La campagne s’emballe à Akbou

Le ronron politique est fini depuis hier à Akbou. La campagne est subitement emballée par deux déclarations publiques émanant des listes en concurrence dans cette seconde ville de la wilaya de Bgayet qui compte 25 000 électeurs. Les candidats donnent de la voix et fatalement quelques babillages et autres commérages. Libéré de la concurrence traditionnelle du RCD qui est « scandaleusement » hors course dans cette ville, le FFS s’est vite découvert de nouvelles têtes de Turcs. Dans une déclaration largement placardée sur les murs de la ville, le parti d’Aït Ahmed charge violemment une liste de non-partisans (« indépendants » étant un mot trop équivoque) accusée, en somme, d’être porteuse des intérêts du pouvoir en place. « Le pouvoir mise dans chaque localité sur une liste ‘’indépendante » dans notre commune, cette liste est composée essentiellement d’éléments connus de tous pour leur appartenance politique, sa matrice originelle est constituée de militants FLN désavoués dans la région », écrit la section Moussa Abouchi. Ainsi est baptisée la structure FFS d’Akbou en hommage au maire de Béni Ourtilane tombé raide mort en plein meeting organisé dans cette ville en protestation contre les premiers accords gouvernement-archsAprès les généralités politiques, le FFS revient au simple droit commun. Il accuse particulièrement un élément de cette liste, plus précisément le responsable du Croissant-Rouge algérien (C-RA), de détournement des produits de la bienfaisance et de la solidarité à des fins électorales. Une accusation, soi dit en passant, assez grave et assez circonstanciée pour mériter un traitement judiciaire. Qu’est-ce qui pousse donc le grand FFS à s’intéresser autant à des adversaires « désavoués dans la région » et frappés par autant de malchance. Favori « normal » de ces élections, le parti, qui a souffert de vives luttes internes lors du processus de confection de sa liste, semble étaler par là, une certaine angoisse. En s’attaquant avec une telle virulence à une liste adverse, il élève quelque part au rang de sérieux outsider, estiment des observateurs. Une autre équipe électorale fait, presque simultanément avec le FFS, une déclaration pour le moins curieuse. Empruntant des tons que n’aurait pas désavoués le RCD, orphelin d’une liste dans cette ville si importante, elle affirme que les évènements de Kabylie ont été « provoqués » dans le but de recomposer le paysage politique local et se déclare être une « alternative pour la construction et l’émergence de valeurs citoyennes et démocratiques ». Le propos est ensuite d’une drôlerie guignolesque. Les rédacteurs de cette déclaration avouent le plus normalement du monde, n’avoir rallié un parti politique, le FNA en l’occurrence, que comme un pis-aller. « Face aux contraintes administratives de collecte de signatures, la liste indépendante l’initiative citoyenne » a opté pour le parrainage d’un parti sans ancrage et non concerné par les enjeux locaux », écrit-on sans ciller. « Le Front national algérien est celui qui a répondu favorablement à notre principale doléance, celle de l’autonomie de notre démarche (programme, liste, stratégie) », explique encore ces candidats qui n’ont manifestement pas les moyens de l’ »indépendance » qui coûte, ici, le parrainage de quelques 1 200 électeurs. Tout compte fait, cette déclaration vient avec celle du FFS signer un début bruyant d’une campagne électorale trop amorphe jusque-là.

M. B.