Djezzy, Nedjma et Mobilis inventent la concurrence conviviale

C’est à l’initiative de la revue Algérie Entreprise, dans le cadre de ses « débats de l’entreprise », en collaboration avec la radio algérienne, que les patrons des trois opérateurs, auxquels est venu se joindre le premier responsable de l’Agence de régulation des postes et télécommunications (ARPT), ont animé, avant-hier en soirée à l’hôtel Mercure, un débat de prés d’une heure sur le monde des télécoms, intitulée : « Que nous réserve encore la révolution des télécoms ? » Il est par ailleurs utile de signaler que les débats ont été enregistrés et seront diffusés aujourd’hui sur les ondes de la Chaîne III à 15h00. Un quatrième convive, et pas des moindres, puisqu’il s’agit du P-DG d’Algérie télécom, Brahim Ouarets, a lui, préféré décliner l’invitation pour des raisons non communiquées. Voici donc l’essentiel des interventions des animateurs de ce débat dans l’ordre de la prise de parole. Mohamed Belfodil, président de l’ARPT : «un marché imparfait mais positif» En livrant ses impressions en tant qu’ «arbitre» du marché des télécoms, le premier responsable de l’ARPT fera le point sur l’évolution du marché de la téléphonie mobile depuis son démarrage jusqu’à aujourd’hui. Pour lui c’est la qualité et les prix qui sont les critères qui font un bon opérateur. Il dira que l’ARPT, dans ses prérogatives, effectue des évaluations annuelles de la qualité des services des trois opérateurs. Il soulignera que l’autorité a relevé au début, quelques lacunes et dérapages de la part des opérateurs, «qui ont vite été réparés». Il annoncera dans la foulée qu’au mois de septembre, l’autorité a lancé une opération d’évaluation pour deux opérateurs, sans mentionner lesquels, pour les localités de plus de 2000 habitants. Les résultats seront connus fin octobre. «Le marché est aujourd’hui construit. Il n’est pas parfait, mais positif», estimera le patron de l’ARPT. Plus loin, en réponse à une question sur la concurrence, l’orateur soulignera que «la vraie concurrence n’est pas encore là, mais les indicateurs qui l’annoncent sont là», même s’il reconnaît que les prix sont largement en faveur du consommateur. En annonçant un taux de pénétration de 50% du marché de la téléphonie mobile, M. Belfodil avouera que les prévisions faites par l’Autorité ont vite fait de devenir caduques, face à l’emballement rapide du marché. «Les 11 millions d’abonnés qu’accumulent les opérateurs, nous les avons prévus pour 2008», notera l’intervenant. Ce chiffre, tient-t-il à souligner, se base sur le nombre de lignes activées. René Patoine, DG de Watania Télécom Algérie (WTA) : «Nous avons contribué à démocratiser les nouvelles technologies dans le marché de la téléphonie en Algérie» Le patron de Nedjma axera l’essentiel de son intervention sur l’ascension fulgurante du marché algérien, qui a coïncidé avec l’arrivée du koweitien, ainsi qu’aux multimédias, comme choix stratégique de développement. Nedjma couvre, selon son DG, 55% de la population algérienne. René Patoine dira que WTA a consenti d’énormes investissements pour le développement de son réseau qui supporte la voix et les technologies multimédias (GPRS, MMS). «Les multimédias se sont démocratisés en Algérie, et sont entrés dans les habitudes des Algériens », affirmera en substance l’intervenant. Actuellement, Nedjma cumule 1,2 million d’abonnés en un peu plus d’un an de présence, avec 11% de parts de marché. Questionné sur le phénomène en vogue en Algérie, celui du «Bip», le patron de Nedjma estimera que c’est la cherté des prix au début, qui ont favorisé l’apparition de ce «mode de communication», une particularité du marché algérien. «Maintenant que les prix sont plus accessibles, car il n’y a pas de raison que l’Algérien paye plus que les autres, cette habitude tendra à s’estomper», notera-t-il. Hachemi Belhamdi, P-DG de Mobilis : «Nous attendons beaucoup de l’ouverture du capital d’AT» D’emblée, le principal manager de la filiale mobile de l’opérateur historique, soulignera comme en réponse à