Zbarbar a du mal à se remettre

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La commune de Zbarbar, relevant de la daïra de Lakhdaria, à 60km à l’ouest du chef-lieu

de la wilaya de Bouira, se débat toujours dans la précarité et le dénuement.

Le chômage, selon les statistiques de 2011, touche près de 35% de la population de moins de 40ans et les projets de développement sont quasi-inexistants.En effet, cette région frontalière avec la wilaya de Médéa, a énormément souffert des affres du terrorisme durant les années noires qu’a connues le pays. Ce drame, a plongé cette localité dans l’isolement et l’abandon les plus absolus. Aujourd’hui, les séquelles des années de braises sont encore palpables dans l’esprit des citoyens. Ces derniers, tentent de relever la tête en aspirant à des lendemains meilleurs : « Le passé est derrière nous ! Nous essayons de regarder vers l’avenir », nous ont confié les quelques villageois croisés sur les lieux. Cependant, cet espoir de rompre avec un passé obscure s’écrase contre une muraille, dénommée sous-développement.

La misère à perte de vue !

En effet, Zbarbar souffre d’un retard criant en matière d’aménagement urbain, les commodités des plus rudimentaires y sont inexistantes, sans parler d’infrastructures et de projet structurants. Parmi les carences enregistrées, on retrouve en tête de liste les sempiternels raccordements au réseau d’AEP et celui du gaz naturel. Pour rappel, durant l’hiver dernier, cette commune a été parmi les régions les plus dévastées par les tempêtes. Perchée sur les hauteurs, elle s’est retrouvée, avec d’autres communes telles que Maala et Guerrouma, carrément coupée du monde. Et comme si cela ne suffisait pas, la majeure partie des hameaux qui composent cette municipalité ne sont guère raccordées au réseau d’alimentation en eau potable. Pourtant, les eaux du barrage de Koudiat Asserdoune, relevant de la commune de Maala toute proche, devraient profiter aux habitants. Autre point noir relevé celui relatif à l’aménagement des routes menant à cette localité enclavée. Ainsi, tout au long du CW°1 reliant Zbarbar aux autres localités, aucune route bitumée, aucun chemin balisé ni même le moindre petit tronçon aménagé. Tout n’est que sentiers sinueux, pistes cabossées et où les nids de poules et autres crevasses sont légions. Le parfait exemple de ce délabrement, on le retrouve dans le petit village de Thaalbia, à une dizaine de kilomètres du chef-lieu communal. Ce bourg, perdu au beau milieu du massif montagneux de Sidi Khaled, est très difficile d’accès, pour ne pas dire impraticable à certains endroits. D’ailleurs au cours de notre ascension, nous avons dû nous aider d’un mulet. Une fois arrivé à ce village, notre guide Dahmane, nous a montré les endroits où les pires exactions ont eu lieu durant l’année 1994 : « non loin d’ici, et plus exactement au lieudit El kharba, près d’une vingtaine d’innocents furent égorgés par les terroristes ». Un peu plus loin, les villageois peu habitués à recevoir de la visite, ce sont montrés méfiants à notre égard : « Qui êtes-vous ? Que venez-vous faire ici ?», telles étaient leurs premières paroles. Ensuite et après avoir été rassurés par notre guide, ces villageois, nous ont asséné un cinglant : « Vous venez voir la misère ? Et bien vous êtes le bienvenu ! ». El Hadj Omar, patriarche d’une famille composées d’une dizaine de personnes a tenu à nous confier : « Ni les autorités locales ni le wali ne se soucient de notre sort. Nous vivons au jour le jour, jusqu’à ce que mort s’en suive ». Et d’enchaîner : « J’ai 76 ans, j’ai vécu la guerre, puis les années de terrorisme. Je peux vous affirmer une chose, nous ne survivons que grâce à la volonté du Seigneur. Sinon, les pseudos élus et autres responsables, tout cela n’est que vide », a-t-il dit sèchement. Ces témoignages poignants, reflètent bien l’exaspération et le désespoir de ces villageois ‘’ oubliés’’, comme ils se définissent eux-mêmes.

Chef-lieu : Ville fantôme !

Sur le chemin qui conduit à la ville de Zbarbar, on aperçoit un jeune d’à peine 13 ans, portant sur ses frêles épaules un jerricane d’eau d’un volume supérieur à 25 litres. Interrogé à ce propos, le petit Mnaouar, c’est son prénom, nous répondit avec espièglerie : « Je fais de la musculation, c’est évident non ? », avant de prendre un air plus sérieux en déclarant : « Je suis parti remplir de l’eau à la source qui se trouve en contrebas de cette colline, elle est à une dizaine de kilomètres d’ici », nous a-t-il indiqué. Arrivés au niveau du chef-lieu de cette municipalité une odeur nauséabonde nous accueillit. Elle provenait de la décharge communale, située juste à l’entrée de ‘’ la ville, si l’on peut appeler ce chef-lieu ainsi. En effet, le centre-ville de Zbarbar se trouve dans un état des plus lamentables : chaussée délabrée, insalubrité ambiante, rues désertes, les cafétérias vides et les autres commerces tournent au ralenti. Même le siège de l’APC a des allures de base abandonnée. Les rares citoyens croisés sur les lieux, nous ont précisé : « Presque tous les habitants sont descendu à Lakhdaria, soit pour travailler soit pour passer le temps, à Zbarbar, il n’y a absolument rien à faire ! ». Allal, 26 ans, chômeur de son état n’est pas allé avec le dos de la cuillère en parlant du premier magistrat de sa commune : « Le maire est un grand fainéant ! Il passe ces journées à gambader un peu partout, au lieu de s’occuper de sa ville ! Vivement qu’il s’en aille », a-t-il conclu. En s’enfonçant plus dans cette ‘’ ville fantôme’’, nous avons constaté que l’éclairage public y faisait cruellement défaut, de plus les canaux d’assainissements étaient d’une vétusté déconcertante. Bref, un état des lieux peu reluisant ! Au terme de cette virée à Zbarbar, nous pouvons aisément dire que cette commune est frappée par une sorte de ‘’malédiction’ ’. Misère, dénuement et enclavement sont le lot quotidien de la population. Les paroles d’El Hadj Omar, du petit Mnaouar, de Allal et tant d’autres citoyens résonnent encore dans notre esprit. Ces citoyens de tous âges, avaient un seul mot à la bouche : « Nous sommes abandonnés par ceux qui sont censés veiller sur nous ! ».

Ramdane. B.

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