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Le nouveau gouvernement et le cadre de vie des Algériens

Sellal et Benyounès décidés à nettoyer

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Par Amar Naït Messaoud

Lorsque le nouveau Premier ministre, Abdelmalek Sellal, prit ses fonctions au début du mois en cours, il a laissé entrevoir, dès le départ, les premiers signes de ce qu’allaient être ses priorités, tout en s’inscrivant, comme son prédécesseur, dans le programme du président de la République. Outre la réhabilitation des services publics, thème qui revient dans ses déclarations comme un leitmotiv- tant les Algériens ont passé un été ‘’historique’&lsquo,; couplé au mois de Ramadhan, avec les dégradations de la qualité de la presque totalité des services publics (eau, électricité routes, administration,…)-, il s’est attaché à la mission du cadre de vie et de la salubrité publique au point où, en grandes manchettes, des journaux ont répercuté sur leurs ‘’Unes’‘ ses déclarations où il parlait de la ‘’nécessité de procéder au nettoyage du pays”. Habitués que nous sommes à des expressions allégoriques par lesquelles on nous invite souvent à lire entre les lignes, l’on a commencé à conférer à Sellal des pouvoirs “révolutionnaires’‘ qui lui donneraient les moyens de nettoyer la république de tous ses maux: bureaucratie, corruption, chômage, harga, régression du niveau scolaire,…etc. Pourquoi pas, après tout ? Ne préjugeons de rien, et donnons au gouvernement le ‘’délai de grâce’‘ que vient de réclamer un membre de cet Exécutif, en l’occurrence Amara Benyounès. En revenant au sujet qui préoccupe présentement Sellal, pourquoi le nettoyage des villes et villages des montagnes d’ordures qui jonchent leurs rues et quartiers ne serait-il pas révolutionnaire? Au sens étymologique du mot, on y est: il s’agit de ‘’retournement’‘ ou ‘’changement radical’‘. C’est ce qui, en matière de cadre de vie et d’hygiène, est aujourd’hui réclamé et sollicité par les populations à l’échelle du territoire national. Le phénomène des décharges sauvages, des ordures ménagères trainant sur le trottoir et la chaussée, des sacs poubelles éventrés et puants, a atteint presque son point de non retour. C’est pourquoi, une nouvelle fois, le concept de ‘’révolution’‘ n’est pas excessif pour de bonnes volontés qui seraient gagnées par ce sursaut de dignité consistant à débarrasser l’Algérie de ses ordures. Le sommet de l’hérésie dans le domaine de l’hygiène est sans doute atteint pendant les journées torrides de l’été dernier lorsque les travailleurs communaux ont décidé de faire grève. Tous les boulevards et rues d’Algérie exhalaient les miasmes de dépotoirs qui ont séjourné plusieurs jours sous des températures de 45 degrés. Les infos et entrefilets de proximité dont les journaux nous offrent la lecture quotidiennement donnent un large aperçu des conditions du cadre de vie dans lequel vivent les quartiers de nos villes, grandes ou petites, et les bourgades de l’arrière-pays rural. Contrairement à l’idée reçue que, en matière d’actualité ces pages seraient bonnes pour être classées en infos de “seconde zone” par rapport aux faits d’actualité politique ou économique qui emballent le pays, elles contiennent, ironie du sort, l’actualité la plus pertinente et la moins périssable de nos villes et villages. L’un des signes majeurs de la manière dont sont gérées les affaires locales, demeure incontestablement le cadre de vie dans son acception la plus large: urbanisme, hygiène, qualité des prestations des services publics, espaces verts, aires de jeu, espaces de détente et de loisirs, plan de circulation intra et extra-muros,…etc. Dans les grandes villes, la chute aux enfers ne date pas d’aujourd’hui. Les monticules d’ordures ménagères, se trouvant parfois à proximité même de certains hôpitaux, les eaux usées dégoulinant le long des murs des bâtiments et les conduites d’eau potable jaillissant de conduites souterraines, de tels phénomène ont fini par imposer leur présence et se banaliser. Plus gravement, ils ne choquent plus. Le mystérieux moustique de Rouiba qui vient de ‘’décider’‘ d’un congé payé aux travailleurs de la SNVI et les rats qui ont, la semaine passée, dévoré le beau visage de chérubins dans un orphelinat d’Alger, ne sont autre chose que le signe probant d’une déliquescence historique en matière d’hygiène et du cadre de vie. L’élu ou le représentant de l’ordre public, dans un sentiment d’impuissance coupable, ont longtemps fermé les yeux sur ces lieux immondes et méphitiques comme n’importe quel quidam.

Halte à la banalisation !

Aucune ville d’Algérie, ni aucun village- comme on en rencontre tant en Kabylie, par exemple- n’échappent à ce triste destin au moment où, comble de paradoxe, les ressources financières du pays n’ont jamais été aussi solides. En toute évidence, même si elles peuvent y contribuer, les ressources financières n’installent pas la propreté et les valeurs d’hygiène, lorsque les élus, l’administration, les citoyens et même le tissu associatif s’en ‘’lavent les mains’‘ et se montrent indifférents au spectacle de la souillure et des odeurs pestilentielles. Que vaut le sursaut du gouvernement en la matière? Se donnera-t-il le souffle et la persévérance nécessaires pour s’éloigner des campagnes sans lendemains que l’on a connues pendant les années quatre-vingt du siècle dernier? Le mot ‘’campagne’‘ est honni par tous ceux qui tiennent à la pérennité des actes de civisme et de citoyenneté deux notions nourries et irriguées par l’éducation et la culture. Il faudra revenir au rôle de l’école dans sa mission de former l’homme adulte et le citoyen responsable de demain. Sur un autre plan, la notion d’environnement ne peut pas se limiter à dégager les ordures loin de chez soi et de ne point se soucier de là où elles atterrissent. Outre les centres d’enfouissement techniques- pour lesquels il faudra régler le problème du site de leur installation (foncier)-, le traitement des déchets (ménagers ou industriels) pose également la problématique de l’industrie du recyclage. Il y a lieu de multiplier les centres de tri pour séparer les déchets selon leur nature (matière organique, papier, plastique, verre, bois, cuivre, aluminium, fer,…), et réfléchir, dès à présent, à de petites et moyennes entreprises managés par de jeunes universitaires (par exemple, dans le cadre de l’Ansej) pour prendre en charge le recyclage des matériaux issus de déchets. Si le nouveau gouvernement- qui vient d’intégrer la politique de la ville dans le portefeuille de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire- tient à ‘’frapper les esprits’‘ par l’opération de nettoyage des rues et boulevards, après le début de démantèlement des marchés informels, les Algériens attendent de lui une politique cohérente et persévérante aussi bien dans le cadre de vie que dans les autres domaines de la vie nationale.

A.N.M