Quand le disc-jockey bousille l’ " Ourar "

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Quoi que l’on dise, la saison estivale est synonyme de fêtes bien animées dans nos villages de Kabylie où il fait agréablement bon vivre avec le retour pour des vacances de nos compatriotes vivant à l’étranger. Sans eux, la saison estivale au village serait peut être diminuée de charme

En Kabylie, l’été est réputé pour être la saison par excellence de communion de tous les membres de la famille, là où ils se trouvent regagnent le domicile familial, en ville ou au village.

C’est l’une des raisons essentielles d’ailleurs pour laquelle l’été est devenu la saison propice aux célébrations des fêtes particulièrement les mariages.

Traditions et coutumes obligent, chacun des membres de la famille tient à participer à la fête qui est programmée généralement des mois à l’avance pour permettre à ceux vivant très loin de préparer sereinement le voyage.

A cette période de l’année, les villages de Kabylie comme les routes qui les desservent s’amplifient de monde et connaissent des animations fébriles. Cette année, comme le mois d’Août est consacré entièrement aux mois de Ramadhan, les fêtes pour la plupart ont été programmées pour le mois de juillet. C’est le mois où les cortèges sur nos routes de par leur nombre incalculable se croisent comme se croisent les véhicules en temps normal.

Dans les villes et les villages, les chansons à grands décibels assourdissantes émanant des disc-jockeys parviennent des différents endroits.

Beaucoup regrettent les changements radicaux intervenus ces dernières années dans la tenue de ces fêtes,une refonte totale des mœurs de la société kabyle.  » Où sont passées donc les traditions séculaires héritées de nos ancêtres et pourquoi a-t-on choisi des célébrations à l’européenne ? « , telle est la question qui reste posée. Fini donc le temps où les femmes se réunissaient dans une grande salle, dans la cour, sur la terrasse ou parfois dehors en plein air si le propriétaire n’a pas d’espace chez lui, pour animer un Ourar.

Avec des instruments de fortune comme le bendir, certaines d’entre elles se donnaient à cœur joie en reprenant en chœur des chansons pudiques, d’autres applaudissaient et d’autres encore se déhanchaient le corps en dansant.

Pendant ce temps, les hommes aussi se regroupaient dans une salle pour discuter tranquillement ou écouter des chansons d’un mégaphone ou d’un tourne-disque.

Cette tradition séculaire qui mérite pourtant d’être perpétuée est oubliée de tous.  » Aujourd’hui, nous assistons à des tintamarres nuisibles à la santé qui durent du matin jusqu’à des heures tardives de la nuit et durant plusieurs jours « , confie une vieille dame totalement écœurée par ces changements brusques.

Et elle ajoute :  » Depuis l’avènement du disc-jockey, il est difficile de faire danser une mémé. Je n’arrive plus à apprécier la manière avec laquelle se déroule la fête ni même avoir le goût de danser « .  » Les fêtes d’autrefois sont simples et agréables aussi. Outre les invités venus de loin, ce sont toutes les femmes du village et sans exception qui sont conviées à un ourar (gala de femmes). On oublie les rancœurs. Une journée à l’avance, les membres de la famille organisatrice de la fête font du porte à porte en prenant soin de n’oublier personne « , se souvient-elle.

Un vieillard parle lui d’une autre tradition occultée de nos jours, celle consistant à inviter tous les villageois à prendre le coucous.  » Généralement la famille du marié égorge un veau ou deux dans le but de faire participer tous les villageois à un repas collectif. Ne sont pas omis Les malades et les personnes âgées qui ne peuvent se déplacer a qui on envoie les part chez eux. Aujourd’hui, la collation est limitée aux proches et amis invités pour la circonstance à une salle des fêtes louée à cet effet et se trouvant généralement en ville, loin du village « , se lamente-t-il.

Ce que la famille du marié doit à la famille de la mariée ? Un vieillard fait un récit de la  » belle époque « .  » La veille de la noce, la famille du marié offre à la famille de la mariée, un sac de semoule, des légumes, des fruits, de la limonade. Il s’agit des ingrédients du repas qui est destiné aux membres du cortège quand ils iront le lendemain chercher la mariée. En arrivant sur les lieux ils prennent place dans une grande salle en se donnant le temps de savourer le repas. Ils rentrent ensuite tranquillement à la maison avec la petite princesse qui prendra place dans une voiture encadrée par deux femmes de sa famille « , fait savoir Dda Mohand qui n’arrive pas à supporter les changements de valeur.

Il renchérit :  » aujourd’hui, le cortège est formé de plusieurs voitures qui roulent en file indienne et qui font usage des klaxons”. Beaucoup de fêtards immortalisent l’événement en filmant et photographiant. Arrivés à la maison de la mariée, les moteurs restent en marche, les gens ne descendent pas de voitures et vite, on prend la mariée comme si on l’a kidnappée et on rentre immédiatement. Le hic.

Le marié prend place avec la mariée dans la voiture nuptiale et en arrivant, ils descendent ensemble et rentrent en marchant ensemble bras dessus et bras dessous comme à l’européenne. Pis encore ils partent passer leur lune de miel dans un hôtel. Avant pour ne pas gêner le couple, on lui laissait maison. Le lendemain, les draps sont exhibés aux intimes et les femmes lançaient des youyous pour informer que l’acte est bel et bien consommé. Un autre phénomène est apparu ces dernières années. Il s’agit de la convoitise des filles émigrées.

Beaucoup de jeunes font du mariage avec des émigrées une insertion sociale.

Des mariages qui ne réussissent pas souvent à cause de l’incompatibilité des valeurs propres à chaque époux. Pour fuir la misère du bled, on recherche donc le bien être qu’on pense trouver en France par le biais d’un mariage mixte.

Si Hakima est visiblement heureuse en choisissant de suivre les conseils de ses parents qui l’ont mariée à un cousin du bled avec qui elle a eu deux enfants et partage une belle vie de couple, ce qui est loin pour Nouara qui éclate en sanglots le fait de se souvenir de son cauchemar vécu avec son ex mari qui était fainéant et soulard, une vie de couple amère qui a fini dans le divorce, dit-elle.

Ne dit-on pas  » après la fête, on creuse la tête. Quoi que l’on dise, la saison estivale est synonyme de fêtes bien animées dans nos villages de Kabylie où il fait agréablement bon vivre avec le retour pour des vacances de nos compatriotes vivant à l’étranger. Sans eux, la saison estivale au village serait peut être diminuée de charme.

Profitons donc de l’été et de la présence de nos émigrés et Faisons donc ensemble la fête en chantant et dansant… Cela va à coup sûr reprendre après la fin du Ramadhan.

L.Beddar

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