Le HCDS à pied d’œuvre

Bien qu’elle soit considérée comme wilaya du Nord, Bouira a un pied dans les Hauts-plateaux du centre. Ainsi, écologiquement, le territoire de la wilaya se divise en deux entités : la région semi-aride du nord avec des poches de micro-zones humides (Djurdjura) et la région sud qui s’ouvre sur la steppe centrale. Le processus de désertification qui affecte cette portion du territoire a commencé il y a longtemps et il découle de plusieurs facteurs naturels et anthropiques. Les communes des daïras de Sour El Ghozlane et Bordj Okhris situées à la limite avec la wilaya de M’sila sont en effet caractérisées par un couvert végétal très rare (réduit souvent à l’alfa et à l’armoise), une forte dégradation des sols due à l’érosion et une pluviométrie ne dépassant guère les 250 mm par an. L’activité économique traditionnellement dominante étant l’agropastoralisme (élevage ovin et céréales), ce qui a contribué à appauvrir davantage les sols aboutissant à une productivité très faible et à une offre fourragère de plus en plus en régression. Le constat a été établi depuis la période coloniale où cette région était classée comme « zone du mouton » faisant partie d’un grand ensemble géographique allant de Naâma (Ouest) jusqu’à Bir El Ater (Est). Et c’est pourquoi les communes du Sud de la wilaya de Bouira ont été intégrées de facto dans le projet de la ceinture verte appelée « Barrage vert ». Le groupement des travaux forestiers (GTF) composé des soldats du contingent ont initié certaines actions de reboisement et d’ouverture de pistes rurales au début des années 1980. Lorsque les autorités civiles ont pris en charge la suite de ce projet au début des années 1990, les résultats des premières actions se révélèrent médiocres ; certains ont même été anéantis par les pâturages. Les plantations du mont Benabdallah, Djebel Zeccar, Djebel Dirah ont été presque totalement broutées par les troupeaux d’ovins. Le défaut de la cuirasse, comme l’établiront les constats ultérieurs, est que le projet de Barrage vert n’a pas pris en considération les dimensions humaine et sociale qui auraient pu lui assurer une certaine durabilité. En effet, reboiser des terres sur des centaines d’hectares en ne tenant nullement compte des espaces de parcours qu’il fallait préserver, des activités alternatives qu’il fallait créer, signifie aller droit à l’échec. C’est instruis de ces expériences malheureuses que les pouvoirs publics ont commencé à réorienter la politique de la lutte contre la désertification en l’intégrant à partir de l’année 2000, dans les programmes de développement rural. Outre la direction de l’agriculture et la conservation des forêts de la wilaya de Bouira, un troisième acteur de taille intervient depuis quelques années dans la mise en œuvre de la politique de l’Etat relative au développement rural. Il s’agit du HCDS (le Haut commissariat au développement de la steppe), dont la direction générale se trouve à Djelfa. Les communes steppiques ou pré-steppiques de Bouira (Ridane, Maâmora, Dirah, Hadjra Zerga, Taguedite), sont rattachées à l’antenne HCDS de M’sila. Cet organisme, tout en initiant pendant les années 1990 certains projets à caractère économique et social (comme les plantations fourragères), n’a pas pu imposer sa démarche sur le terrain en raison de la nature isolée de l’action initiée. Les plantations fourragères réalisées à Maâmoura ont été tout simplement détruites. C’est avec le lancement des PPDR (Projet de proximité de développement rural) que le HCDS est en train de revoir sa stratégie en vue d’actions intégrées embrassant les différentes activités économiques possibles dans les régions. Avec des actions financées par le Fonds du développement de la steppe (puits, forages, points d’eau, canaux d’irrigation, plantations pastorales…) et d’autres financées sur PCD et PSD (pistes rurales, ouvrages d’art, infrastructures et équipements sociaux…), les projets de proximité ont pour ambition de toucher tous les aspects de la vie économique et sociale d’une population pauvre, réduite à une « stratégie de survie » (selon un concept utilisé par une étude relative à cette région). On est arrivé à la conclusion que la lutte contre la désertification ne peut réussir que lorsqu’elle est intégrée dans une lutte globale contre la pauvreté, principal facteur de la dégradation du milieu physique et biologique. Actuellement,le HCDS pilote une vingtaine de projets de proximité dans les communes de la wilaya de Bouira situées aux portes des Hauts plateaux. Malgré quelques difficultés liées au problème du foncier et à la nature des mentalités, les premiers résultats de ces projets ont été jugés positifs par les bénéficiaires eux-mêmes.

Amar Naït Messaoud