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APW DE TIZI OUZOU - Session extraordinaire consacrée au développement

«Le malaise rongeant la santé déborde !»

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Le deuxième jour (jeudi dernier) de la session extraordinaire de l’APW de Tizi Ouzou a été consacré à la lecture des rapports des différents présidents de commissions et aux réponses des directeurs de l’exécutif de wilaya. Chacun déclamera des chiffres faisant ressortir des montants faramineux censés relancer le développement de la wilaya, tout en dénonçant les entraves et les blocages, certains qualifiés de «compréhensibles», d’autres «non», causés par «un laisser aller, un manque de vision et de stratégie ou carrément un manque de volonté», accuse-t-on. Les présidents des commissions de l’APW feront beaucoup de reproches à l’administration.

Les secteurs de l’hydraulique, de l’énergie, du logement, des travaux publics, du tourisme, et particulièrement de la santé publique… Aucun n’a été épargné. Dans son intervention, le wali, Mahmoud Djemaa, a tenté d’user de pédagogie pour apaiser les échanges : «Je voudrais d’abord aborder le concept de développement qui est apparu à la deuxième moitié du siècle précèdent, il correspondait au processus de décolonisation… Les pays qui avaient été colonisés cherchaient à se développer par rapport à un standard, et tous les économistes, à l’époque, ont débattu, avec passion, pour trouver un modèle de ce développement.

Mais 20 ans plus tard, les économistes ont compris qu’il n’y avait pas de recettes financières pour faire développer un pays. L’ONU a alors donné la manière dont se mesure le développement. Ces mesures consistent en le taux de scolarisation, l’accès à l’eau, au gaz, à la santé, à l’électricité et à la couverture sociale… Et c’est ce que fait l’Algérie depuis 1962. L’Algérie se prépare toujours et annuellement pour respecter les indices de développement. Dans notre wilaya, aujourd’hui, nous avons consommé 58% des budgets qui nous sont alloués. Certains voient le verre à moitié plein, d’autres à moitié vide.

Moi je trouve que le développement ne se mesure pas en une année ou deux, ce sont des objectifs en matière de satisfaction des besoins de la population. Il y a un conseil exécutif, il y a des assemblées élues et nos efforts doivent converger vers la solution des problèmes. L’APW est une force de propositions et nous aide à lever des oppositions quand elles se présentent. Si on veut avancer, nous devons travailler par objectif, chose que nous avons adoptée au conseil de wilaya. Si on ne peut pas consommer 240 milliards en une ou deux années, il faut au moins atteindre un taux de consommation de 60 à 70 %.

C’est un problème de maîtrise et je suis d’accord avec l’élu qui a parlé de la formation. Et en effet, l’administration envisage d’assurer des formations au profit de nos fonctionnaires. Aujourd’hui, rares sont les administrateurs qui peuvent élaborer un cahier de charges qui sera visé par le contrôleur financier du premier coup. Nous demandons au DAL de prévoir un budget pour lancer des cycles de formation. Cela concernera nos fonctionnaires au niveau des APC, de la wilaya et des EPICS, notamment ceux en charge de la gestion des marchés et des finances», dira le wali.

S’agissant des grands projets, il ajoutera : «Parfois, il y a des contraintes financières, mais parfois aussi, il y a la complexité des projets, comme c’est le cas du stade de 50 000 places. Des projets lourds et complexes, et s’il faut les relancer, il faudra le faire sur des bases solides pour pouvoir les achever. Il faut bien réfléchir à tous les aspects. Pour les problèmes du CF et les autres services, effectivement, les présidents d’APC ont fait part de cette difficulté, nous avons demandé à M. le secrétaire général de suivre de près cela. Il y a aussi quelques problèmes qui ont été évoqués, notamment à l’université.

Sur le plan des infrastructures ou la sécurité, il y a un problème de fond, nous allons prochainement d’étudier toutes ces questions pour savoir ce qui se passe dans les cités universitaires. Pour le secteur du logement, il y a du retard, c’est une réalité…». Le wali poursuivra : «Pour la santé, il y a un problème d’équipements et de prise en charge des infrastructures, comme c’est le cas pour le secteur de l’éducation, les agences postales, les cantines scolaires… Nous allons prendre en charge leur réhabilitation, ce sont des services de proximité. Les communes, selon leur situation financière, doivent aussi se pencher sur leur réhabilitation.

Un dossier est transmis au ministère de l’intérieur». Concernant l’investissement, M. Djemaa dira : «Pour l’investissement, nous avons déjà organisé un conseil au niveau du cabinet, en présence du représentant de l’APW. Nous avons examiné de près la situation, la viabilisation et les lots affectés non encore exploités. Toutes ces questions seront traitées, pour permettre aux investisseurs de concrétiser leur projets», a-t-il conclu.

La commission investissement dresse un état peu reluisant !

La session s’est poursuivie avec la lecture du rapport de la commission mixte investissement et finance. Le président de ladite commission investissement Hamid Hamoudi s’est interrogé d’abords sur les raisons des blocages qu’enregistrent certains projets malgré la disponibilité de l’argent. «Ces retards et ce tâtonnement est-il dû à un problème d’argent, alors que le reste à réaliser est de plus de 249 millions de dinars ? N’y a t-il pas une volonté de ralentir la dépense publique ou est-ce un blocage du control financier ou même la commission des marchés ?».

S’agissant du secteur de l’investissement, l’intervenant a fait remarquer que «le secteur est dans un état comateux ou l’acte d’investir est quasi inexistant». Abordant le secteur des travaux publics le même intervenant a souligné que «les programmes inscrits à l’indicatif de ce secteur enregistrent des retards flagrants, la pénétrante lancée en 2013 et dont la réception était prévue pour 2016 n’est qu’à un taux d’avancement ne dépassant pas 50%, la route de déviation du chef lieu de Draâ El Mizan remontant de 2012 n’est toujours pas lancé pour des raisons que tout le monde ignore.

