazight, pose un sérieux problème sur la praticabilité d’une telle décision. Si au Maroc, le débat semble être tranché en faveur de la standardisation progressive des 4 principales variantes (chleuh – rifain…) en Algérie, tamazight a pris une tout autre direction. En Algérie, la variante kabyle est en avance importante sur les autres variantes, ce qui diffère et complique la standardisation. A ce niveau, la question de l’officialité demeure le nœud gordien, et est expliqué très diversement. Les analyses vont jusqu’à considérer l’impérieuse nécessité politique de réviser la nature de l’Etat, qui devrait passer de sa nature jacobine à celle décentralisée. Ce n’est qu’à cette conviction qu’il est possible d’espérer apporter la solution idoine à cet épineux problème. En dépit de la caution politique sur l’officialité contenue dans l’accord global paraphé entre les archs et M. Ahmed Ouyahia, le président Bouteflika, vient, depuis Constantine, mettre les points sur les i. La langue arabe est la seule langue officielle en Algérie, et tamazight est au même titre que l’arabe, langue nationale. Le président Bouteflika ne délire pas en faisant cette allégation. Dès lors que l’Algérie fonctionne en Etat centralisé, il est vrai qu’aucun pays de cette nature ne tolère la pluralité dans l’officialité. Les promoteurs de certaines approches, comme la régionalisation positive, ou celle modulable, l’autonomie, le fédéralisme, toutes ces visions amènent à cadrer l’officialité de la langue dans une circonscription géographique bien précise, c’est là où elle est plus revendiquée et parlée. A ce titre, le refus de l’officialité sur le territoire national est une position qui devrait conforter le MAK, le FFS le RCD, l’UDR. Il y a des positions prises sur la question de l’officilalité, il y a de cela plus de 20 ans. Ne pas les adapter aux nouvelles règles et données politiques nationales et internationales, relèverait d’un dogmatisme qui n’arrangerait guère la langue qu’on prétend défendre. Cela dit, des acteurs sont approchés pour livrer leur appréciation sur cette affaire d’officialité, sa portée, surtout sa praticabilité, afin d’élucider la problématique, dans un environnement politique très mouvementé. Mais force est de constater que ce sont les militants politiques de la cause, ou les scientifiques à l’instar du Dr Salem Chaker, tout le monde parle avec plus ou moins de nuance « d’officialité régionale ».

K. Z.