son concurrent, que le réseau de Mobilis est «complètement en GPRS et EDGE». «Les nouvelles technologies sont une question d’investissement», tient-il à souligner. Il sera ensuite invité à s’exprimer sur les raisons du retard qu’a accusé l’opérateur public dans son développement. Comme réponse, il préfère positiver : «Nous avons hérité d’un réseau et d’un savoir-faire». Et d’ajouter : «Aujourd’hui nous assurons une maîtrise parfaite de notre progression. Nous oeuvrons à concrétiser une stratégie dictée par nos engagements en qualité d’entreprise publique». S’exprimant sur l’ouverture du capital de l’entreprise mère, Algérie télécom (AT), Hachemi Belhamdi assure voir d’un bon œil cette ouverture. «Nous avons beaucoup à attendre d’une telle opération, en termes d’apport financier, d’expertise et d’autres aspects», a-t-il estimé. Des aspects positifs, il y en aura également avec l’emprunt obligataire que l’opérateur compte lancer dans quelques temps, ce qui lui permettra de lever des fonds nécessaires au renforcement de la croissance de Mobilis. Un emprunt, dont le patron de l’opérateur public, taira le montant face à ses concurrents. Mobilis compte actuellement un peu plus de 3 millions d’abonnés, «une prouesse en si peu de temps». Hassen Kabbani, DG de Orascom Télécom Algérie (OTA) : «Algérie Télécom nous doit 10 milliards DA en tarifs d’interconnexion » «Nous sommes fiers de ce qu’on a fait tous ensemble pour le marché de la téléphonie mobile en Algérie». C’est par cette phrase, lancée à ses concurrents et néanmoins voisins de table, que le manager de Djezzy, entame son intervention lors de ce débat. Par un exemple très significatif, Hassen Kabbani, résumera l’extraordinaire mutation du marché de la téléphonie chez nous : «Au début, il a été recensé 1 ligne téléphonique mobile pour 200 habitants. Maintenant, c’est 1 ligne pour 3 habitants». Pour le premier responsable d’OTA, le secteur des télécoms est un modèle de réussite, dont doivent s’inspirer les autres secteurs. Il rappellera que l’opérateur a dépassé le cap de 6 millions d’abonnés actifs. En termes de l’introduction de nouvelles technologies, l’intervenant soutiendra que la stratégie d’OTA diffère de celles des autres concurrents, en ce sens que la priorité chez Djezzy est accordée aux communications par la voix. «Notre stratégie est basée sur les attentes du consommateur, nos études montrent que l’engouement pour les technologies multimédia n’est pas encore au rendez-vous. La priorité est donc au service de la voix», argumentera-t-il. Pour étayer sa thèse, le boss d’OTA, met en avant l’épaisseur de son parc d’abonnés, qui offre, di-t-il, «un échantillon assez représentatif de la population algérienne, pour analyser les habitudes et les comportements des consommateurs». Selon ses propos, «le marché doit être éduqué, et il faut laisser le temps aux consommateurs de digérer tous les nouveaux services». Au moment où l’animateur aborde la question, combien pertinente, de l’interconnexion, le manager d’OTA, sauta sur l’occasion, tout en regrettant l’absence du premier concerné, le P-DG d’AT, pour réitérer ses critiques en direction des tarifs actuels de l’interconnexion pratiqués par Algérie télécom, qu’il considère comme injustifiés. «L’activité doit être orientée vers les coûts», soutient-il. Et de poursuivre : «on n’a pas le droit de surtaxer, mais juste de couvrir les coûts». Kabbani, se disant pas convaincu par les tarifs appliqués par AT, appuiera ses affirmations par des exemples. «AT nous facture le droit d’accès au réseau et la localisation des appels entre 15 000 et 20 000 DA le m2», expliquera-t-il en soulignant que ces prix doivent être moins chers, car, selon lui, cela va se répercuter négativement sur les tarifs proposés aux consommateurs. Il estimera les créances d’AT envers OTA à 10 milliards de DA en tarifs d’interconnexion. L’ARPT a été saisie à cet effet. D’aucuns soupçonnent en ce conflit entre l’opérateur historique et l’opérateur mobile, la raison du désistement du P-DG d’Algérie Télécom.

Elias Ben