Qui pourra démentir ou, à l’occasion, neutraliser les préjugés défavorables et les risques palpables qui pèsent lourdement sur la démarche politique telle qu’elle est adoptée à quatre mois des élections législatives ?
La tenue du scrutin est confirmée pour le mois de mai par le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales.
Reste l’essentiel, à savoir la liste des formations politiques qui participeront à la compétition et les garanties que doit revêtir un rendez-vous électoral d’une si grande importance. Ces deux points ne semblent pas encore bénéficier de toute la clarté souhaitable, et pour cause. L’on a l’impression que plus on se rapproche de l’échéance de mai, plus la scène politique nationale s’obscurcit davantage. Il faut souligner tout de suite que ce handicap de manque de visibilité n’est pas exclusivement lié à ce que d’aucuns ont nommé un » non-événement « , c’est-à-dire le retrait du MSP de l’Alliance présidentielle à laquelle il a émargé depuis 2004. Le brouillard politique qui obère l’analyse objective du panorama politique national établit un prisme qui nous fait voir une nouvelle bipolarisation de la vie politique algérienne.
En effet, un immense matraquage idéologico-médiatique a été mis en œuvre à grand renfort de déclarations intempestives et de crypto-analyses où se sont ligués des personnages officiels de l’Etat, des représentants de partis et des organes de presse visant à instaurer un nouveau dualisme qui n’offre d’alternative possible aux Algériens que celles positionnant les islamistes et les conservateurs côte à côte. En fait, ce n’est même pas un jeu puisque, à un degré avancé de l’analyse, l’on s’aperçoit que l’on navigue entre le mal et le pire. Vingt ans après l’arrêt du processus électoral de décembre 1991, rien, sur le plan politique, ne semble changer pour les Algériens. On les somme, quelque part, de choisir l’un ou l’autre des bourreaux de la perspective démocratique du pays. Pire encore, on fait valoir une espèce de fatalité de la prise de pouvoir par les islamistes » modérés » en invoquant le climat général qui règne dans les pays arabes touchés par l’insurrection de leurs peuples. Certains officiels se sont même permis des pronostics en donnant des fourchettes de scores qui reviendraient aux islamistes. Après tous les sacrifices que les Algériens ont eu à consentir pour maintenir le pays debout face à la déferlante terroriste, l’horizon qu’on essaie de leur concocter aujourd’hui- en le présentant comme étant un » déterminisme » historique- est le summum de l’absurde qui nous replonge dans une pathétique déréliction humaine. Le tableau de classe présenté aux élèves de la grande école qu’est l’Algérie ‘’oublie’’, escamote, scotomise et neutralise allègrement la mouvance démocratique faisant partie du spectre politique algérien. En agissant ainsi, parions que c’est à un travail de dangereux conditionnement que se livrent certains officiels et quelques titres de la presse nationale. Le destin de l’Algérie et des Algériens serait-il scellé en le donnant ainsi en pâture à deux mouvances politiques qui se disputent le pouvoir politique ? Que l’on sache, les Algériens qui manifestent dans la rue et qui affrontent les forces de sécurité depuis au moins une année ne le font pas pour appeler un messie au pouvoir ou pour chercher une bénédiction en dehors de celle que peuvent assurer l’effort et le travail. Ils sont là pour revendiquer un mieux-être social (logement, routes, AEP, emploi,…) que les pouvoirs successifs ont mille difficultés à offrir d’une manière juste et loyale du fait d’un clientélisme rentier que l’histoire du pays ne peut tolérer davantage. Traduire ce besoin de changement par la nécessité de voir les islamistes prendre la majorité politique est une grave perversion dictée par des intérêts qui n’ont plus rien d’occulte ou d’inavoué.
Amar Naït Messaoud

