Les paris de l'Algérie d'aujourd'hui

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Depuis mai 2012, l’Algérie entre dans une phase délicate de son histoire institutionnelle. En effet, rien que par la cadence et l’agenda des élections récemment passées ou prévues pour les prochains mois, l’on se rend compte des différents défis que sera appelé à relever le pays. Cela va, en allant dans le sens ascendant de la pyramide, des assemblées locales (APC et APW) qui seront renouvelées à la faveur du scrutin du 29 novembre prochain, aux présidentielles d’avril 2014, en passant par les législatives, qui ont fait installer une nouvelle Assemblée nationale le 10 mai dernier, et la révision constitutionnelle devant intervenir au cours de l’année 2013. C’est un rythme qui peut donner le  »tournis », particulièrement lorsqu’on considère certaines analyses sociologiques, qui font état d’un déficit de culture politique et culturel qui puisse soutenir une telle  »noria » d’échéances électorales. À cela, se greffe une configuration non définitivement stabilisée du paysage politique national, faisant que, aux courses électorales lancées depuis le printemps dernier, et qui vont jusqu’au premier semestre 2014, participent  des partis qui ont d’inégales chances. Certains sont là depuis 23 ans; d’autres ont été agrées il y a à peine deux mois. En tout état de cause, et quelle que soit la longueur d’avance des uns et l’état d’impréparation des autres parmi les acteurs politiques nationaux, le processus de  »mise à jour » institutionnel, mis sur les rails depuis mai dernier, aura pour point d’orgue l’échéance de la présidentielle d’avril 2014. L’idée première qui s’est imposée lors de la formation du gouvernement Sellal est que la non reconduction d’Ouyahia et Belkhadem servirait ces deux personnalités politiques lors de la présidentielle. Néanmoins, les guerres intestines qui continuent à miner leurs partis respectifs jettent un doute sur cette perspective, qui paraissait pourtant aussi limpide que politiquement logique. Alors qu’il paraissait stoïque et imperturbable face à la  »mini-crise » que voulait installer, il y a quelques mois, Nouria Hafsi au sein du RND, Ouyahia semble, cette fois-ci, sérieusement visé puisqu’on a mobilisé contre lui des membres du parti, supposés  »poids lourds », conduits par l’ancien ministre Yahia Guidoum. Quant au secrétaire général du FLN, il n’est pas, lui non plus,  »lâché » par ceux qui ne juraient que par son départ depuis maintenant plus d’une année. Ce fouillis de la carte politique n’a évidemment aucune vertu de lisibilité permettant, par exemple, de situer dès maintenant les grands acteurs des présidentielles et de dessiner, éventuellement, une quelconque tendance. Ce manque de visibilité évacue, du même coup, l’évocation des grands thèmes que se sont, un certain moment, « permis », les candidats aux législatives du 10 mai dernier. L’on se souvient, en effet, que certains partis, particulièrement ceux de l’Alliance verte, se voyaient déjà majoritaires à l’Assemblée et que, de ce fait, ils avançaient leurs fantasmagories quant au schéma qu’allait prendre le régime politique sous leur règne. L’Alliance verte insistait sur la nécessité d’aller vers un régime parlementaire qui lui permettrait de mettre en minorité le président de la République et d’importer les idées aventureuses auxquelles a abouti le  »Printemps arabe », à savoir les régimes islamistes. De son côté Belkhadem, en restant logique avec ses attitudes faites de sournois glissements vers d’hypocrites compromis, tenta de couper la poire en deux, en  »suggérant » un régime semi-présidentiel. C’est là un débat, disions-nous, momentanément relégué en raison de l’opacité qui grève, pour l’instant, cette échéance majeure de la vie de la nation. Sans doute, dans quelques mois, à l’occasion de la révision de la Constitution, ces préoccupations rebondiront chez les partis qui chercheront un positionnement stratégique pour les présidentielles. En dehors de ces interventions saccadées, sporadiques et politiquement intéressées des formations politiques, l’on n’a pas vu un quelconque bouillonnement intellectuel, alimenté par des « brain-trust » ou des  »think-tank »   se pencher sur ces questions qui ne manqueront pourtant pas de peser de façon décisive sur le futur immédiat du destin politique des Algériens. Le virage est d’autant plus déterminant que les grandes interrogations inhérentes aux chamboulements de l’aire géographique arabe n’ont pas encore complètement tari. Non encore remise de ces soubresauts de l’histoire, cette région, et ce qui en constitue la périphérie sahélienne, sont appelés à faire face à d’autres  »douleurs atypiques » du genre conflit malien. Ce dernier est loin de s’inscrire dans un cadre autonome; même s’il est nourri d’antécédents historiques avec l’  »irrédentisme » azawad, il est, dans sa configuration actuelle, le prolongement direct de l’extension de l’aire d’El Qaïda permise par la « révolution » libyenne. Donc, outre des défis majeurs, liés à la redéfinition de la perspective démocratique « intra-muros », l’Algérie fait face à plusieurs challenges liés à la grande géostratégie mondiale. Avec la carte politique actuelle et le cadre institutionnel auquel elle donne naissance, l’Algérie pourra-t-elle se donner les moyens de rebondir, de tracer un avenir moins incertain à sa jeunesse, d’ « autonomiser » son économie par rapport au poids écrasant de la rente pétrolière,  et, enfin, de redéfinir sa place dans l’arène régionale et mondiale?

 Amar Naït Messaoud

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