éducation : À une semaine du début des épreuves de l’examen du baccalauréat – Haro sur la triche !

Signe des temps présent, la triche et la malhonnêteté sont devenues des «vertus», poussant certains esprits mal éclairés à redoubler d’efforts, dans le but de passer maître dans la tromperie.

Le  baccalauréat, cet examen ô combien important, n’échappe malheureusement pas à cette décadence de la société où l’échelle des valeurs s’est littéralement inversée. Les élèves, dans leur grande majorité redoublent de «génie», afin de tricher et copier, de toutes les manières imaginables. Et comble de l’absurde, quand ces candidats se font attraper et sanctionner, ils osent crier au scandale. Le BAC de l’année dernière nous avait offert une piètre image du secteur de l’éducation, mais aussi de certains pseudo élèves qui ont érigé la triche comme un moyen de réussite. Pour rappel, au mois de juillet 2013, des dizaines de tricheurs, accompagnés de leurs parents, avaient battu le pavé afin de réclamer «justice» et ne pas être sanctionnés par une exclusion de 5 ans. Fort heureusement, pour la crédibilité du secteur de l’éducation et aussi du baccalauréat, leur «appel» n’a pas été entendu. A quelques jours du BAC cuvée 2014, outre la teneur des sujets, une question est sur toutes les lèvres : la mascarade de 2013 peut-elle se rééditer ? Les éventuels tricheurs vont-ils, une encore fois, «s’insurger» contre les sanctions ? Et ces dernières sont-elles vraiment dissuasives ?

Benghabrit promet des sanctions «très» sévères

À en croire la nouvelle ministre de l’Éducation, Mme Nouria Benghabrit, les éventuels tricheurs seront «sévèrement» sanctionnés. D’ailleurs, sur son compte Facebook, Mme la ministre a lancé un sévère message d’avertissement aux candidats qui tenteront de décrocher ce prestigieux diplôme. «Les candidats pris en flagrant délit de triche seront privés de baccalauréat pendant dix ans», a-t-elle affirmé. De plus, Mme Benghabrit est une ministre «geek», car elle est au fait des nouvelles techniques et des technologies qui peuvent être utilisées par les candidats, afin de copier aux examens. Ainsi, la ministre explique, toujours sur son compte Facebook, qu’un nouvel appareil Bluetooth est en vente, en ce moment, dans le marché parallèle. «Cet appareil discret, qui se place derrière l’oreille, est relié à un boîtier dissimulé sous les vêtements», précise minutieusement la ministre. Par ailleurs, elle ne manquera pas de rappeler que cet appareil est destiné essentiellement à aider les candidats au BAC à tricher durant les épreuves et les examens. «L’utilisation de cet appareil est interdite en Algérie par les services de sécurité et tout candidat qui introduit cet appareil dans une salle d’examen sera exclu pendant 10 ans des épreuves du baccalauréat», soulignera Mme Benghabrit. Ces avertissements ont été largement et massivement partagés et même commentés sur Facebook. Dans les medias dits conventionnels, Mme la ministre n’hésite pas à rappeler, à chacune de ses sorties, que les tricheurs seront sévèrement réprimandés. En effet, lors de sa récente réunion avec les directeurs de l’éducation des 48 wilayas, le première responsable de l’Education, a instruit les mêmes directeurs à faire preuve de «sévérité et de rigueur» dans la surveillance et le contrôle des candidats. Même son de cloche à l’Office national des examens et concours (Onec). Pour les responsables de cet office, «toutes les mesures ont été prises pour un déroulement, dans les meilleures conditions, de cette épreuve», a déclaré aux medias M. Mustapha Benzamrane, secrétaire général de l’Onec. Ce responsable a également noté que, durant l’année scolaire, des journées nationales et régionales de sensibilisation ont été organisées, pour les enseignants surveillants et les observateurs, afin qu’ils soient vigilants. «Nous avons même envoyé une brochure aux candidats, dans laquelle il est mentionné le comportement à tenir, les consignes à suivre et les règles à respecter le jour de l’examen», précise M. Benzamrane. Autre mesure décidée cette année, dans l’optique d’endiguer un tant soit peu ce phénomène, est celle consistant à accorder une importance particulière à la mise en place, dans chaque centre d’examen, d’un bureau de fouille des candidats, avant qu’ils ne rejoignent la salle d’examen. Ainsi, les téléphones portables, les baladeurs et tous les appareils permettant l’échange d’informations sont interdits. De plus, il a été convenu, également, de les regrouper au niveau de ce bureau, qui sera interdit d’accès pendant l’épreuve. Le SG de l’Onec rassure que les élèves sont autorisés à rejoindre les sanitaires ou l’infirmerie, à condition qu’ils soient accompagnés par un surveillant. «C’est un droit absolu pour chaque élève», assure-t-il. Pour ce qui est de la fuite des sujets, Benzamrane rassure que cela ne se reproduira «jamais».

