En prévision de la 10e Conférence sur la lutte contre la désertification, prévue en octobre 2011 en Corée du Sud, une quarantaine de responsables de pays africains concernés par l’action de lutte contre la désertification se sont réunis lundi dernier à Alger en vue de se concerter sur l’alignement des programmes d’action nationaux de lutte contre la désertification sur la stratégie de la convention des Nations unies
Les participants n’ont pas manqué de soulever plusieurs contraintes liées à l’alignement de leur programme d’action national (PAN), notamment le manque de communication entre les parties concernées, le déficit d’intégration et les difficultés de financement.
50% des pays africains n’arrivent pas, selon une source du ministère de l’Agriculture et du Développement rural, à aligner leurs programmes faute de financement. Selon le responsable chargé de la coopération au sein du Mécanisme mondial de la lutte contre la désertification, l’alignement des programmes d’action national « permet aux pays de mettre en cohérence les programmes de lutte contre la désertification avec les cadres d’investissements nationaux et les différentes politiques sectorielles et créer des synergies avec des sources de financement ».
Les ambitions de la réunion régionale africaine d’Alger sont de dégager une position africaine commune en prévision de la Conférence de Seoul sur le lutte contre la désertification en octobre prochain. La plénière des travaux est prévue pour ce jeudi avec une centaine de participants. Il en est attendu une plate forme africaine de recommandations et de revendications. Pour la conférence prévue à Séoul, l’Algérie est présidera le groupe africain et se chargera de défendre les positions et les intérêts du continent.
La Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) est considérée, depuis 1992, comme l’outil conceptuel et réglementaire dont sont censés s’inspirer tous les pays du monde touchés par le phénomène de désertification.
Les déserts représentent quelque 4 milliards d’hectares dans le monde comprenant le déserts de sable (comme le Sahara), les espaces de glace (pôles) et tous les territoires hostiles et improductifs sur le plan biotique. L’Algérie qui a souscrit à cette Convention a inscrit depuis longtemps l’action contre l’avancée du désert saharien comme l’une des priorités de sa politique environnementale telle qu’elle est menée par les pouvoirs publics. Le ministère de l’Agriculture a, dès le début des années 1970, délimité un territoire, considéré à l’époque comme zone tampon, à partir duquel une stratégie de lutte devait être menée. Il s’agit du territoire des Hauts-Plateaux enserrés entre les monts du Tell et les monts de l’Atlas saharien. Ce territoire, au bout de trois décennies, a fini par être lui-même fragilisé au point où la menace s’est étendu vers le Nord du pays d’autant plus que, au cours de la période noire du terrorisme, des espaces forestiers ont disparu laissant dégarni des milliers d’hectares à quelques dizaines de kilomètres de la mer.
Pendant les années soixante-dix du siècle dernier, les travaux du barrage vert ont ciblé les monts de l’Atlas saharien et des territoires relevant des derniers contreforts de l’Atlas tellien (Aïn Boucif, dans la wilaya de Médéa et Sour El Ghozlane, dans la wilaya de Bouira). Cet ouvrage qui prend naissance de la frontière marocaine et qui aboutit à la frontière tunisienne sous forme de couloir n’a pas pu tenir toutes ses promesses. En plus de quelques erreurs techniques (monoculture de pin d’Alep), les promoteurs du projet n’avaient pas complètement intégré les populations rurales habitant ces espaces à la lutte contre la désertification. Aujourd’hui, avec la lancement des projets de proximité de développement rural, l’on se rend compte que la dimension humaine est déterminante dans ce genre d’entreprise. Pour que les ménages ruraux adhèrent au projet et puissent travailler à sa sauvegarde (en évitant les pâturages et d’autres actions de sabotage), il importe qu’ils soient associés de façon à ce qu’ils bénéficient d’actions de développement susceptibles de rehausser leur niveau de vie.
Une menace omniprésente
La désertification est un phénomène aux manifestations nombreuses et variées. Cependant, la forme la plus visible et la plus éclatante demeure l’amenuisement ou la disparition totale du couvert végétal par l’effet de l’érosion (éolienne et/ou pluviale).
Dans le cadre du la stratégie nationale de développement rural, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a injecté des actions de protection des espaces fragiles dans les projets de proximité (PPDRI). Ces actions, relevant de la stratégie de lutte contre la désertification (LCD), s’adressent aux populations habitant des localités rurales et tendent à réhabiliter ces territoires menacés par la désertification. Se sont des actions de reboisement, de fixation de berges, de réhabilitation des parcours (plantations ou ensemencement destinés à augmenter l’offre fourragère), d’aide à la femme rurale (apiculture, aviculture, artisanat) et d’autres actions susceptibles de rehausser le niveau de vie des ménages. Car, les actions néfastes que l’homme est amené à faire contre la nature sont presque toujours dictées par la ‘’stratégie de survie’’. Élever le niveau de vie des populations, c’est contribuer à préserver l’environnement des menaces anthropiques.