Le secteur de l’énergie est aussi mal en point car depuis le plan quinquennal 2010/2014 la wilaya n’a enregistré aucun nouveau projet. Le secteur de l ‘hydraulique connait aussi un retard énorme dans la livraison des deux barrages en réalisation depuis 2012, les projets de six stations d’épuration et de l’ovoïde des Ouadhias non encore lancés, la station de dessalement de l’eau de mer de Tamda Ouguemoune. Le secteur du logement notamment le programme AADL doté de plus de 7 000 unités non encore lancées…», a-t-il fait remarquer.

Gros budgets, peu de réalisations dans l’éducation et à l’université !

Dans la matinée d’hier, les présidents des commissions sont intervenus, notamment celui de l’éducation et de l’enseignement supérieur, M. Garichi, qui a soulevé plusieurs manques : «Chacun de nous aspire au développement, au progrès et à l’émancipation de notre société. Mais on ne peut atteindre cet objectif sans garantir une stabilité chronique de l’université et du secteur de l’éducation, car la base de tout développement et de progrès ne peuvent venir que d’un système éducatif moderne, de progrès et de savoir», a-t-il déclaré en plénière, avant d’ajouter : «L’État a octroyé des sommes faramineuse pour bien prendre en charge le secteur de l’éducation et celui de l’université, pas moins de 19,9 milliards de dinars pour l’éducation, 3,1 milliards de dinars pour la réalisation de 10 000 places pédagogiques et 8,5 milliards de dinars pour la réalisation de 13 000 lits d’hébergements. Des sorties sur le terrain et des réunions ont été tenues.

Il en ressort qu’un grand retard dans la livraison de certaine nouvelles infrastructures scolaires (différents paliers) a été enregistré». «Notre wilaya a bénéficié de 4 lycées en cours de réalisation et 10 installations sportives, mais celles-ci sont en attente d’équipement ou carrément à l’arrêt», explique-t-il. «Au moyen, 23 collèges, 18 demi-pensions, 7 terrains de sport, 11 salles de classe, 20 salles informatiques et 4 unités de dépistages du suivi ont été inscrits en réalisation. Au primaire ce sont 24 groupes scolaires accordés à la wilaya», a-t-il annoncé. Pour ce qui est de l’université, M. Garichi déplorera : «Tamda est devenue un chantier eternel.

Les 10 000 places pédagogiques en réalisation ne sont toujours pas achevées. Pire que ça, pour le projet de la nouvelle faculté de médecine de 4 000 places pédagogiques, opération inscrite en 2016, il a fallu 4 ans pour choisir un BET, cela sans parler des 13 000 lits dont seuls 4 000 sont prévus à la livraison pour cette année. Pour terminer, j’interpelle M. le wali pour trouver une solution au campus de Hasnaoua qui se trouve dans une situation alarmante, voire dangereuse», a-t-il alerté.

Le «Carton rouge à la DSP !»

Le secteur qui a volé la vedette et qui a capté tous les regards est sans nul doute celui de la santé, où Radjef Hachimi, président de la commission concernée a rendu compte d’un tableau noir du secteur et a fini son intervention par carrément demander une session extraordinaire au président de la séance et en brandissant un carton rouge qu’il a adressé au directeur de la santé de wilaya (DSP). Dans son rapport, l’intervenant dira : «Après avoir assisté hier au cours magistral de cancérologie et de terminologie médicale qui a bifurqué sur le génie civil, transformant l’hémicycle en amphithéâtre de la faculté de médecines… de génie civil, j’ai dû modifier mon intervention».

Pour illustrer ses propos, l’orateur assènera : «L’État a octroyé le montant faramineux de 20 milliards de dinars, document de la DPSB à l’appui, un montant réservé à la réalisation d’EPH, de deux polycliniques à Tamda et Redjaouna et le CAC, en plus d’une enveloppe financière de 32 millions de dinars pour la réhabilitation des EPSP, et 72 millions de dinars pour la réalisation d’un centre d’hémodialyse, la DSP s’est contentée de mettre à notre disposition un document léger qui ne reflète en fait que le projet du CAC où la DSP nous gave de données relatives de travaux de bâtiments et de génie civil comme si la DSP se substituait à la direction des équipements publics…».

Après avoir déclamé une variété de manques et dysfonctionnements, le président de la commission enchaîne : «Le marasme continue de s’abattre sur nos citoyens dans le domaine de la radiologie, faute de radiologues et des gardes ne sont pas couvertes. Nos sorties sur le terrain et nos réunions ont montré un constat non seulement contradictoire avec les rapports périodiques du ‘’tout va bien’’ de la direction concernée, mais, pire encore, nous ont renseignés sur l’état de délabrement des infrastructures et des établissements de proximité. En dépit des montants budgétaires alloués par les pouvoirs publics, le marasme continue dans les EPSP, les EPH, les EHS et ne cesse de s’aggraver.

Chose qui a contraint les citoyens a des solutions extrêmes, comme la fermeture des structures sanitaires…». Sur sa lancée, M. Radjef finira par réclamer : «vu la multitude de problèmes et leur complexité qui ne nous ne permettent pas de tout aborder lors d’une session, consacrée au développement local, la commission santé inflige un carton rouge au DSP et vous demande de programmer une session extraordinaire sur la santé dans les plus brefs délais». Le président de la séance accèdera d’ailleurs de suite à la doléance : «Votre demande est acceptée, une session sera consacrée au secteur de la santé publique dans, au plus tard, un mois», a-t-il fait savoir.
Compte rendu H. T.