Deux mondes

Alors que l’année dernière, le Salon du livre a mis tous les éditeurs dans le même pavillon, on revient, cette année, à la division en deux stands, qui est, en fait, une véritable bipolarisation, un stand pour les francophones et un stand pour les arabophones. Certes, on trouve des francophones chez les arabophones et des arabophones chez les francophones, mais chaque stand est dominé par une langue… Et par un état d’esprit. Au stand des « francophones », les cafés littéraires se tiennent majoritairement en français, au stand des « arabophones », on vend surtout des ouvrages religieux… Et comme il faut s’y attendre, c’est ce pavillon qui est le plus achalandé…Non seulement parce qu’il y a plus de lecteurs en langue arabe mais surtout parce que le livre oriental ne coûte pas cher. Non seulement les livres religieux, mais aussi les autres: livres d’enfants, ouvrages scolaires, littérature et dicionnaires! L’opposition entre les deux pavillons -les deux mondes? -n’est pas seulement idéologique: elle est aussi financière ! On s’en rend facilement compte en voyant sortir les visiteurs des deux pavillons : les uns portent juste le sachet en papier, où on a glissé le livre qu’on a acheté, les autres peinent à traîner les cartons où s’entassent les livres par dizaines ! Le prix des livres de genres identiques, peut varier, d’un stand à l’autre, du simple au double. Il est vrai que la qualité et le contenu des livres ne sont pas les mêmes, mais en cette période de paupérisaton le consommateur réfléchit à deux fois avant de s’engager à acheter: qu’il s’agisse du livre ou d’un autre produit, le prix est un facteur déterminant dans l’acte d’achat. Les éditeurs algériens devraient le comprendre, s’ils veulent assurer encore un avenir à leur activité.

S. Aït larba