Le semblant de quiétude affichée jusque-là par certains élus communaux n’a été, finalement, que la face apparente de l’iceberg. Et, c’est à une guerre de coulisses que tout ce beau monde s’était livré avant que la vérité n’éclate au grand jour. De malaise en malaise, de mal en pis, les choses communales, au niveau de la ville de Bouira, une municipalité de près de 100. 000 habitants, sont allées en se dégradant à tel point que la face cachée a fini par apparaître dans toute sa nudité. D’aucuns savaient, car c’était un secret de polichinelle, que les relations entre le premier magistrat de la commune et les autres élus n’étaient pas au beau fixe et des tentatives de « mise à l’écart du maire » ont eu lieu sans grand succès. Mercredi dernier, la récidive. Une assemblée générale ordinaire a été provoquée justement pour « entendre » le maire de la ville en vue de donner des explications sur « certains points ». Ces derniers se trouvent dans un document, dont une copie nous a été remise lors de cette AG, établie et consignée par douze élus communaux sur les quinzaines (un vice-président, un délégué spécial, quatre présidents de commissions, cinq membres de commission et uns élu sans mission spéciale), que compose l’assemblée populaire communale. De prime abord, les signataires accusent le maire « d’exercer un pouvoir sans partage, sans discernement et marquée par une versatilité et des volte-face exacerbées ». Dans le même document les douze contestataires traitent le maire « d’arrogant et d’omnipotent qui, au lieu de rassembler autour de lui les élus, les fonctionnaires et les travailleurs, sèment la division et le doute afin de régner seul en maître ». Les élus signataires du document ont poursuivi leur « réquisitoire » en accusant le P/APC d’avoir « déstabilisé complètement l’administration en opérant à des changements de fonctionnaires compétents par d’autres qui sont loin d’avoir le profil requis et l’expérience souhaitée ». En outre, il est reproché au maire de la ville de « ne pas avoir respecté ses engagements vis-à-vis des autres élus en ce qui concerne la tenue des réunions périodiques, tous les quarante cinq jours mais convoque les assemblées qu’à l’occasion du budget supplémentaire (BS), ou du budget complémentaire (BP) ». « Pis encore, lit-on dans le document, le président de l’APC qui ne daigne pas se réunir et communiquer avec son exécutif s’évertue à privilégier le travail direct avec certains agents acquis, bafouant ainsi tout esprit d’organisation, de discipline et de respect de la hiérarchie ». Ainsi, les « insurgés » invoqueront, dans le document, des exemples concernant « ces abus de pouvoir »: « Autorisations illégales distribuées à la tête du client (le cas du kiosque situé près de la mosquée Ibn Badis et d’une bâtisse située au niveau du CFPA Malika Gaïd est cité par le lecteur du document), des recrutements pléthoriques et orientés dans le cadre des cinq heures, harcèlement des fonctionnaires engendrant des demandes de mutation ou des démissions, prise de décisions engageant l’assemblée sans son avis, ni son consentement, non respect de la réglementation concernant certains marchés, ce qui engendre des conflits avec des entreprises à l’exemple de marchés à bestiaux (…), attribution de marchés sans consultation et le transport de personnes étrangères à l’APC, dépenses abusives dans l’équipement de certains établissements étranger à l’APC (…) utilisation d’un logement, bien de l’Etat (OPGI), à des fins personnelles et son aménagement par les travailleurs de la commune par les fonds de la commune dont nous détenons la liste des matériaux utilisés ainsi que la liste des travailleurs qui ont réalisé les travaux ». Ce sont là les principaux griefs contenus dans le document qui s’est avéré être un « fascicule de retrait de confiance au président de l’APC et signé par la quasi-totalité des élus de la commune. Coup de théâtre, alors que la cause semble être entendue et que la défiance allait aboutir, un élu, pourtant présent à l’assemblée et ayant signé pour le retrait de confiance, a gardé le bras baissé au moment où les autres signataires présents (neuf au total) avaient levé le leur pour approuver le retrait. Le quorum n’est pas atteint (neuf voix sur quinze, soit moins de deux tiers exigés par la loi en vigueur), la tentative de retrait de confiance n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau.
Constructions illicites impunies ?
A propos des deux cas de construction illicite, lors de l’assemblée générale, La Dépêche de Kabylie détient des documents dont l’un est une correspondance d’un élu de la commune, adressée le 4 octobre 2005 au premier magistrat de la wilaya. Dans la missive, il est mentionné que « la police d’urbanisme a constaté une construction au niveau du centre de formation professionnelle Malika Gaïd. Un procès-verbal d’injonction (n°47/2005) a été adressé au directeur du centre comme le stipule la réglementation. Puis un arrêté de démolition (n337/2005) a été notifié par le P/APC audit directeur. Le chef de cet établissement osera une demande de permis de construire (courrier n°1014/DEP/SAMS/2005). Demande qui sera rejetée, en date du 21 septembre 2005, par le maire de la ville de Bouira (courrier n°1361/05) justifiant ce refus par le fait que cette construction a déjà fait l’objet d’un arrêté de démolition. Ledit arrêté n’aura pas fait d’effet et la bâtisse est restée en l’état, le 25 septembre de la même année, le P/APC saisira le chef de brigade de la police d’urbanisme (courrier n°1361/SU/2005) pour l’interpeller sur la non-exécution de l’arrêté en question et lui demande de programmer la démolition dans les délais les plus courts. Le lendemain, le maire reçoit, de la part du directeur de l’urbanisme et de la construction de la wilaya, une correspondance (courrier n°2330/DUC/URB/2005) par le biais de laquelle il donne son avis favorable pour la poursuite des travaux de construction de ladite bâtisse et ce, sans que le dossier de permis de construire n’ait transité par les services de l’urbanisme de la commune comme le prévoit la réglementation. La boucle es bouclée lorsque, en date du 1er octobre 2005, le P/APC annule l’arrêté de démolition par un autre arrêté (n°351/2005). Pourtant, les arrêtés municipaux ne sont annulables que par la tutelle ou la chambre administrative. Par ailleurs, et concernant la deuxième bâtisse illicite (le kiosque situé à la rue Rahim Galia), le wali (sous couvert du chef de daïra) a, dans une correspondance daté du 27 août 2005, sous le n°623/DAB, demandé expressément au maire de prendre des mesures nécessaires pour la démolition de la construction en préfabriquée et rénovée en dur sans permis de construire des services techniques compétents. Mais, jusqu’à l’heure, rien n’a été fait dans ce sens et l’injonction du wali est resté lettre morte.
Les matériaux et les travailleurs de la commune sont-ils réellement exploités à des fins personnelles ?Parmi les points soulevés par les élus opposants au maire lors de l’assemblée générale, celui de « l’utilisation des matériaux et des travailleurs de la commune dans le logement du P/APC ». Le maire, lors des explications qu’il avait données, ne dira rien à ce sujet. Pourtant, une liste de huit noms (celle des travailleurs réquisitionnés) et une autre de tous les matériaux utilisés figuraient dans le fasciculeDe plus, de bons de sortie du magasin de ces matériaux existent également. Où est la part de vérité dans tout cela ?
Démission du premier vice-président de l’APCLe premier vice-président de l’APC, Hamadi Kaci, a démissionné de l’exécutif de l’APC. Selon lui, cette décision est motivée par le fait qu’il « se sent en porte-à-faux avec les décisions que le président de l’APC prend unilatéralement sans associer les autre élus et la façon dont il gère la commune. Toujours selon le vice-président, « cette décision est la meilleure solution dans l’intérêt des citoyens et des travailleurs de l’APC ».
B. Mechoub
