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YENNAYER A PARIS - Bercy à l'heure kabyle

1, 2, 3 Kabylie, une première mémorable !

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On aura tout vu avant-hier à Bercy. Ou presque. Car c’est sûr qu’il y aura toujours un meilleur, mais ce fut splendide! Magnifique! Du chant, de la joie, des hommages, de la communion, de l’union,…

Le plus beau aura sans doute été ce peuple fier de porter ses étoiles : Idir, Allaoua et Aït Menguellet ont vraisemblablement eu le plus marquant des cadeaux de Yennayer. Et puis, en arrière-plan, ce passage de flambeau entre ces deux monstres de la chanson kabyle et le « fiston » Allaoua… Que d’émotion !

De Paris Djaffar C.

Il était dès le départ dit que le rendez-vous allait être spécial : Réunir un trio de la trempe d’Idir – Aït Menguellet – Allaoua, waouh ! Trois icônes de la chanson kabyle, les noms les plus en vue du moment sur un même plateau, d’un coup, voilà un truc qui ne pouvait jusque-là qu’être un beau rêve à caresser. Intérieurement.

Et bien, le rêve est devenu une belle et joyeuse réalité que près de 20 000 fans ont partagé avant-hier dans une capitale mondiale : la Ville des Lumières, Paris. Une grande première pour la chanson kabyle à l’occasion de Yennayer 2969.

Jamais, en effet auparavant, un artiste kabyle n’a tenté cet immense vaisseau de Bercy, passé sous la propriété de la chaîne Hôtel Accor Aréna, que seuls les monstres mondiaux du spectacle osent… «Franchement, devant un tel show, 1, 2, 3 Soleil paraît vraiment réduit».

Celui qui parle comme ça n’est autre que le producteur tunisien appelé affectueusement dans le showbiz, sur la place de Paris, Lahbib. C’était dans les coulisses, en fin de spectacle. C’est lui qui avait produit justement le trio Faudel, Khaled et le regretté Rachid Taha et se retrouve co-producteur de ce spectacle kabyle avec Alliche Production.

C’est dire le sentiment de réjouissance qui avait envahi tout un chacun. Idir avait fait le constat avant lui, sur scène, il ne s’est pas gêné de dire sa fierté de chanter devant une aussi immense assistance, d’habitude drainée par un beau match de foot, et pas n’importe lequel ! Il y avait du beau monde pour les plus beaux artistes. Rebrab, père et fils, El Hadj Soumama, les patrons de Sovac, de Vénus, Haddad, Rachid Arhab, Cherif Mellal, président de la JSK, des anciens joueurs, des artistes…

Le cadeau d’Aït Menguellet

Ce n’est quand même pas chaque jour que Rebrab va au spectacle en famille, avec son épouse. Tout comme son fils Omar, également avec son épouse. Tiens, Idir également s’est amené en famille avec sa femme et Thanina leur fille. Moula de Vénus est lui venu avec sa maman… La famille kabyle était bien là pour ce Yennayer. Et Lounis Aït Menguellet, qui à l’occasion a composé, en cadeau bonus, une chanson spécialement pour l’évènement, Yennayer, n’a pas lui non plus dérogé à la règle, puisque là où il est, son fils Djaffar n’est jamais loin.

C’est d’ailleurs ce dernier qui s’est chargé de composer et d’arranger la musique de ce tube par lequel l’entame du spectacle fut donnée à trois. Quelle belle image ! Au-delà de la performance artistique, c’est surtout cette communion, ce partage entre un public et ses repères. Un émouvant voyage collectif pour faire revivre l’Histoire, les racines, les origines. Le rythme musical, emballant, rajoute de la réjouissance au sentiment intérieur réconfortant de revivre cette union remise en doute par le temps. L’ambiance avait pris son envol dès l’apparition du trio sur scène. Un tableau qui fait plaisir à voir, donne du tonus, galvanise et transcende la foule.

Allaoua le phénomène qui prend et Idir qui se tape une « planque »

Puis, tout le monde laisse place à Idir qui déroula son répertoire. En face, tout le monde partage. Une chorale hight. Pas besoin de sonorisation, tout le monde chante.

On semble tout connaître par cœur. Ce qui fera plaisanter l’artiste : « La planque » la totale ! Tellement il se mue en spectateur émerveillé de voir la salle chanter à sa place. Chfigh, Tizi-Ouzou, Zwits-Rwits, sont autant de titres repris avec plaisir et nostalgie par l’artiste et les présents. Au passage, la Kabylie, la tradition, la berbérité et Matoub revivent et soulèvent la foule…

Tour à tour, Allaoua et Aït Menguellet monteront et remonteront, parfois en individuel, parfois en duo, pour faire ce qui était attendu d’eux : chanter. Chacun dans son créneau, Allaoua, en premier, emballera les 20 000 présents dans une balade à travers un itinéraire parsemé de ces amours inabouties, contrariées, dont les jeunes raffolent. Fellam, hemlaghts, Aya vava cheikh, Imorass… sont autant de titres qui ont propulsé l’artiste dans la pyramide de la gloire.

Du politique, il en usera aussi, comme de cet hommage qu’il rendra à Brahim Izri.  A la fin de son show, le public lui réclamera avec insistance « une autre », « une autre »! Puis vint le tour en solo du sage : Lounis Aït Menguellet. Toujours égal à lui même, un vrai régal pour les mélomanes. Sur scène, devant 2 000 ou 20 000 personnes, il impose le même respect et la même attention. Chacune de ses chansons semble constituer un cours d’Histoire, de vie qu’on assimile comme on déguste un délicieux fondant au chocolat…

Il narre le passé, l’émigration, la cause berbère, la femme kabyle, mais aussi l’amour dans son style, avec les yeux baissés, les traits tirés par une gêne apparente de laisser filer un tel aveu… Mi dhi thenidh, Theltiam Dhi Laamriw… bercent toujours fidèles et jeunes. Comme Aït Menguellet, il n’y en aura jamais un deuxième. Les années d’or ne s’oxydent pas. On en raffole à tous les âges.

Lounis, c’est un répertoire de vie, pas d’une saison ou d’une génération. Les fans le lui ont bien montré avant-hier. Et il a savouré. Tout comme Idir et Allaoua. A eux trois, ils ont vécu un spectacle unique, exceptionnel, partagé par la Kabylie. « Grands et petits », comme l’écrivaient les anciens émigrés à « la rubrique des bonjours » au bas de leurs lettres, dans le temps.

D.C