À l’échelle des cinq continents, l’évaluation donne une perte de 25 milliards de tonnes de sol chaque année, et il faudra 1000 ans pour en reconstituer deux centimètres d’épaisseur. On peut donc considérer que la terre perdue par l’action de l’érosion l’est presque définitivement. Toutes les actions de l’homme tendant à réparer cette calamité ne pourront, dans les meilleurs des cas, que freiner le cours du désastre.
La perte du couvert végétal induit à son tour des phénomènes en cascades : perte de la couche arable du sol, disparition des niches d’animaux sauvages (biotopes), régression des rendements des production agricoles, paupérisation des populations et, in fine, exode rural (connu à présent sous le vocable de ‘’migration climatique’’).
L’un des indices de l’hyper-désertification du Sahara est le recul de la population des espèces protégées par la loi. Une mission photographique entreprise en 2008 dans le saharien algérien a pu mettre en évidence les points de présence du guépard du Sahara (nom scientifique : Acinonyx jubatus hecki). L’état de recul dans lequel se trouve cette espèce animale déclarée en voie de disparition et protégée par la loi, ainsi que les menaces pesant sur la gazelle, l’outarde et d’autres espèces faunistiques viennent nous rappeler une réalité difficile à accepter et qui amoindrit un peu plus chaque jour notre richesse en tant que citoyens et habitants d’un écosystème supposé assez ‘’généreux’’ pour permettre la continuité de la biodiversité.
Les agressions continues contre les milieux naturel constituent aujourd’hui une sérieuse menace contre l’existence même de certaines espèces végétales et animales qui font jusqu’à présent le joyau de la biodiversité du pays.
Limite des textes de loi
Nonobstant l’existence, depuis presque trois décennies, de textes réglementaires destinés à protéger le patrimoine naturel algérien- non seulement en énonçant des clauses coercitives, mais également en mettant en place des structures spécialisées dans la défense et la promotion de la biodiversité-, la réalité du terrain contraste étrangement avec cette politique initiée par les pouvoirs publics sur proposition des milieux scientifiques et universitaires.
La déforestation continue des massifs montagneux, les différentes formes de pollution des milieux d’habitat de la faune, le processus d’urbanisation et les différentes interventions anthropiques en milieu rural ont eu raison de certaines niches écologiques où évoluaient ou étaient abritées des espèces animales autrefois abondantes.
Le patrimoine faunistique national ne cesse ainsi de se dégrader au fil des jours à tel point que certaines espèces familières à l’homme et vivant dans son entourage immédiat se sont volatilisées en quelques années.
Les pouvoirs publics, conscients de la menace de disparition complète qui pèse sur certaines espèces animales, entendent lutter contre ce grave phénomène en adoptant une ordonnance en juillet 2006 portant sur les mesures de protection des espèces animales en voie de disparition dans les différentes zones écologiques d’Algérie. En effet, le constat d’une baisse graduelle de la fréquence de certaines espèces dans des milieux où ils évoluaient habituellement-biotopes-, a été fait il y a plusieurs années. Du garde-forestier jusqu’au simple flâneur, en passant par la corporation des chasseurs et des passionnés de la nature, tout le mode a pu s’apercevoir de la régression des espaces vitaux où, naguère, pullulaient tritons, grenouilles, hérissons, perdreaux et autres curiosités animalières. Dans les forêts, les maquis, les mares, les lacs et autres milieux de vie, le nombre et les espèces d’animaux ne font que reculer. Un déséquilibre écologique est à craindre, particulièrement lorsqu’on sait à quoi sont réduits les tissus forestiers au cours de ces deux dernières décennies.
En plus de la législation dédiée à la protection de la faune, et singulièrement les espèces en voie disparition, d’autres lois et codes censés défendre la nature et les patrimoines naturels- loi forestière, code des eaux, loi sur la chasse, sur l’environnement, loi sur les espaces verts- ont existé par le passé et sont toujours en vigueur. C’est visiblement leur application sur le terrain qui pose problème. Il y a également le déficit manifeste de coordination entre les services et les directions concernés par l’action de préservation de la biodiversité et de l’environnement.
La réalité du terrain est complexe et est grevée d’une patente désharmonie, outre le fait que l’axe de la sensibilisation, via l’école et les médias, n’a pas encore été investi d’une façon offensive et efficace. Quels que soient les efforts financiers des pouvoirs publics et aussi fortes que soient les initiatives prises par des ONG ou des regroupements continentaux, la lutte contre la désertification dépendra avant tout de la prise de conscience des communautés qui vivent sur ces territoires pour défendre leur écosystème et léguer aux générations futures un espace de vie et de promotion de l’homme.
Amar Naït Messaoud

