Un rendez-vous qui intervient dans un climat souillé par les affaires – L'épreuve de crédit

Par Amar Naït Messaoud

En décidant de fêter le 42e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures sur le lieu même, Tiguentourine, où, au milieu du mois de janvier dernier, une action terroriste de grande ampleur a failli commettre l’irréparable sur de lourdes installations industrielles, poumon de l’économie nationale, et sur des centaines de vies humaines prises en otages, les autorités politiques algériennes tiennent à marquer l’intransigeance du pays face à des organisations criminelles qui ont tenté de porter atteinte à l’économie nationale, par un acte qui relève imparablement de l’internationale terroriste qui investit aujourd’hui de façon offensive et générale le couloir géographique des pays du Sahel. L’anniversaire d’un acte de souveraineté nationale, portant sur la récupération des ressources naturelles qui a eu lieu au début des années soixante-dix du siècle dernier, soit 11 ans après l’indépendance du pays, coïncide donc, cette année, avec ces visées funestes du terrorisme intégriste, lequel n’a pas pu exécuter ce genre de sale besogne pendant son apogée au milieu des années 1990. Il est vrai que la guerre au Mali, précédée d’une situation de chaos qui règne sur le territoire libyen, a largement aidé à la réalisation d’un tel objectif. Néanmoins, le jeu et le hasard des  »coïncidences » ne s’arrêtent pas là. En effet, quelques semaines après l’attentat de Tiguentourine, des « hallebardes » de mauvaises nouvelles pleuvent sur le secteur énergétique national, et principalement sur l’entreprise Sonatrach. Les affaires se suivent et révèlent de nouvelles facettes d’un drame national qui a pour nom corruption. Le « feuilleton » inauguré avec l’incarcération de l’ancien Pdg de la société Mohamed Meziane, déroule sa saga, dévide ses épisodes et montre quelques autres têtes d’une grande pieuvre allant de Rome à Ottawa. Dans cette capitale-ci ou dans celle-là ce sont naturellement les noms d’Algériens qui circulent, comme étant des parties ayant demandé et empoché des commissions sur les marchés, après que ceux des deux pays concernés eurent été identifiés comme corrupteurs. Une folle et dense toile d’araignée qui a eu raison de plusieurs millions de dollars, voire des milliards, d’une richesse qui appartient à la collectivité nationale. Jamais sans doute le niveau de malversation et de concussion n’a atteint le seuil qui est aujourd’hui le sien. L’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a donné en 2011, une partie de l’explication du phénomène: « les institutions publiques n’ont jamais eu à gérer autant d’argent que lors des derniers plans quinquennaux de développement ». Cela justifie-il le détournement et les actes de corruption? Lorsqu’on prend un tel  »argument » dans une vision de disqualifier- en matière de compétence, de moralité et de capacité managériales- les structures nationales chargées de la mise en œuvre des programmes de développement (plus de 600 milliards de dollars mobilisés pour les plans quinquennaux depuis 1999), on peu abonder dans le sens de la déclaration de l’ancien Premier ministre. Dans ce contexte, des experts nationaux ont tiré la sonnette d’alarme dès le milieu des années 2000, pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur la faiblesse de l’administration algérienne à manager des mégaprojets dont le montant s’exprime souvent en milliards de dollars. Ici, « faiblesse » signifie, à la fois, niveau insuffisant de formation des agents et des cadres par rapport à l’ampleur des projets, et salaires trop bas incitant à des « solutions » alternatives d’ « arrondir » ses fins de mois par des commissions et pots-de-vin. Le contexte y est d’autant plus favorable que des partenaires étrangers sont souvent sollicités, parfois pour des prestations anodines (le président de la République a eu à s’en plaindre pour le volet des études, et a même adressé une directive aux wali pour se passer de certaines études « fantaisistes » exécutées par des bureaux d’études étrangers). Au cours des années quatre-vingt-dix, la vox populi parlait, avec le sens de l’humour algérien, de la  »démocratisation » de la corruption; façon, pour elle, de signaler sa généralisation de la mairie d’une bourgade rurale jusqu’aux ministères. Aujourd’hui, nos humoristes sont, sans doute, appelés à revoir leur copie. La corruption est loin d’être « démocratique ». Elle manque d’ « équité »! Oui. Les révélations faites à Rome- après l’instruction du dossier du partenaire italien de Sonatrach, ENI-Saipem-, et au Canada- en approchant le dossier de contractualisation de SNC-Lavalin, toujours avec Sonatrach-, portent trois particularités. D’abord, elles impliquent de hauts responsables de Sonatrach, y compris l’ancien ministre de l’Énergie, Chekib Kheli, et ceux qui lui ont servi d’intermédiaires; ensuite, elles portent sur des montants astronomiques (parfois des milliards de dollars), que le commun des Algérien aura des difficultés à aligner lorsqu’il s’agit de les convertir en pauvres centimes algériens; enfin, des  »techniques » comptables et financière sophistiquées et frauduleuses ont permis de virer ce pactole dans des comptes bancaires étrangers au nom des heureux bénéficiaires, procédé qui est loin de l’obsolète sachet noir utilisé dans le scandale Khelifa ou autres. Donc, subitement, après la fausse accalmie qui a suivi les élections locales du 29 novembre 2012, l’actualité nationale devient d’une extraordinaire fécondité dès qu’il s’agit de pétrole, de rente et de corruption. La presse nationale s’en nourrit pour ses  »unes » et ses chroniques; les caricaturistes dévorent le côté humoristique dans une conjoncture marquée par une indéniable maussaderie; les premières chaînes de télévision privées en font leurs choux gras en invitant des acteurs politiques ou des responsables longtemps oubliés, pour pérorer sur le sujet. Un sujet d’une extrême complexité et d’une indéniable sensibilité. Par rapport aux échéances politiques qui se dessinent pour cette années- révision de la Constitution- et pour 2014- le scrutin présidentiel-, et pour rapport aussi aux engagements du gouvernement Sellal d’être à l’écoute des préoccupations du peuple, les affaires portées actuellement à la connaissance de l’opinion nationale sont censées être gérées dans les règles de la transparence et de l’esprit de l’État de droit. C’est là immanquablement, l’un des gages les plus sérieux pour donner de la crédibilité à toute l’action gouvernementale future et pour faire adhérer les Algériens aux principes et aux idées des réformes conduites par le président Bouteflika. Laisser faire la justice. Le citoyen en sortira rassuré et réconforté et l’État grandi.

A. N. M