Par DDK | 6 Janvier 2009 | 5800 lecture(s)

Manifestations anti-Amazighs en Libye et appel au crime

Le racisme anti-amazigh ne cesse de prendre des allures très inquiétantes. Ainsi, en Libye, les adeptes du panarabisme réunis dans deux associations satellites du régime d’El Gueddafi, à savoir. La Jeunesse de la Libye de demain et des membres des Comités révolutionnaires, ont tenu, dans une salle de Yefren de Nefussa un meeting qui " avait pris l’allure d’un tribunal populaire chargé de juger et de condamner sans autre forme de procès, les militants pour les droits des Amazighs de Libye et en particulier ceux qui ont participé à la dernière assemblée générale du Congrès mondial amazigh (CMA) qui s’est déroulé du 31 octobre au 2 novembre 2008 à Meknes. Ainsi, Salem Madi, M’hamed Hamrani et Aissa Sijouk, membres du Conseil fédéral du CMA, ont été accusés publiquement d’être des séparatistes et des traîtres travaillant au profit d’intérêts étrangers. Fethi Benkhelifa et Mohamed Akchir font également partie de la liste des accusés ", lit-on dans une déclaration du CMA rendue publique pour l’occasion. Et d’ajouter : " Dans une salle surchauffée par des discours de haine, des insultes et des appels à la violence contre les militants amazighs ont été lancés par les organisateurs de la rencontre et repris collectivement par la foule ", informe encore le CMA.

Le CMA, qui a tenu à condamner ces agissements " archaïques ", estime que, ces accusations contre les Amazighs " sont d’une extrême gravité car en Libye, elles valent condamnation à mort des personnes mises en cause. " Connaissant la nature inique et répressive du régime d’El-Djamahiria, cette désignation à la vindicte populaire de ces militants berbéristes est condamnable dans la mesure où elle émane d’organisations officielles, et ensuite, elles font preuve d’un racisme anti-amazigh abominable.

" Après une heure de discours raciste et d’une grande virulence à l’encontre des Amazighs, rapporte encore le communiqué du CMA, les responsables de la réunion ont appelé l’ensemble des présents à se rendre sur-le-champ devant les domiciles des militants amazighs. Quelques minutes après, environ 500 personnes dont de nombreux policiers en civil, encadrés par des militaires, se sont massées devant la résidence de la famille Salem Madi pour scander de nouveau des insultes et des appels au meurtre. " Plus loin, le communiqué souligne que " dans un état d’hystérie collective et encouragées par la bienveillance des forces de police et les militaires, de nombreuses personnes ont lancé des pierres sur la maison de la famille Madi, brisant plusieurs fenêtres. Ensuite, " des personnes ont inscrit à la peinture, des " mort aux traîtres " et " épuration physique” sur la façade du domicile de Salem Madi et d’autres slogans menaçants", regrette le CMA.

" Le domicile d’une vieille dame, Aicha Elkeblaoui, veuve de M’hamed Madi, qui n’a pourtant aucune activité militante, a également subi le même sort ", informe encore le CMA.

Avant de quitter les lieux, les organisateurs de la manifestation anti-amazighe ont promis la mort " à quiconque participera désormais à une réunion portant sur la question amazighe et ont annoncé que des expéditions punitives seront menées dans les prochains jours contre des militants de la cause amazighe, notamment dans les localités de Zwara, Jadu, Kabaw et Oubari. "

Le CMA pris pour cible par les panarabistes !

Le CMA n’a pas été épargné par ces allégations racistes, les militants panarabistes et anti-amazighs de Libye ont estimé que le Congrès mondial amazigh " est une organisation étrangère au service de la CIA, du sionisme et de l’impérialisme occidental ". Le Congrès mondial amazigh dénonce et condamne, dans son communiqué " avec la plus grande vigueur l’agression préméditée contre les militants amazighs de Yefren et exprime à (ses) membres et à l’ensemble des Amazighs de Libye (sa) totale solidarité. " Cette méthode qui consiste, selon le CMA, " à dresser les citoyens les uns contre les autres et à semer la haine et la discorde est indigne et porteuse de grands dangers pour la société libyenne. " Tout en désignant le pouvoir libyen comme responsable de ces actes racistes contre les Amazighs, le CMA réaffirme " (sa) détermination à rester fidèle à (sa) mission de défense des droits du peuple amazigh et déclare qu’“aucune intimidation, aucune violence ne sauraient détourner (ses) membres de leur rôle de défenseurs des droits humains, conformément au droit international. "

Par ailleurs, le CMA exige du gouvernement libyen, " des excuses publiques et les réparations des préjudices matériel et moral subis par les militants amazighs victimes de l’agression du 24 décembre 2008 à Yefren, des excuses publiques adressées au CMA, des poursuites judiciaires à l’encontre des responsables de l’organisation. La Jeunesse pour la Libye de demain et des hauts responsables libyens impliqués dans cette affaire. "

D’autre part, le CMA appelle la communauté internationale à " condamner les auteurs et les responsables de l’agression anti-amazigh de Yefren, (à) diligenter une commission d’enquête internationale pour faire toute la lumière sur les graves événements de Yefren, (à) protéger les défenseurs des droits des Amazighs en Libye, (à) prendre d’urgence toutes mesures en vue d’assurer la protection des populations amazighes de Libye. "

Enfin, le CMA demande à tous les Amazighs " d’exprimer sous toutes formes, (leur) solidarité fraternelle avec les militants et les citoyens amazighs de Libye.” Le CMA “recommande” également à tous les Amazighs de Libye de résister avec courage et d’organiser une manifestation publique et pacifique à Yefren pour dire non à la haine et non aux violences anti-amazighes. " Enfin le CMA indique qu’il se réserve " le droit de saisir la justice internationale compétente contre les responsables libyens, pour leur soutien aux appels à la violence et à la haine raciale. "

Ces attaques racistes à répétition contre les peuples amazighs de par le monde appellent la communauté internationale à une prise de position franche contre ces actes criminels. Elles appellent aussi les peuples amazighs à prendre leur destin en main. Au moment où le monde entier se mobilise contre la haine juive en Palestine, le régime libyen n’a pas trouvé mieux que de distiller son venin sur ses concitoyens amazighs. Ironie !

Mohamed Mouloudj

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