Pour le sixième vendredi de suite, la rue a grondé à Bouira avec toujours autant de ferveur à se faire entendre suite aux récentes déclarations de Gaïd Salah préconisant l’application de l’article 102 de la Constitution.
Pour cela, ils étaient nombreux et nombreuses à lui répondre avec des pancartes en exigeant le départ du système et en faisant valoir l’article 7 de la Constitution ou encore l’article 1 stipulant que l’Algérie est une République démocratique et populaire.
Bien avant midi, la place publique de la ville de Bouira commençait à connaître son effervescence du vendredi avec des bus remplis de monde qui attendaient la fin de la prière du vendredi pour démarrer la procession humaine vers le siège de la wilaya. Toutefois, pendant ce temps, au niveau du quartier Draâ El Bordj, des familles venues des quatre coins de la wilaya étaient déjà présentes en attendant l’entame de la marche.
Des jeunes en ont profité pour s’adhérer au commerce de circonstance avec des étals de drapeaux amazigh, des couleurs nationales et même des drapeaux de la Palestine. Un nouveau produit sur les étals était le fameux t-shirt avec le jeune qui a fait le buzz ces derniers jours avec sa célèbre sentence «Itnahaw gaâ». Un t-shirt cédé à 1 000 dinars tandis que les couleurs nationales se monnayaient à 600 dinars le drapeau grand modèle.
Vers 13h30, le premier carré des marcheurs a décidé de devancer les fidèles qui sortaient tout juste de la mosquée avec eux aussi l’emblème national sous le bras. Des affiches géantes avaient été soigneusement préparées la veille avec des slogans revendiquant la non ingérence du militaire dans cette révolution populaire. «Ni Bensalah, ni Gaïd Salah», «La réforme avec l’article 22/02/2019» pour faire allusion au premier vendredi au cours duquel le peuple est sorti marcher dans la rue pour exprimer son ras-le-bol.
D’autres manifestants s’époumonaient «Said», ce à quoi la foule répondait «dégage», de même avec «Ouyahia, Bedoui, Système, Gaïd Salah, FLN, RND…» et toujours les marcheurs reprenant en cœur «Dégage !» Avec leur humour légendaire, les marcheurs et marcheuses présentes en force ont repris le tube «Allo tricité» en changeant les paroles avec «Oulach lgaz à Macron sahmou s triciti» (Il n’y a plus de gaz Macron, réchauffe toi à l’électricité» ou encore «L’Algérie touaâr matchi d-latchitchi» pour parodier la chanson phare du FFS de Said Voutlava.
À chaque rond-point de la ville de Bouira, des milliers de voix ont repris sporadiquement l’hymne national pour appuyer leurs revendications pacifiques, tout en ponctuant leur mouvement par des «Barakat de ce pouvoir et de sa mafia», «Pouvoir dégage !» Des pancartes géantes étaient brandies à bout de bras par les marcheurs sur lesquelles ont pouvait lire «On veut la fin du système, pas la fin de l’État». Si les vuvuzela étaient absentes hier, certains musiciens s’en sont donnés à cœur joie avec des tambours et des grosses caisses pour faire résonner l’hymne national de manière très officielle et surtout très émouvant avec les milliers de voix reprenant en cœur Qassamen.
La marche, ou plutôt les marches qui ont sillonné les artères du chef-lieu de wilaya ont continué jusqu’aux alentours de 17 heures alors qu’au même moment, des brigades de «gilets verts» se sont constituées de manière spontanée pour récolter les déchets des manifestants en les amassant dans des sacs poubelles. Encore une fois, le pacifisme et le civisme des marcheurs est à saluer d’autant plus que l’ambiance bon enfant qui anime ces manifestations n’a pas pris une ride et aucun incident n’a été enregistré.
Hafidh Bessaoud

