Chut ! On achève bien l’Oued Soummam

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D’aucuns font leur la maxime selon laquelle, quand les déchets sont hors de vue, peu importe ce qu’ils deviennent, croyant vraisemblablement que le milieu naturel est tellement vaste que les immondices se perdraient dans son immensité.

L’Oued Soummam, cloaque géant s’il en est, crève littéralement d’indigestion chronique. Les riverains rejettent sans vergogne tous leurs excréments dans ce qui est devenu un exutoire naturel par excellence. Des monticules de déchets de natures diverses défigurent son lit majeur. Des ordures ménagères aux rejets industriels, en passant par les déchets inertes, autres objets de rebut encombrants, souillent les deux rives du fleuve et confèrent à la vallée de la Soummam l’allure d’une décharge géante. Les égouts crachent leurs effluves sans complexe. La Soummam avale ainsi chaque jour un brouet diabolique d’eaux usées. Le cours d’eau qui connaît depuis des décennies un étiage dramatique, n’est plus qu’un égout à ciel ouvert, aux émanations fétides. Les sédiments font figure de dépotoir vaseux et servent de réservoirs à polluants empoisonnant les profondeurs du lit. «Il faut se rendre à l’évidence : la nature n’élimine rien, elle stocke», alerte un expert en environnement de la région d’Akbou. La dégradation de l’environnement a pour conséquence directe la destruction de la vie. Ce rapport de causalité ne souffre d’aucune contestation si l’on en juge par la réduction effarante du contenu faunistique du milieu aquifère et la progression alarmante de la mortalité chez de nombreuses espèces de batraciens. En définitive, c’est en termes de retombées sur la santé publique que ce problème devrait être appréhendé quand on sait que des dizaines de milliers d’habitants des deux rives du fleuve sont alimentés en eau potable à partir de forages implantés dans le champ d’inondation du cours d’eau.

N. Maouche

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