La nouvelle de la libération de l’entrepreneur Omar Rabahellah a vite fait de faire le tour de toute la daïra de Maâtkas et des régions avoisinantes.
Il faut dire que les Maâtkis et les Souk El Teninois ont retrouvé le sourire, après une semaine d’inquiétude, d’angoisse, mais aussi de mobilisation et de solidarité. Rappelons que la victime a été libérée par ses ravisseurs dans la nuit de mercredi passé aux environs de 22 h, au lieudit Ighil Oumenchar, là où le véhicule de la victime a été retrouvé au lendemain de son kidnapping (jeudi 26 avril). Les ravisseurs ont téléphoné au frère aîné de la victime pour qu’il vienne le récupérer dans la nuit. Vers 23 heures, Omar a pu, enfin, rentrer chez lui, sain et sauf, bien que fatigué las et légèrement amaigri. Signalons que ses amis, et tout ceux qui ont appris la bonne nouvelle de sa libération, ont immédiatement rejoint son domicile pour s’assurer de la véracité de la bonne nouvelle. Kaci Haddad, un de ses amis, dira avec beaucoup d’émotion : « J’ai appris la nouvelle aux environs de 23h30. Je n’ai pas hésité à effectuer le déplacement chez lui. Je ne pouvais pas patienter jusqu’au matin. Je devais voir Omar de mes propres yeux pour être sûr. En entrant chez lui, j’ai compris que l’ami était vraiment de retour. La joie était indescriptible, Dieu merci !». Rappelons aussi que la veille de la libération d’Omar, la coordination des comités de villages avait appelé à une demi-journée de grève et à un rassemblement à la placette du chef-lieu communal de Souk El Tenine. Même si l’heureuse nouvelle s’est vite répandue, les citoyens ont répondu à l’appel et sont venus nombreux au rassemblement. Les membres de la coordination ont alors dû changer leur déclaration dans la matinée.
Grève d’une demi-journée et grand rassemblement à Souk El Tenine
En ce jeudi, normalement jour de marché à Souk El Tenine, les commerces, les boutiques, les administrations et les écoles sont restés fermés dans leur totalité au niveau de toute la daïra de Maâtkas. Les citoyens, grands et petits, ont afflué à la placette de Souk El Tenine qui s’est avérée exiguë pour contenir toute la foule présente. Les membres de la coordination des comités de villages de Sidi Ali Moussa s’activaient à la canalisation de la grande foule. Mr Kermous, un membre de cette coordination a été chargé de lire une déclaration, il dira : « Nous remercions d’abord Dieu, pour avoir protégé Omar tout au long de sa captivité. Et, aussi, chapeau bas à toute la population de Maâtkas pour sa mobilisation et sa solidarité pendant les huit jours de captivité de notre frère Omar. Aujourd’hui, si notre frère a été libéré c’est grâce à vous tous. Nous appelons les autorités concernées et les services de sécurité à assurer la sécurité des citoyens et de leurs biens, conformément à la constitution. Certes, Omar est revenu, mais à quel prix… sera-t-il la dernière victime ? Nous voulons que le sentiment d’insécurité soit anéanti dans notre Kabylie et pour cela, l’Etat doit être présent partout et pour tous !». Pour sa part, le porte-parole de la coordination, qui n’est autre que le P/APC de Souk El Tenine, ajoutera dans le même ordre d’idée : « Les Maâtkis ont, une nouvelle fois, démontré leur solidarité légendaire. C’est grâce, d’ailleurs, à cet élan que notre frère Omar est de retour. Nous n’allons pas abdiquer face à l’insécurité qui plane sur notre région. La vigilance, la mobilisation et la solidarité sont, pour l’instant, notre seule arme face à l’acharnement des malfrats de tous bords. Quant au laxisme et au laisser-aller des services concernés, c’est une autre histoire. Notre région est qualifiée de zone rouge et la présence des forces de sécurité est trop insuffisante, et même inexistante. A Souk El Tenine, nous ne disposons ni d’une brigade de gendarmerie, ni d’un groupement de BMPJ et, encore moins, d’une caserne ou d’une sûreté urbaine. C’est à se demander si cette situation de peur n’est pas voulue? Soyons vigilants, solidaires et unis !». La foule s’est ensuite dispersée dans le calme et les citoyens n’ont pas manqué d’aller rendre visite à la victime et à sa famille.
L’entrepreneur raconte sa captivité
En compagnie de plusieurs collègues et autres citoyens, nous avons effectué à pied, un trajet d’à peine un kilomètre pour rejoindre le domicile d’Omar. Tout au long de l’itinéraire, nous n’avons vu que des visages souriants. Les Maâtkis ont, en effet, en retrouvant l’un des leurs, ont aussi retrouvé leur sourire. Une ambiance de fête s’est, du coup, installée dans la localité. Nous avons alors cherché à rencontrer Omar, le jeune entrepreneur qui n’est âgé que de 42 ans. Un homme souriant, mais fatigué et amaigri, selon ceux qui le connaissent, nous a accueilli en toute modestie. Après les présentations, Omar se mit à raconter son calvaire : « J’étais dans mon bureau, à Bouhamdoun, en compagnie de quelques amis, quand subitement, trois hommes armés ont envahi les lieux. Il devait être 20h30. Ils m’ont intimé l’ordre de monter dans mon véhicule, côté chauffeur, et je m’y suis exécuté. Une fois à Ighil Ouménchar, on me demanda d’arrêter la voiture et de descendre. On m’a aussi demandé d’appeler mon frère pour l’avertir de mon enlèvement et de venir le lendemain récupérer le véhicule. A partir de là on m’a bandé les yeux, je ne voyais plus rien. Je sais que nous avons marché une bonne partie de la nuit et, au cours de la marche, j’ai trébuché et je me suis blessé à la tempe, ils ne m’ont mis que du Dakin. Chose qui m’a rendu malade pendant les premières journées de ma détention. Ils m’ont installé dans une hutte, en pleine foret, s’était le silence radio… plus aucun contact avec le monde extérieur. C’était des hommes religieux, et bien qu’ils ne portaient pas de barbe, ils usaient d’un langage purement religieux. Ils devraient tous avoir moins de 45 ans. Durant les trois premiers jours, on ne me donnait que de la tisane. Puis des pâtes et des frites. Ils ne m’ont, à aucun moment, brutalisé ou maltraité ils me disaient à chaque fois que ma libération se fera incessamment. Ils ne m’ont chargé d’aucun message à transmettre ». Questionné sur les raisons de son kidnappings et si une éventuelle rançon a été exigée, l’ex otage répondra : « Vous savez, ils ne m’ont pas enlevé pour ma baraka. La chose dont ils ont besoin, tout le monde la connaît. De toutes les manières, à moi, ils n’ont rien demandé. Ils ont utilisé mon portable pour joindre ma famille. Je m’attendais, depuis longtemps, à ce genre d’acte. Etant entrepreneur, donc une cible potentielle, je savais qu’un jour ou un autre, ils m’auront. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’ai pas eu vraiment peur. Bref, hier (mercredi 2mai) dans l’après-midi, ils m’ont ramené des vêtements propres et m’ont dit que dans la soirée, je serai libéré. C’est ainsi qu’ils m’ont déposé à Ighil Oumenchar, vers les coups de 22h. Mon frère était venu me récupérer. Enfin, je voudrai remercier toute la population de Maâtkas ainsi que la presse, pour leur solidarité et leur mobilisation pour ma libération ».
A. B.

