Par DDK | 1 Janvier 2006 | 847 lecture(s)
Bûche et cotillons pour le réveillon
De même, elle n’aura pas apporté grand chose à l’amélioration du quotidien du citoyen, sans toutefois l’empirer, ce qui est tout de même assez significatif. Ainsi, ce ne seront pas “des funérailles grandioses” auxquelles aura droit 2005 car ni l’envie, ni les moyens se sont disponibles, mais juste un petit enterrement, presqu’à la sauvette. Certains font même preuve d’impatience, pressés d’en découdre avec la nouvelle année qui, comme le dit si bien Dda Saïd 85 piges et 85 réveillons ratés, “ne sera pas de toute façon pire que la précédente”.L’animation propre aux préparatifs d’avant-fête est bien là et on sent comme une frénésie dans les comportements. Les portefeuilles vont sur une véritable saignée, un tsunami financier, l’Algérien n’ayant pas la réputation d’être un modèle en matière de prévisions budgétaires. Mais qu’importe s’agissant de la dernière fête de l’année. Même s’il se trouve toujours des illuminés (?) à pourfendre la bûche qui pourtant ils font outrageusement honneur en aparté, et à excommunier à tour de bras les “mécréants” voués aux feux de l’enfer. Tant pis si la gourmandise n’est qu’un péché, véniel, le réquisitoire ne pourra être que disproportionné de toute façon par rapport à la faute, si faute il y a.Béjaïa, belle et farouche vestale, s’est parée de ses habits de lumière, de guirlandes lumineuses, multicolores du plus bel effet qui dès la nuit tombée scintillent de mille feux. La noce avec le maître du grand œuvre qui veille sur la régularité du sablier cosmique et qu’il va renverser dans une poignée d’heures n’en sera que plus belle.A 24 heures du “big événement”, Béjaïa grelotte et continue à tenir sa réputation de ville “couche-tôt”. L’essentiel se passe pendant les journées ultra courtes, où il est loisible à tout travailleur de se faire la belle, histoire de compléter ses emplettes qui consistent pour l’essentiel à l’achat de la bûche, de la volaille, la dinde pour les Bougiotes d’en haut, le reste se contentant de ce gallinacé tout à fait ordinaire et qui pourtant est sujet à une grimpette digne d’une étape pyrénéenne du tour de France cyscliste, des chocolats et des cadeaux. La dinde hors de portée des bourses moyennes s’arrache paradoxalement comme des petits pains. Quant aux pâtisseries, leurs carnets de commande sont souvent plein, et les plus hardis misent gros sur cette journée, la dernière de l’année, pour amasser le maximum et gonfler ainsi la tirelire. Parmi eux, ceux à la réputation bien établie et guère usurpée, qui au nom d’une certaine perception de la qualité, ne travaillent que pour une minorité de clients, leurs clients. Les prix se situent, comme de juste, nettement au-dessus de la moyenne. Qualité et renom obligent ! Mais là où la razzia est réellement palpable, c’est au rayon cartes de vœux. Librairies, kiosques, étals à ciel ouvert, tous affichent un sourire ravi, en montrant avec un contentement qu’ils ont beaucoup de peine à cacher ce qui leur reste du stock impressionnant de départ : la portion congrue. Prudents à l’excès, ceux qui n’ont pas vu grand, les “gagne-petit”, se mordent à l’évidence aujourd’hui les doigts. Le Bougiote, un tantinet macho d’ordinaire, n’oublie pas les bonnes manières, rappelant qu’en homme du monde, il connaît les règles de la courtoisie et les méandres du savoir vivre. Et c’est de bonne grâce que tous, l’espace d’un jour, se transforment en écrivains de circonstance.Histoire un peu de ne pas de singulariser par rapport aux autres, de rompre un isolement imposé par les années de k’hol et de siwak et de perpétuer une fête qui apparemment a pris, venant se greffer à une tradition quelque peu figée et revêche, le Bougiote s’affaire en famille, en couple ou en solo à saluer la nouvelle année. Si la sobriété communément admise, sous les oripeaux de l’hypocrisie (en saurait-il être autrement au pays des doctes barbus qui s’évertuent à faire accroire que l’Algérien naît forcément et obligatoirement musulman ?) est toujours battue et de quelle manière en brèche par une écrasante majorité de représentants du sexe dit fort et de quelques honorables dames (ainsi les apparences sont sauves…) tout de même, l’accueil réservé au divin nectar de Dionysos sera sans nul doute, cette année encore, triomphal. N’en déplaise à ceux qui assimilent les menus plaisirs de la vie à des déviations ! Sans atteindre le niveau de certains pays où il est fait, à l’occasion, usage de quantités astronomiques de bouteilles, Bgayet se situe dans la bonne moyenne à voir les stocks impressionnants constitués par les hôtels, bars, restaurants, échoppes de boissons à emporter. Non pas qu’il faille voir un quelconque encouragement de notre part à en consommer, chacun étant maître de ses choix et convictions ! Seulement à Bgayet, comme ailleurs, l’alcool est d’abord perçu comme un inhibiteur de complexes, un anti-timidité et le compagnon naturel de toute liesse, de toute joie. Cela dit, nous ne pouvons que recommander une certaine modération surtout à l’attention de ceux appelés à prendre le volantL’essentiel n’est pas dans le contenu de la table. Dinde ou poulette, alcool de luxe ou limonade, chocolat de prestige ou local, ce qui compte c’est l’esprit. La fête, c’est surtout dans la tête. Le reste, tout le reste n’est que vanité.Bonne année à tous. Puisse 2006 nous rendre meilleurs.
Mustapha R.






