Âme de poète ne saurait mentir ; le verbe tantôt écorché tantôt doux, mais toujours fort inspiré sensible et juste. Hamid Tibouchi grave ses mots en vers chuintant de vie et d’espoir, colorés à l’énergie qui insuffle des courants empreints de bonté dans une esthétique qui captive les sens et cristallise cette quête inlassable pour le meilleur, pour le bonheur. Et lorsque le silence devient or, il donne libre court à l’expression de ses doigts pour dessiner, peindre, coucher ses sentiments dans des calligraphies tant et si bien qu’il conjugue ses œuvres avec une passion puritaine et un pieux dévouement. Comme un cocorico, il déclame à la pointe du jour : Taisez-vous, mais taisez-vous donc le verbe ce devrait être une patère pour y suspendre le silence les mots des poteries fragiles pour contenir durablement le calme effacés les mots du tableau noir effacés du même coup désirs attentes ambitions Hamid Tibouchi est né le 12 février à Tibane, au milieu d’une famille nombreuse. Tôt, il s’est éveillé aux soucis de la vie et pris conscience de la valeur des mots. Après des études au lycée de Bougie, il rejoint l’Ecole Normale supérieure d’Alger, un tremplin de poids qui lui a ouvert des interstices éclairant des recoins du monde, celui des hommes, et de la nature. « A six ans… J’ai appris… A lire… dans les flammes », note-t-il dans un poème après un regard serein sur son enfance passée en temps de guerre. Depuis 1981, il s’est établi à Paris ; ville de culture et de savoir ou il se sent comme un poisson dans l’eau. Et ses publications se suivent comme un chapelet ; abondante, sériée et qui appelle à une méditation tant le lyrisme envoûtant et la profondeur psychologique happent le lecteur avec force comme une invite pour une aventure haletante. De « Mer Ouverte », recueil publié en 1973 jusqu’à « Par chemins fertiles », ce sont pas moins de quinze publications qui ont vu le jour. Citons entre autres ; Soleil d’herbes (1974), Il manque l’amour (1974), Pensées, neiges et mimosas (1994), Un arbre seul (2001) et autre Nervures, empreintes et lavis (2003). Diplômé en Arts plastiques à Paris VIII, ses tableaux attirent les regards, et est désormais exposé aux Etats-Unis, Jordanie, Espagne et en France. Souvent sollicité il répond toujours présent pour illustrer des couvertures de livres, de maquettes et de revues par une griffe qui laisse admiratif plus d’un. Bref, son verbe et son coup de pinceau font l’unanimité ! « Hamid Tibouchi est l’un des poètes les plus exigeants et les plus aventureux de sa génération… Ses courts poèmes se caractérisent par une certaine retenue qui préfère à l’engagement ballon-baudruche l’expression de tous les sentiments qui nous taraudent », disait à propos de lui Tahar Djaout en 1984.
Tarik Djerroud
