Kamel Hammadi : parrain de la 1ère rencontre autour de la chanson kabyle – « Nos jeunes chantent juste, mais… »

Le parrain de la première rencontre autour de la chanson kabyle, Kamel Hammadi, était présent, hier, à la Maison de la culture Mouloud Mammeri où a lieu la manifestation.

Une occasion pour l’artiste de revenir sur le parcours de la chanson à travers le temps. Kamel Hammadi ne pouvait, bien évidemment, pas parler de « la chanson kabyle à travers le temps » sans évoquer la jeune génération qui s’investit actuellement sur la scène musicale. Des jeunes chanteurs, dont le style et la manière de chanter ont, pour certains, donné lieu à des commentaires peu réjouissants de certains sur la musique actuelle. Opinion que ne semble pas partager Kamel Hammadi. Lui, croit plutôt que ces jeunes générations peuvent énormément apporter à la musique et la chanson kabyles. Il n’hésitera d’ailleurs pas à dire qu’ »on leur fait confiance. Ils ont étudié la musique et savent ce qu’ils font ». Pour lui, les jeunes chanteurs « ont largement les yeux ouverts et une bonne connaissance du domaine, pour pouvoir utiliser les accessoires et les arrangements et travailler la chanson kabyle ». Il estimera qu’ »en notre temps, nous commettions aussi des fautes qu’ils peuvent facilement éviter ». Pour lui, les jeunes chanteurs d’aujourd’hui « donnent de la valeur au chant kabyle ». D’autant plus, expliquera-t-il, qu’ils « se rabattent de plus en plus sur les airs locaux, tirés du tiroir, qu’ils n’hésitent pas à retravailler de manière à leur accorder une touche de modernité. Chose qui ne peut être que bénéfique pour la chanson kabyle », soulignera-t-il en ajoutant : « Nous, par contre, nous étions influencés par d’autres airs, étrangers, notamment orientaux contrairement aux jeunes d’aujourd’hui qui sont influencés par les chants des femmes lors des fêtes et autres regroupements tels Ourar El Khalat ». Des femmes auxquelles Kamel Hammadi a d’ailleurs tenu à rendre hommage étant donné que c’est elles qui ont  » sauvegardé l’empreinte ancestrale, nos us et nos coutumes « . Toujours à propos de la nouvelle génération de chanteurs, Kamel Hammadi, a quand même relevé certaines failles et des imperfections dans la chanson actuelle. C’est le cas notamment des textes interprétés, car, d’après lui, « nos jeunes chanteurs possèdent de belles voix, ils chantent juste, mais ce qu’ils chantent n’est pas forcément le mieux ». Lui, l’ancien couturier qui a troqué ses ciseaux contre un mandole, n’hésitera pas à assimiler les textes des chansons à « un costume qui doit être réalisé sur mesure pour un interprète ». Lors de la conférence d’hier, et du haut de ses 77 ans, Kamel Hammadi, de son vrai nom Larbi Zeggane, comme pour offrir un peu de son expérience musicale, raconte avec détails ses premières expériences de musique et d’écriture aussi. C’est ainsi qu’en parlant de la beauté du vers et de la richesse des textes, il dira tout de go « j’aime aimer », et c’est sans doute là sa principale source d’inspiration. Une inspiration, « qui peut survenir à n’importe quel moment », expliquera-t-il en affirmant pour illustrer ses propos qu’ « il y a des poèmes qui me taraudent l’esprit depuis 20 ou 30 ans. Ils sont toujours en chantier, car je n’ai pas encore trouvé la formule idéale, telle que je l’aime ». La star de la première rencontre sur la chanson kabyle reviendra, devant un public bien attentif à ses récits parsemés d’anecdotes, sur ses premiers contacts avec les outils musicaux, déballant ses méthodes bien particulières de se rappeler les techniques qu’on lui apprenait. Car, finalement, le don s’imposait en maître mot devant les multiples règles de la musique. Hemmadi dira, d’ailleurs, que « le quart de temps, c’est moi ». Il expliquera  avoir pu « réaliser un quart de temps avec ma mandole en usant de mon lacet ». Après cela, il continue son récit en affirmant : « Quand je suis allé commander une barrette sur le manche de mon mandole, le bonhomme m’a dit que c’était une fausse note. Mais désormais, en allant acheter un mandole, on vous demande toujours si vous prenez un mandole normal ou bien pour la musique kabyle ». Kamel Hammadi, accompagné de Rabah Ouferhat, a su être disponible pour les spectateurs venus en nombre au petit théâtre de la Maison de la culture découvrir son récit sur le cheminement de la chanson kabyle à travers le temps. Quant à absence, l’artiste affirmera à son public les difficultés rencontrées par les artistes afin de passer sur les chaînes de télévision nationales. Ces dernières,  » doivent ouvrir les portes aux nombreux artistes qui ne peuvent faire que du bien à la chanson kabyle et à la musique en général », dira-t-il. La rencontre autour de la chanson kabyle s’impose, désormais, comme un événement annuel. Sa première édition, ouverte depuis hier, s’étalera sur trois jours. Cette manifestation a pour but de découvrir de nouveaux talents, notamment à travers les concours de chant prévus en présence d’un jury spécialisé du monde de la chanson.

Tassadit Ch.