A l’ombre de Yemma Gouraya, calme et abstention

Dans les rues, c’est l’affluence habituelle et l’occasion pour « les houmistes », de se retrouver, d’échanger ragots et actualité footbalistique. Les magasins sont ouverts, de même que les marchés couverts et les citoyens vaquent, le plus normalement du monde, à leurs occupations. Il en est de même des trabendistes étalant à même le sol leur bric-à-brac hétéroclite et au vendeur de poisson qui a élu domicile à même le pavé de la piétonnière. Aujourd’hui, il propose le petit rouget, très prisé, qui s’est arraché en deux temps, trois mouvements. C’est bien d’une monumentale nique qu’il s’agit de faire au grand jour aux Aarouch et à leur mot d’ordre de grève générale ! Le Bougiote n’a pas dérogé d’un iota à ses habitudes toutes en douceur, sans aucune brusquerie. Le petit noir siroté sur le trottoir, le journal acheté chez le même buraliste, le filet dépassant de la poche pour les petits achats et le pain, voilà la « bougiote attitude ! » C’est en somme un jour des plus ordinaires, sauf qu’il n’y a pas de boulot. Sans plus ! Avec le match du week-end en moins et une dose d’ennui en plus. Il est midi, les bureaux de vote ouverts tôt somnolent. Dans presque tous les centres visités, une évidence s’impose d’emblée : il y a plus de surveillants et d’encadreurs que de votants. Ici à Bgayet, que ce soit à El Khemis, en haute ville, à Bab Ellouz, Sidi Ahmed, Thaâssast, Ighil Ouazzoug, Ihadaddène, point de chaînes, encore moins de bousculades. Les citoyens arrivent un à un votent puis se dépêchent de quitter les lieux. Ce qui n’est pas sans se répercuter sur les nerfs des surveillants qui s’ennuient ferme. Certains sont surpris à bailler aux corneilles, presque à se décrocher la machoire. Midi, c’est aussi l’heure de la restauration, pour tous. Les rues se vident. A 14 heures, le taux de participation pour la wilaya tombe comme un couperet : 7,57 %. « Chiffre dérisoire, ridicule » commente Si Amar, authentique moudjahid, en rupture de ban avec l’ordre ! Quelques chefs de bureaux inquiets prédisent pour les heures qui viennent un rush au motif que « le Bougiote vote plutôt l’après-midi ». La suite leur apportera un démenti cinglant. Les heures s’égrènent et toujours le même temps, le même rythme : ça ne se bouscule guère au portillon. Entre-temps, les rues ont retrouvé un semblant d’animation. Ce qui est frappant, c’est la quasi-absence d’intérêt dans les différentes conversations, pour le référendum. S’il est beaucoup question du Ramadhan tout proche, de la cherté de la vie, du tryptique rentrée scolaire, Ramadhan-Aïd, terreur des pères de famille, de l’éclipse prochaine annoncée sous forme d’affichettes, une bien heureuse initiative de la JSMB et du MOB, le sujet (du jour, le big événement, ce qui ailleurs, mobilise énergies, esprit, temps n’est même pas effleuré. L’attitude de la jeunesse dorée ou pas, bougiote est révélatrice à plus d’un titre de la tendance qui a prévalu en ce 29 septembre, journée référendaire. La plupart se sont dits non-concernés et ont opté pour l’évocation de la mal vie, le chômage, la frustration, l’exil. « Et puis, personne n’est venu à nous pour nous expliquer, dans notre langage, le contenu de la charte. Ils sont tous vieux, et ne se sont adressés qu’à leur tranche d’âge. On se sent inutiles » C’est dit Djamel. C’est le cri de la jeunesse qui a préféré se réfugier dans son territoire, écouter du R’n’B et s’adonner à son sport favori : le zyeutage et la drogue. Le soleil poursuit sa lente descente et une fraîcheur douce et parfumée succède à la chaleur de la mi-journée. La nuit s’apprête à envelopper de son obscur manteau la ville. Encore une poignée de minutes, et les bureaux de vote vont baisser rideau. La journée a été longue, très longue. L’élection s’est faite longtemps attendre. Quelques-uns ont franchi le Rubicon. La majorité est restée chez elle. A 18 heures, le taux de participation a péniblement atteint 9,87 % avant de clôturer à 11,47 %… Tout n’a pas été négatif car il y a une chose, éminemment positive, à retenir à Bgayet-ville : le scrutin s’est déroulé sans le moindre incident, sans la moindre fausse note. Quant à l’abstention, c’est déjà un autre débat !

Mustapha R.