S’il y a un phénomène qui peut attirer l’attention de tout passant ou visiteur de la ville de Draâ Ben Khedda, c’est sans conteste l’amoncellement anarchique d’ordures ménagères dans de nombreux endroits de différents quartiers. Une image dévalorisante pour cette importante agglomération de la wilaya de Tizi-Ouzou et un problème majeur dont ne semblent arriver à se défaire ni les citoyens de cette ville, réputée autrefois pour sa propreté, ni les pouvoirs publics. La pollution porte un coup sévère à l’image de cette cité qui regorge de points noirs.
La situation est particulièrement alarmante au boulevard Lalami, notamment sur le tronçon longeant le centre de formation professionnelle et d’apprentissage Kias Ammar, où des «montagnes» de déchets, emballés dans des sacs noirs en plastique ou jetés carrément à la volée et en vrac, occupent le jardin séparant les deux voies de circulation, mais aussi une grande partie de la chaussée. A un certain moment, les immondices de toutes sortes formaient de grands tas au pied du mur de clôture du CFPA, ce qui avait obligé les fonctionnaires de cette institution publique à placer des cordons de délimitation pour signifier aux citoyens l’interdiction de jeter des ordures à cet endroit.
L’insalubrité règne aussi au quartier situé entre le lycée Krim Belkacem et le CEM Haddad, plus exactement sur l’aire de jeu servant présentement de lieu stationnement de camions et bus de particuliers. Ce terrain censé être un espace de distraction pour les enfants et les sportifs est aujourd’hui dégradé, jonché de détritus en tous genres et squatté par des conducteurs. La pollution a également gagné le boulevard longeant la laiterie ONALAIT. A ce niveau, les usagers de la route sont obligés de slalomer pour éviter les grands amas de sacs d’ordures qui débordent des deux côtés de la voie carrossable. Même décor au niveau d’autres axes routiers et quartiers de la ville où, faute de bacs à ordures et d’équipements d’hygiène nécessaires, les citoyens improvisent des dépotoirs sauvages qui ne cessent de grossir.
Face à ce constat inquiétant, bien des citoyens ont tiré la sonnette d’alarme et se sont mobilisés pour atténuer les atteintes à l’environnement par le biais de journées de volontariat. Des comités de quartier sont même nés pour une meilleure concertation sur la gestion participative de ce problème de santé publique. Ainsi, en plus des actions de nettoyage, des cordons de délimitation et des panneaux indiquant l’interdiction de jet d’ordures ont été installés. «Nous souffrons grandement de ce phénomène, pourtant étranger à nos mœurs.
Quelques endroits de notre quartier, situé au bord de la route, servent décidément de décharge publique pour des indélicats peu préoccupés par les conséquences désastreuses qu’entraînent leurs gestes inciviques. Nous avons décidé de nous organiser, de délimiter notre quartier à l’aide d’un cordon, de placer des panneaux d’interdiction et même faire le guet de jour comme de nuit pour que cela cesse. Seulement, ces solutions ne sont pas durables, et encore moins définitives. Il faut que les pouvoirs publics mettent les moyens nécessaires et les citoyens prennent conscience de l’importance de la préservation de leur milieu immédiat», insiste un résident d’un des quartiers jouxtant le boulevard Lalami.
Les volontariats se multiplient, mais…
Des campagnes de ramassage et de sensibilisation ont été également menées, à l’exemple de celle qu’ont initiée dernièrement (juste avant la rentrée) des jeunes lesquelles ont tenté de mobiliser les citoyens contre la prolifération des déchets : «Nos quartiers et ruelles sont devenus de vrais dépotoirs à ciel ouvert. Nous avons initié cette action, en compagnie de quelques-unes de nos copines, pour contribuer à la propreté de notre ville, même si nous n’y vivons pas ou plus. Notre objectif est d’ancrer la culture environnementale et la protection de la nature dans la conscience de nos concitoyens. C’est une nécessité, surtout au vu des énormes quantités d’ordures que nous avons collectées», précise Amina, une des cheffes de fil de ce groupe de bénévoles, qui se dit «étonnée mais surtout dépitée devant l’insouciance aussi bien des autorités que des citoyens».
«Devant les quantités ahurissantes des immondices, l’on recourt parfois à l’incinération, et ce, même dans les quartiers. Ce procédé rend l’air toxique et, donc, dangereux pour la santé publique… cela sans parler des risques de départs d’incendie», se plaint une dame du quartier «Caper». Apostrophé à ce sujet, le chef de daïra reconnaît la gravité de la situation, et concède : «Nous nous concertons avec les comités de quartier pour impliquer tout le monde afin de faire face avec plus d’efficacité à ce problème», a-t-il déclaré. Dans le même sillage, un fonctionnaire et syndicaliste de l’APC parle du manque de bennes-tasseuses et d’éboueurs au niveau de la commune : «Outre un sous-effectif flagrant, il y a très peu de moyens matériels nécessaires, révèle-t-il, pour la collecte des déchets ménagers.
La municipalité ne procède pas au recrutement d’agents d’entretien et n’a pas remplacé ceux partis à la retraite. Une mesure due aux restrictions budgétaires imposées ces dernières années et qui concerne l’ensemble des institutions publiques». «Ces défaillances dans la gestion du secteur environnemental avaient poussé notre syndicat à mener de multiples grèves», rappelle-t-il. Faute d’une évacuation régulière des déchets, cette opération étant effectuée une ou deux fois par semaine, la pollution gagne du terrain.
Et ce ne sont pas les actions bénévoles, bien qu’appréciables, qui endigueront ce phénomène et les innombrables désagréments qui en découlent, notamment le risque de maladies infectieuses. A signaler que même quand les ordures sont ramassées par le service de la voirie, le danger de maladies plane toujours sur les habitants, puisqu’aucune solution n’est encore apportée aux déchets liquides. Visqueux et noirâtres, ils coulent sur la chaussée et même à proximité des habitations, en dégageant des odeurs fétides. «Loin de toute exagération, tout ceci est potentiellement source de maladies contagieuses !», s’alarme un citoyen rencontré aux alentours du CFPA de la ville. Et d’ironiser : «S’il y avait un prix de saleté à discerner, notre ville en serait la lauréate».
Rabah A.