Les syndicats unis contre la triche

De leur côté l’ensemble des syndicats autonomes sont unanimes à dire que les cas de tricherie de la session 2013 ont «peu de chance» de se reproduire cette année. Toutefois, le coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest), Méziane Meriane, prévient qu’il faut être «vigilant» pour mettre fin à ces comportements «nuisibles». Pour lui, des mesures «draconiennes» doivent être prises par l’Onec, sans, toutefois, perturber la «sérénité» et la «concentration» des candidats. «Les observateurs ne doivent pas faire des allers-retours dans les salles d’examen». «Les élèves doivent être dépossédés de leurs téléphones portables et de leurs cartables avant de rejoindre la salle d’examen», explique Méziane Meriane. Et d’ajouter : «Les candidats doivent être munis uniquement d’un stylo, d’une carte d’identité et de leur convocation», a-t-il préconisé. Et d’ajouter que «trois personnes suffisent pour assurer la surveillance», tout en suggérant que «les surveillants du matin ne doivent pas être mobilisés l’après-midi». Même constat chez Idir Achour, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA). Il assure que le scénario de l’année dernière ne se reproduira pas, «pour peu qu’il n’y ait pas une tentative de manipulation des élèves pour des intérêts personnels». M. Achour est convaincu que 50% des candidats vont se présenter aux examens avec l’idée de «tricher». Selon lui, la tricherie est devenue, malheureusement, une seconde nature pour certains. Même topo du côté du Cnapest, puisque les différents responsables de ce syndicat indiquent que toutes les mesures ont été prises, dans le but de faire de la session 2014 un BAC «propre».

Ces irréductibles ²de la fraude…

 

À travers tout ce qui a été mentionné il est clair que le ministère de l’Education Nationale, tout comme les syndicats, ont, cette fois-ci, pris les devants, afin que le bac de 2013 ne soit qu’un mauvais souvenir. Mais la question qui mérite d’être posée est la suivante : toute cette batterie mesures réussira-t-elle à dissuader les candidats à tricher ? Pour le vérifier, nous avons approchés certains élèves des classes terminales, afin de recueillir leurs impressions sur le sujet. Le moins que l’on puisse dire, est que certains ont la triche «dans le sang». En effet, et pendant que les candidats studieux préparent les examens du BAC avec beaucoup de sérieux et d’abnégation, se tuant aux révisions individuelles ou collectives, et veillant jusqu’à des heures tardives de la nuit, les bras cassés s’entraînent et d’autres «petits malins» bachotent d’une manière assez singulière. Leur principale «révision» consiste à répertorier toutes les techniques de triche et de copiage, en prévision des examens qui débuteront le 1e juin prochain. Pour rappel, l’année dernière, des dizaines de cas de fraude ont été enregistrés à travers la wilaya de Bouira. Ainsi, certains candidats que nous avons rencontrés, n’ont pas hésité à nous faire part de leurs «techniques», surtout que la tâche n’est pas facile, puisque le nombre des surveillants par classe sera renforcé cette année, et que le ministère de tutelle a adopté de nouvelles mesures, afin de barrer la route aux tricheurs. Pour ces derniers, les moyens sont multiplies, des papiers accordéon, à l’IPhone et au kit Bluetooth, tous les moyens sont bons pour réussir son BAC. En dépit de la fouille systématique dont font l’objet les candidats à l’intérieur des centres d’examens, il y a toujours moyen de déjouer la meilleure des surveillances, et ce, grâce à un petit et minuscule récepteur, bien placé à l’intérieur de l’oreille, quasiment indétectable, et que beaucoup ont acquis avant les épreuves au prix fort. Il coûterait, selon ces jeunes, plus de 22 000 DA. Cette technique «moderne», qui a connu beaucoup de succès, ces dernières années notamment, permet également l’usage de téléphones mobiles dotés de services multimédia, afin de pouvoir utiliser le Bluetooth pour copier. Cette technique est surtout utilisée par les jeunes filles qui portent le voile. Ces dernières ont battu le record de «copiage», l’an dernier. Certaines candidates ne portant ni Hidjab ni Djellaba, nous ont confié qu’elles étaient prêtes à porter ce genre d’habit rien que pour pouvoir copier au baccalauréat sans être inquiétées. C’est pratique pour cacher le Bluetooth sous le voile. Du reste, la surveillance n’est pas du tout strict dans certains établissements. «Des surveillants, face à l’audace de certains candidats, détournent le regard et laissent faire», nous a-t-on encore dit. De folles rumeurs circulent sur les filles qui cacheraient des Bluetooth et autres subterfuges de fraude sous leurs foulards, une autre technique utilisée par les candidates au baccalauréat, pour lesquelles tous les moyens sont bons. L’essentiel c’est de décrocher le bac, nous confie Samira, une jeune candidate au «copiage». Sa méthode à elle consiste à photocopier toutes les leçons de chaque matière et de les imprimer sur des papiers en caractères minuscules. «J’ai scanné toutes les leçons et chaque jour d’examen, j’utiliserais l’accordéon qu’il faut», nous dira cette dernière. Une deuxième candidate nous fait part de sa méthode, «la technique des toilettes». Des coupures de cours importants sont disposés dans un sachet en plastique et mis à l’intérieur de la chasse d’eau aux sanitaires. Le jour «J», la candidate n’aura qu’à demander la permission d’aller aux toilettes pour retirer les documents dans la chasse et les lire, pour ensuite copier. L’amère réalité que personne ne veut ni voir, ni changer, est pourtant bien là. Ces jeunes, dont beaucoup sont désabusés, le savent bien. Surtout ceux qui se sont démenés durant toute l’année et qui se sont investis à fond, pour se retrouver, en fin de compte, confrontés à ce gâchis qui ne dit pas son nom. Des professeurs que nous avons rencontrés étaient tout simplement scandalisés par la recrudescence du phénomène du copiage, «lequel, si nous ne prenons pas garde, sera institutionnalisé sous peu», dira un enseignant, qui sera surveillant au lycée Taleb Saâd d’Aïn Bessem. «Les candidats ne prennent pratiquement plus la peine de copier discrètement. Ils le font au vu et au su de tout le monde, sans avoir dans l’esprit qu’un tel acte équivaut à une interdiction d’examen du bac pour une durée de cinq années», dira notre interlocuteur.

Ramdane. B / Oussama. K