La poétique de l’action

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C’est avec “l’or” que Blaise Cendrars (1887-1945) entame son œuvre romanesque. Publié en 1925, ce roman constitue avec “Moravagine l’un des plus célèbres de l’auteur. Ecrit au présent de l’indicatif, dans un style dépouillé à la Voltaire, le texte se présente comme une sorte de plaidoyer de l’action. Fasciné par l’aventure, l’action et la solitude, l’auteur y raconte une histoire palpitante faite de voyage et de conquête, d’action et de persévérance, mais aussi de passivité et de renoncement. Johan Auguste Suter, le héros du récit, pris par le goût d’aventure et las de son quotidien ordinaire, décide un beau jour de laisser tomber tout ce qu’il possède : maison, femme et enfants, et d’aller refaire sa vie ailleurs. C’est d’abord à New York qu’il débarque où il se retrouve exerçant divers métiers. Ecoutant les récits de voyage qu’on se répète à l’envie, s’informant sur tout, il finit par se convaincre que son salut, sa vraie mission c’est d’aller vers l’Ouest. Cet ouest qui ressemble au chant des sirènes. Fabuleux, mystérieux, sauvage, l’Ouest ne laisse personne indifférent. C’est là que Suter veut fonder sa nouvelle Helvétie. Coriace, tenace, persévérant, Suter parvient à réaliser son projet. Parvenu au bout de son rêve, savourant pleinement le repos du “guerrier”, Suter peut enfin se considérer comme un homme comblé. Mais voilà, comme on dit tout a une fin. Cet état de béatitude et de bonheur total va prendre brusquement fin à cause de la découverte de l’or. Le petit “Eden” bâti par Suter va complètement être bouleversé par la fièvre causée par le métal jaune. Tout s’arrête, l’on n’a plus qu’une idée en tête : trouver de l’or. De partout viennent des chercheurs d’or. Cette “invasion” va être fatale pour Suter.On lui vole ses terres, on le ruine et on le pousse à engager des procès que même ses héritiers ne gagneront pas. Tombé dans la misère, vaincu par une volonté plus forte que la sienne, il passe ses jours à errer jusqu’à ce que la mort le surprenne le 17 juin de l’année 1880. De la volonté au renoncement, tel est le cheminement du héros que certaines critiques voient comme un double romanesque de l’auteur.

Boualem B.

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