L’ancien président de l’Assemblée populaire nationale, Karim Younès, auteur de ‘’De la Numidie à l’Algérie : grandeurs et ruptures’’ et ‘’Aux portes de l’avenir : 20 siècles de résistance, 50 ans d’indépendance’’, était, samedi dernier, l’invité de Ballade littéraire de Béjaïa.
Il y a animé une conférence-débat dans la grande salle du théâtre.
L’événement devait initialement se tenir à la petite salle, mais celle-ci s’est révélée trop exiguë pour contenir un public venu nombreux.
L’auteur a commencé sa conférence en exprimant à l’assistance ses meilleurs vœux pour le nouvel an berbère. Puis, il commença la présentation de son nouvel ouvrage. Un beau voyage dans le temps, allant de la préhistoire à l’histoire moderne, en passant par toutes les civilisations et dynasties que l’Algérie a vu passer et auxquelles nos ancêtres ont résisté. L’auteur mit néanmoins l’accent sur les époques relatives à l’histoire de Béjaïa. La séance fut imprégnée d’humour et d’échanges. Karim Younès dira : « mes deux livres sont ceux d’un homme libre qui ne rend désormais compte qu’à sa conscience ». Il ajoutera : « ma généalogie politique épouse celle de l’Algérie historique. Et je me suis référé au passé avec comme objectif d’apporter un éclairage sur le présent et oser un regard vers de nouveaux horizons ». Pour conclure son intervention, il appellera à « mettre de l’ordre dans notre maison commune : l’Algérie ».
Suite à cela, l’écrivain s’est prêté au jeu des questions et réponses, se livrant généreusement à son auditoire. La rencontre se termina par une vente dédicace tenue dans le hall du théâtre. Au terme de celle-ci, il nous a accordé l’entretien qui suit.
La Dépêche de Kabylie : Pensez-vous que puisque vous êtes un enfant de la région, le public bédjaoui est plus exigeant vis-à-vis de vous?
Karim Younès : Je crois savoir que le public bédjaoui est exigeant de nature. Il y a également le fait que l’université locale a permis un épanouissement d’un esprit critique au sein d’une élite, dont il faut tenir compte. Je ne vous cache pas que j’ai, à un moment donné craint de ne pouvoir être à la hauteur dans cette confrontation avec le public béjaoui, tant Béjaïa est renommée pour son histoire et sa population très attachée à cette histoire.
Et comment cela s’est-il passé pour vous dans les autres wilayas du pays ?
Je dois dire qu’à Oran et à Tlemcen j’ai eu affaire à un milieu estudiantin de très haut niveau Les questions étaient très intelligentes, mais j’ai réussi à satisfaire le public.
‘’De la Numidie à l’Algérie : grandeurs et ruptures’’ est paru en 2011, et ‘’Aux portes de l’avenir’’ en 2011. L’intervalle entre les deux parutions est assez court. Comment avez-vous pu mener aussi rapidement et efficacement votre travail ?
Je suis une personne passionnée d’histoire. Je veux également contribuer à réhabiliter l’histoire de notre pays, une histoire très riche qui malheureusement, n’est pas connue par les nouvelles générations. La raison en est que depuis l’indépendance à nos jours, nous avons tronqué une bonne partie de notre passé et nous en payons les conséquences. Nous devenons un peuple cloné sans assise civilisationnelle. Nous cherchons nos leaders, nous cherchons nos repères et pourtant nous avons des femmes et des hommes qui ont marqué notre histoire plusieurs fois millénaire.
Pourriez- vous nous parler de votre travail de recherche?
J’ai eu un parcours universitaire qui m’a permis de connaître beaucoup d’auteurs africains, tels que Aké Loba et autres. Des auteurs qui se sont tous penchés sur les grands problèmes identitaires, les problèmes de culture africaine, parce qu’ils avaient la volonté de démontrer aux colonisateurs qu’ils existaient bien avant leur arrivée. Ils ont voulu prouver qu’ils ont des identités propres et qu’ils n’avaient pas besoin de la colonisation pour les civiliser. Ils ont fait l’effort de déterrer leur passé. Et moi qui les avais beaucoup lus, j’ai voulu faire œuvre utile et permettre de débroussailler les méandres de notre histoire et la faire découvrir. Je n’ai pas seulement fait revivre ce que j’ai lu, mes ouvrages ne sont pas de types narratifs, ce sont des ouvrages d’analyse et de réflexion, une rétrospective et une introspective dans notre passé.
Que dites-vous à ceux qui vous reprochent votre prudence en traitant la partie relative aux 50 ans d’indépendance ?
Je n’ai pas senti ces reproches dans aucune région du pays. Beaucoup m’ont reconnu du courage à parler de ce bilan, parce que je n’ai pratiquement rien omis de 1962 à ce jour. La succession des présidents et les actions qu’ils ont menées. Les unes couronnées de succès et d’autres entachées d’échecs. Il ne s’agissait pas de critiquer pour critiquer. Et ma prudence fut relative. Ayant assumé des responsabilités, je dois prendre de la hauteur et donner ma vision du passé avec beaucoup de responsabilité.
Massinissa est un symbole à vos yeux… Dans ce cas, que pensez-vous de la manifestation: Constantine capitale de la culture « arabe » 2015 ?
J’ai Constantine dans le cœur, pour y avoir fait l’école normale, puis l’université. J’y ai même passé mon adolescence et l’esprit très tolérant de sa population m’a marqué. Constantine est le symbole de la résistance, et elle restera la capitale de la Numidie.
Entretien réalisé par Imen Anya Kahoul

