Invité par l’association sportive du village Takaâts, relevant de la commune de Seddouk, qui lui a rendu un vibrant hommage pour son parcours artistique jalonné de succès et son combat identitaire sans failles, le chanteur engagé Boudjemâa Agraw a envoûté, dans la soirée de vendredi dernier, le nombreux public massé dans la cour de l’école primaire du village.
Dans dont la première partie fut assurée par un jeune chanteur amateur du village de Takaats, Methia Arezki, Boudjemâa Agraw a gratifié son public de ses plus belles chansons. Il interpréta également certains titres de Matoub et Slimane Azem, deux chanteurs qui ont marqué leur époque et auxquels il tient à rendre hommage dans tous ses galas. Malgré la chaleur, la fête a duré jusqu’à 1h du matin. La JS Takaats a pris l’habitude d’organiser chaque été une cérémonie de récompense aux lauréats du village, et à rendre un hommage à une personnalité politique ou artistique kabyle. Ce fut cette année sa 11ème édition qu’elle consacra donc au chanteur Boudjemaa Agraw. La soirée a tenu toutes ses promesses. De son vrai nom Ouddane Boudjemâa, né le 27 décembre 1952 à Smaoun dans le douar d’Ath Waghlis, ce chanteur à la voix suave, qui sait faire vibrer les fils de la guitare, répond à toutes les invitations pour animer des galas. Le chanteur a débuté sa brillante carrière musicale au début des années 1970, en participant à plusieurs émissions de la radio Chaîne II, consacrées aux chanteurs amateurs. Ses amis qui ont décelé en lui des talents de musicien lui ont conseillé de persévérer dans la chanson. Il a pris son destin en main, en 1980, en partant en France, la guitare sur les épaules. C’est à Paris que Boudjemâa a rencontré Takfarinas, un autre musicien kabyle avec qui il a fondé le groupe Agraw. Ils étaient doués pour la musique. Voulant à tout prix réussir dans leur passion, les deux compères s’unissent alors et signent la sortie de leur premier disque ‘’Microsillon’’ en 1982. Un autre suivra en 1983. Deux albums qui connaissent un succès fou et donnent des ailes aux deux chanteurs. Quelques années plus tard, ils décident de se séparer à l’amiable, chacun voulant évoluer dans son style. Boudjemâa était un chanteur revendicateur donnant la priorité aux textes. Takfarinas était plutôt tourné vers la musique qui bouge et l’innovation. Commence alors pour Boudjemaa une carrière en solo, en 1984, avec la sortie d’un premier Album intitulé « Made in Algérie ». Le succès de cet album encouragera l’artiste à récidiver une année après avec un nouvel Opus intitulé ‘’Ouliw yeduqus’’. Ses chansons prenant de l’ampleur, Boudjemâa créera son propre style de musique en 1987 avec des chansons composées avec des percussions électroniques. Le chanteur s’appropria le sigle Agraw. Sa simplicité et sa générosité ont fait de lui un chanteur complet qui a sillonné le monde pour exporter le combat identitaire amazigh qu’il défend avec des actes concrets montrant à quel point il aimait sa Kabylie.
L. Beddar.

